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Frédéric Mitterrand

29/06/2009 à 15:21
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Frédéric Mitterrand Frédéric Mitterrand © DR

Ministre français de la Culture

C’est la surprise du chef ! Nicolas Sarkozy avait promis un remaniement « technique », afin de remplacer Michel Barnier et Rachida Dati, élus au Parlement européen. Le président français a en fait procédé à un mouvement de grande ampleur, changeant huit ministres d’affectation et en enrôlant huit nouveaux, pour autant de départs. Mais surtout, il a sorti un nom magique de son chapeau : Frédéric Mitterrand. Écrivain, réalisateur et animateur de télévision, touche-à-tout de talent, dandy solitaire et brillant, le neveu de l’ancien président socialiste François Mitterrand fait donc son entrée au gouvernement, rue de Valois, au ministère de la Culture. À 62 ans, cet homme éclectique dans ses goûts et dans ses amitiés, qui dirigeait depuis juin 2008 la prestigieuse villa Médicis, à Rome, va pouvoir marcher sur les pas d’André Malraux et de Jack Lang, deux illustres prédécesseurs. 

Sa nomination constitue un vrai « coup ». Elle symbolise la poursuite de la politique « d’ouverture » impulsée en 2007 avec les entrées au gouvernement de Bernard Kouchner, Éric Besson et Jean-Marie Bockel. Elle vise à déstabiliser un peu plus la gauche et à achever de brouiller les repères. Le président français, qui avait un temps songé à confier un maroquin à Claude Allègre, après avoir multiplié les appels du pied en direction de Jack Lang, aura finalement préféré Mitterrand, au profil plus consensuel. Les deux hommes se connaissent un peu. C’est Henri Guaino, que Mitterrand avait croisé à un dîner, en 2006, qui a joué les entremetteurs. Sarkozy n’était alors encore que candidat. Leur rencontre dure une heure. Ils se revoient en janvier 2008, à un déjeuner organisé chez l’écrivain Jean d’Ormesson. Le président arrive au bras de Carla Bruni, sa nouvelle conquête. Les deux convives passent le repas à plaisanter. Au dessert, Sarkozy lui fait miroiter la présidence d’une commission pour la réforme de l’audiovisuel public. Il ne tiendra pas promesse : les députés UMP sont vent debout, et exigent que le poste revienne à l’un des leurs. Mitterrand ne lui en tiendra pas rigueur. Quelques semaines plus tard, il hérite de la villa Médicis. Et le chef de l’État l’associe aux préparatifs du sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM), l’invite dans sa délégation lors d’une visite d’État en Tunisie, sa patrie d’adoption, où il possède une jolie maison dans la médina d’Hammamet. Président « bling-bling » et franchouillard, Sarkozy, qui aime à s’afficher en compagnie de l’humoriste Jean-Marie Bigard, du comédien Christian Clavier ou du chanteur Didier Barbelivien, est en apparence à des années-lumière de l’esthète raffiné et cosmopolite qu’est Frédéric Mitterrand. Pourtant, la fascination est mutuelle. « Frédéric a su garder intact son sens de l’admiration, et a toujours été attiré par les personnages atypiques. Son feeling avec Sarkozy ne m’étonne donc qu’à moitié », note un de ses amis réalisateur.

Plus « Mitterrandolâtre » que socialiste, Frédéric, outré par les déclarations de Lionel Jospin, qui revendiquait un droit d’inventaire sur l’héritage politique de François Mitterrand, avait, comme Roger Hanin, appelé à voter pour Chirac en 1995. Le voilà maintenant ministre ! Son arrivée Rue de Valois doit permettre de réconcilier le monde de la culture avec le pouvoir. C’est aussi une forme de revanche sur le destin. Il n’a pas hésité quand on lui a proposé le poste. « Il n’était candidat à rien, mais il était disponible, poursuit son ami. Car hormis son passage à la direction des programmes de la chaîne francophone TV5, entre 2003 et 2005, cet homme, qui incarnait un service public à la fois populaire et de qualité, n’avait jusqu’à maintenant jamais eu la reconnaissance qu’il méritait. La culture lui ira comme un gant. »

La politique est un métier, et la plupart des ministres d’ouverture issus de la société civile ont déçu. Trop naïfs, ou trop maladroits, Francis Mer ou Thierry Breton n’ont pas laissé un souvenir impérissable aux Finances. Et que dire de Claude Allègre ou de Luc Ferry à l’Éducation, ou de Bernard Laporte aux Sports ? Frédéric Mitterrand, lui, a gaffé d’emblée en confirmant sa nomination avant même qu’elle ne soit officialisée, contraignant l’Élysée et Matignon à annoncer le remaniement avec vingt-quatre heures d’avance. Un cafouillage qui lui sera rapidement pardonné s’il réussit à se couler dans le moule gouvernemental sans perdre son identité. « Il fera un très grand ministre de la Culture », a pronostiqué Bernadette Chirac. Les Français sont du même avis. Un sondage CSA/Le Parisien le crédite déjà de 70 % d’opinions favorables.

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