Longtemps absente d’Afrique, l’Italie a engagé la reconquête – économique, bien sûr. Tandis qu’à Rome se met en place une politique d’immigration très critiquée. Mais dont le chef de la diplomatie conteste fermement le caractère xénophobe.
D’après le dernier rapport de ONE, l’organisation créée par le chanteur Bono, l’Italie est loin de tenir ses engagements en matière d’aide au développement (seuls 109 millions de dollars d’aide supplémentaire ont été versés sur les 3,63 milliards promis d’ici à 2010). Son président du Conseil, Silvio Berlusconi, semble se désintéresser de l’Afrique et se montre extrêmement sévère en matière d’immigration. Quant à ses alliés de la Ligue du Nord, ils multiplient les déclarations xénophobes. Franco Frattini (52 ans), le chef de la diplomatie, fait un peu exception : dans l’équipe gouvernementale, ce diplomate romain de centre droit est l’un des rares à appeler de ses vœux un renforcement de la politique africaine de l’Italie. Il est naturellement très impliqué dans la préparation du sommet du G8, qui se tiendra du 8 au 10 juillet à L’Aquila.
Jeune Afrique: Vous organisez dans le cadre du G8 une journée consacrée à l’Afrique. Que peut-on en attendre alors que les promesses faites en 2005 à Gleneagles n’ont pas été tenues ?
Franco Frattini: Nous allons proposer une nouvelle approche fondée sur le respect des engagements et une responsabilité partagée dans l’élaboration des politiques de coopération. Un mécanisme permanent du G8 va être créé pour vérifier la mise en œuvre de nos décisions, faciliter les partenariats public-privé et proposer de réduire de moitié les coûts de transfert des migrants. Nos experts prévoient que, pour les pays bénéficiaires, le gain avoisinera 11 milliards de dollars par an.
Lors de sa récente visite à Rome, Mouammar Kaddafi a encore fait son show…
C’était une visite historique, trente-cinq ans après l’expulsion des Italiens de Libye. L’année dernière, l’Italie, premier ancien pays colonial dans ce cas, a reconnu les fautes de son passé et s’est engagé à verser des réparations.
Cet accord n’était-il pas motivé par des considérations pétrolières ?
Nous avons des accords pétroliers avec la Libye depuis 1959. Nombre de nos détracteurs [la France est apparemment visée, NDLR] ont aussi un passé colonial, mais n’ont pas fait un pas dans le sens de la repentance. Nous sommes heureux de leur montrer l’exemple.
Que vous inspirent les déclarations de Kaddafi sur le droit des chefs d’État africains à se représenter indéfiniment et à modifier à leur guise la Constitution de leurs pays respectifs ?
La souveraineté des États est importante… Abstenons-nous de donner des leçons à nos partenaires en leur disant : il faut ou il ne faut pas faire ceci ou cela. L’important est de discuter et de coopérer dans un esprit d’ouverture. Mais nous ne nous désintéressons pas de la question. Pas plus que de celle des droits de l’homme. Nous avons récemment demandé à la Libye l’ouverture d’un centre pour les demandeurs d’asile, sous le contrôle du haut représentant des Nations unies à Tripoli. Les autorités libyennes nous ont donné leur feu vert.
Vous devenez aussi pragmatique que les Chinois !
Mes amis chinois ont très bien tiré leur épingle du jeu en Afrique, en jouant sur un certain désintérêt des Européens. Il faut restaurer cette relation qui s’est délitée. Ne nous comportons plus en maîtres ou en donneurs de leçons. Cela dit, il y a des droits essentiels comme celui des enfants ou des femmes que l’on doit défendre au niveau européen.
Longtemps, les responsables italiens se sont désintéressés de l’Afrique. Pourquoi ce regain d’intérêt ?
Depuis ma prise de fonctions, en mai 2008, je me suis rendu à douze reprises en Afrique, au nord comme au sud du Sahara. On m’a dit récemment que la dernière visite d’un chef de la diplomatie italienne remontait à un quart de siècle. Ce continent présente des opportunités formidables, raison pour laquelle je ne l’ai pas délégué à un secrétaire d’État. Les classes dirigeantes y sont modernes et entreprenantes, particulièrement au Sénégal et en Sierra Leone. Elles souhaitent développer leur économie, acquérir les dernières technologies pour protéger l’environnement et enrayer la désertification. Les entreprises italiennes ne m’ont d’ailleurs pas attendu puisqu’elles sont déjà présentes au Nigeria, en Angola, au Mozambique, au Sénégal et ailleurs.
Votre président du Conseil reçoit moins souvent les présidents africains à Rome que le fondateur de la Communauté Sant’Egidio, le directeur de la FAO ou le pape…
C’était vrai, ça le sera moins à l’avenir. Ces derniers mois, j’ai préparé le terrain pour le président du Conseil, qui va relancer l’intérêt stratégique pour l’Afrique durant sa présidence du G8.

Agadez et Arlit : le Mujao frappe le coeur du dispositif de sécurité nigérien
Niger : un jihadiste retranché "avec des explosifs" dans la caserne militaire d'Agadez
RDC : selon Ban Ki-moon, la brigade d'intervention de l'ONU sera sur pied dans "un à deux mois"







Découvrez le catalogue 2013 des Éditions du Jaguar
La campagne Pub de Jeune Afrique

Un opposant après la dispersion d'une manifestation le 23 mai 2013 à Lomé
Le porte-parole du groupe salafiste jihadiste Ansar Asharia, Seifeddine Raïs, le 16 mai 2013 à Tunis
Cette photo publiée le 22 mai 2013 par la Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Unamid) montre une réfugiée qui a quitté les régions de Labado et Muhajeria, à l'est du Darfour
Le président du Bénin Thomas Yayi Boni, le 15 mai 2013 à Bruxelles
Des soldats nigériens patrouillent aux environs d'Agadez, au nord du Niger, le 24 septembre 2010
Des soldats nigériens patrouillent sur la route entre Agadez et Arlit, au Niger le 27 septembre 2010
Le logo du groupe Thales
Deux casques bleus de la mission des Nations unies en RDC observent aux jumelles les déplacements de rebelles du M23, le 18 novembre 2012











