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Vencelas Dabaya

09/06/2009 à 14:18
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Porte-drapeau du Cameroun aux JO d’Athènes, médaillé d’argent pour la France à Pékin, l’haltérophile n’a plus qu’un rêve : conquérir enfin l’or olympique.

Dos à la baie vitrée, Vencelas Dabaya enchaîne les mouvements sous le regard scrutateur de ses entraîneurs. La barre qu’il soulève au-dessus de sa tête dépasse les 100 kg alors qu’il ne pèse que 72 kg en temps normal et moins de 69 kg lors des compétitions. La star française de l’haltérophilie travaille ses gammes à quelques jours des championnats d’Europe, dont il a depuis pris la deuxième place. Dans la salle de l’Institut national des sports et de l’éducation physique (Insep), dans la région parisienne, sept autres athlètes répètent inlassablement les gestes qui, peut-être, leur permettront d’atteindre les sommets de leur sport. Comme Vencelas.

Aux Jeux olympiques de Pékin, cet hercule de 1,67 m est entré au panthéon de sa discipline en décrochant la médaille d’argent : 187 kg à l’épaulé-jeté et 151 kg à l’arraché, son point faible. Un succès historique pour le sport français, qui attendait pareil exploit depuis trente-deux ans. Reconnaissante, la République l’a, au début de cette année, promu au rang de chevalier de l’ordre national du Mérite. Une décoration que lui a remise Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. « Dommage que je n’ai pas obtenu l’or, j’aurais sûrement été honoré par le président Sarkozy en personne », s’amuse Dabaya. L’événement représente néanmoins une étape importante dans la carrière de ce fils de médecin né au Cameroun il y a vingt-huit ans…

 

Car Même s’il possède un passeport français depuis 2004, l’haltérophile n’oublie pas ses origines. « Ce n’est pas un papier qui change quoi que ce soit », assène-t-il. Son attachement à sa terre natale, il le cultive au travers de son association « Une vie par le sport », créée il y a quelques mois pour améliorer le sort de ses collègues restés au pays. Ses racines sont à Tsinga, un quartier populaire de Yaoundé où il retourne chaque été. Enfant, il y profitait des récréations pour observer en douce, avec ses copains, l’entraînement des « hommes forts ».

« Porte mon sac et tu pourras m’accompagner à la salle », lui lance un jour un de ses amis plus âgés qui connaît sa passion. Les premiers essais sont modestes, mais le jeune Vencelas, 11 ans, est conquis. Reste à convaincre sa mère, rétive à ce « sport de rebelle » et qui préférerait de beaucoup qu’il se concentre sur ses études. Le garçonnet s’entraîne donc en cachette, après les cours. Au bout de quelques mois, il finit par obtenir le feu vert de son père, qui, très malade, l’exhorte : « Pratique ton sport le mieux possible et j’espère que notre nom sera connu dans le monde entier. »

Prémonitoire, l’encouragement sonne comme une libération : « Dès que j’ai pu m’entraîner régulièrement, j’ai très vite pris le dessus sur mes camarades. » Deux ans plus tard, l’adolescent est sélectionné pour la première fois en équipe nationale lors des championnats d’Afrique, au Zimbabwe.

 

En marge de sa vie d’athlète, l’espoir camerounais poursuit ses études jusqu’à l’obtention d’un bac spécialisé en génie mécanique, suivant à la lettre l’injonction maternelle. Une concession qui ne nuit pas à ses résultats. En 1998, au Caire, il devient champion d’Afrique junior. L’année suivante, il se rend à Athènes pour disputer ses premiers championnats du monde.

Une compétition qui marque un tournant dans sa carrière. Las des conditions d’entraînement difficiles, qui sont le lot commun dans son pays, Dabaya décide de poursuivre son aventure en France. À Yaoundé, « la salle d’haltérophilie était bondée et ne dépassait pas 10 m² », se souvient-il.

Sans papier, il débarque dans le club d’Avallon (Yonne) avec un visa… grec. L’expérience est mitigée. Noyé dans un effectif de grande qualité, il ne parvient pas à sortir du lot et se retrouve cantonné aux compétitions régionales. Nullement découragé, il reprend son sac et s’installe à Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, où se trouve un club à la recherche de nouveaux talents.

Choyé par ses dirigeants, Vencelas, qui assure n’avoir « jamais été victime de racisme » depuis son arrivée en France, accumule rapidement les résultats. En 2002, il devient le premier Camerounais sacré champion du Commonwealth. Quelques mois plus tard, au Nigeria, il décroche le titre continental.

Des exploits qui enflamment ses compatriotes au point qu’il est désigné porte-drapeau de la délégation camerounaise aux Jeux d’Athènes. Mais cette faveur n’efface pas la frustration des années passées à prendre seul tous les risques pour accomplir le vœu de feu son père.

Début 2004, Dabaya dépose une demande de naturalisation auprès des autorités françaises. « Un choix égoïste, reconnaît-il. Le seul qui pouvait me permettre de réaliser mes rêves. » Il sait en effet que ses résultats lui ouvriront sans problème les portes de l’Insep pour un accompagnement à la hauteur de ses ambitions. Pourtant, à ce moment précis, la mécanique du succès déraille sans prévenir.

 

A trois mois des JO, Un remaniement ministériel au Cameroun le prive de stage de préparation. Pis, son frère aîné est atteint par une grave maladie et décédera peu après les Jeux. Vencelas en est profondément affecté. « Le sport était devenu secondaire, je n’avais plus la tête à ça », se souvient-il. Finalement, il se classe cinquième à Athènes et garde un souvenir amer de ce rendez-vous manqué.

En 2005, désormais « prêt à mourir pour un drapeau devenu le [sien] », le Néo-Français reprend sa marche en avant malgré la mort de son second frère : troisième aux mondiaux de Doha, puis médaille d’argent au championnat d’Europe. Vient alors la consécration : en octobre 2006, à Saint-Domingue, Vencelas Dabaya devient champion du monde. Sans le savoir, il met fin à quatre-vingts ans d’attente pour sa patrie d’adoption. Sur le podium, il tombe le masque du professionnel et se laisse submerger par l’émotion quand retentit la Marseillaise.

De retour en France, il réalise un autre « rêve de gosse » en intégrant l’armée de terre. Sa situation matérielle s’améliore et il peut faire venir du Cameroun son épouse et son fils de 1 an. Déception pourtant, l’année suivante : à quelques mois de l’échéance olympique, il perd son titre mondial. « Je me suis […] un peu relâché », reconnaît-il. Piqué au vif, il redouble d’efforts pour arracher la médaille d’argent à Pékin.

La quête de l’or olympique, la seule récompense qui manque à son incroyable palmarès, constitue désormais son ultime objectif sportif. Première étape avec les Championnats du monde, en novembre prochain, une compétition qualificative pour les JO de 2012. La plus belle des missions pour le caporal Dabaya.

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