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Roger Sahyoun, ambassadeur du BTP marocain

29/04/2009 à 14:26
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Pionnier de la stratégie du Maroc en Afrique subsaharienne, le patron de Somagec a créé l’unedes plus importantes entreprises de Guinée équatoriale. Il vise désormais des chantiers maritimes au Bénin, au Togo et en Mauritanie.

Le 16 avril, le roi du Maroc s’est rendu en Guinée équatoriale pour une visite officielle de quatre jours. Le souverain en a profité pour signer plusieurs accords de coopération dans le transport, la finance, l’immobilier et l’industrie. Sans en être l’instigateur, Roger Sahyoun est l’un des artisans de ce rapprochement. Président du directoire de la Société maghrébine de génie civil (Somagec), qu’il dirige depuis vingt-cinq ans, il a propulsé son entreprise parmi les premières en Guinée équatoriale. Sa filiale sur place, créée en 2005, est devenue un acteur incontournable du développement de ce pays d’Afrique centrale.

Somagec GE collectionne les contrats stratégiques. Outre le port de Malabo (la capitale, sur l’île de Bioko), elle mène de front une douzaine de chantiers, de la piste d’atterrissage de l’aéroport d’Annobón (île constituant l’une des sept provinces du pays) à l’extension du port de Bata (principale métropole continentale), en passant par la mise en place d’infrastructures portuaires à Kogo (à la frontière avec le Gabon). En trois ans, son portefeuille de projets dans le pays a atteint 1,3 milliard d’euros. À titre de comparaison, le chiffre d’affaires réalisé au Maroc se situe chaque année entre 100 et 150 million d’euros. « Au Maroc, notre objectif n’est pas de faire du chiffre pour le plaisir de faire du chiffre, confie Roger Sahyoun. Nous nous présentons sur des projets ciblés, de préférence assez techniques. En Afrique subsaharienne, en revanche, nous ne nous fixons aucune limite. »

Trouver de nouveaux marchés

Pour soutenir ses ambitions, l’homme peut compter sur ses compétences techniques comme sur sa bonne connaissance du continent. En 2003, il est par exemple intervenu auprès du président sénégalais Abdoulaye Wade comme conseiller technique, dans le cadre de la coopération entre Rabat et Dakar. « J’étais venu au sein d’une délégation marocaine pour épauler le Sénégal dans la récupération des eaux de ruissellement, se souvient-il. Par la suite, le président m’a gardé auprès de lui pour le conseiller sur les différents chantiers à mettre en œuvre pour protéger la ville de Saint-Louis des crues du fleuve Sénégal. »

Ce premier pas hors des frontières marocaines le mène très vite à troquer sa casquette de conseiller contre celle d’entrepreneur. En 2006, Somagec remporte l’appel d’offres pour l’extension du port de Dakar. Dans la foulée, Roger Sahyoun se lance dans l’aventure équato-guinéenne. C’est l’époque où le Maroc songe à intensifier les actions de ses entreprises sur le continent, et il fait figure de pionnier. « Somagec était à son apogée au Maroc, explique-t-il. Plutôt que d’attendre une conjoncture moins favorable, j’ai préféré profiter de cette période d’euphorie pour anticiper et chercher de nouveaux marchés afin d’assurer la pérennité de l’entreprise. » Dans le royaume, son entreprise a déjà travaillé sur la plupart des aménagements portuaires et s’est impliquée dans tous les grands chantiers ouverts comme le port de Tanger-Med, la Marina de Casablanca, le réaménagement de la vallée du Bouregreg, entre Rabat et Salé, ou le confortement de la mosquée ­Hassan II, à Casablanca.

« Sahyoun a ceci d’impressionnant qu’il connaît parfaitement la côte marocaine », explique un cadre de TMSA, l’agence qui gère le port de Tanger-Med. Passionné par la mer, patron aux allures de baroudeur et au tutoiement facile, Sahyoun rechigne à parler de lui, mais il est intarissable quand il commence à expliquer les courants, le déplacement des houles ou l’érosion des côtes. C’est d’ailleurs cette passion qui l’a poussé à spécialiser la petite entreprise familiale, fondée par son père en 1961, dans les travaux maritimes.

De retour au Maroc après des études à l’ESTP (École supérieure des travaux publics), en France, il comprend vite que le succès de la Somagec passera par sa spécialisation. Nous sommes dans les années 1980, et le secteur est encore entre les mains de sociétés étrangères. « Le BTP n’était pas convoité par les Marocains, se rappelle-t-il. Cela tombait bien : nous préférions nous substituer aux entreprises étrangères que de nous battre contre des entreprises nationales, alors en plein développement. » Après quelques premières déceptions, la Somagec finit par décrocher un appel d’offres pour aménager les quais du port de Casablanca. Elle n’en perdra presque plus un seul par la suite. En 1999, Mohammed VI lui remet les insignes du Wissam Alaouite, l’une des plus importantes distinctions du royaume, lors de sa visite sur le port de Saïdia. En 2005, il s’associe avec le numéro un belge du BTP, Besix, pour remporter la construction des quais de Tanger-Med – un contrat de 950 millions de DH (85 millions d’euros). « La qualification demandée ne nous permettait pas de nous présenter seuls, reconnaît Roger Sahyoun. Nous ne nous étions jamais associés auparavant. »

« Nous avons construit tous les ports du Maroc, ajoute avec fierté Riad Sahyoun, son père. Avant Roger, nous faisions très peu de génie civil. C’est grâce à sa formation d’ingénieur et à son amour pour la mer que Somagec est arrivée là où elle est aujourd’hui. » À 84 ans, le fondateur de la société assure toujours la présidence du conseil de surveillance. Car, à la Somagec, on travaille en famille. La troisième génération est d’ailleurs déjà prête à prendre la relève : le fils aîné de Roger Sahyoun supervise les chantiers dans le sud du Maroc tandis que le benjamin vient tout juste d’intégrer la société et s’occupe des finances. À la différence de beaucoup d’entreprises familiales, la conduite des opérations n’est pas noyautée par le sommet. Adepte du management participatif, sans jamais rien avoir étudié dans ce domaine, Roger Sahyoun n’hésite pas à déléguer. S’il s’est fortement investi pour mettre sa filiale en Guinée équatoriale sur les rails, il se contente aujourd’hui de faire l’interface entre le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et ses collaborateurs sur place. « Il est important que le président garde un vis-à-vis, et ce vis-à-vis, c’est moi, rajoute Roger Sahyoun. Pour le reste, je fais confiance aux équipes de Malabo. On ne découvre réellement ses capacités qu’à partir du moment où on est amené à les exploiter. C’est pour cela que je responsabilise les gens, que je les épaule et que j’accepte leurs erreurs… Tant qu’elles sont rattrapables, bien sûr ! »

Adepte du franc-parler

Après le Sénégal et la Guinée équatoriale, la Somagec lorgne à présent vers le Bénin, le Togo et la Mauritanie, voire l’Angola. Avec quelle stratégie ? Celle d’être présente sur un maximum de chantiers maritimes, mais à deux conditions : qu’il s’agisse d’appels d’offres et qu’ils soient émis dans des pays en accord avec le Maroc sur la question du Sahara. « Il s’agit tout simplement de maîtriser les risques. Pour chaque chantier, nous déployons d’importants moyens humains, financiers et techniques », explique Roger Sahyoun. Franco-­Libanais, il est par ailleurs très attaché au Maroc, pays qui l’a vu naître et grandir. Persuadé des compétences des entreprises nationales, il milite sans relâche pour vanter leur savoir-faire à l’international. Adepte du franc-parler, il n’hésite pas non plus à pointer du doigt les incohérences du discours des responsables marocains sur le sujet. « On ne donne pas la possibilité aux entrepreneurs marocains de sortir des frontières et de se battre sur d’autres terrains, analyse-t-il. Il nous manque toujours les moyens financiers et les outils pour nous prémunir des risques. » Son rêve ? Voir le Maroc développer, comme l’a fait la France avec la Coface, une organisation couvrant les entreprises à l’international.

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