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George Forrest : « C'est maintenant qu'il faut investir en RD Congo »

29/04/2009 à 14:05
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George Forrest : « C'est maintenant qu'il faut investir en RD Congo » George Forrest : « C'est maintenant qu'il faut investir en RD Congo »

Malgré la déprime dans l’industrie minière congolaise, il annonce un accord avec le groupe sud-coréen K-Water pour un total de 650 millions de dollars dans les mines et l’énergie. Et veut construire la première usine de superalliage de cobalt en Afrique.

Jeune Afrique : Il y a un an, l’industrie minière en RD Congo était en pleine euphorie et des investissements colossaux étaient annoncés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

George Forrest : Ceux qui investissaient réellement sont restés et ceux qui spéculaient sont partis. Mais les seconds étaient plus nombreux que les premiers. Plus grave, parmi ceux qui souhaitaient engager un véritable développement industriel, certains ont renoncé. Outre la crise économique, la revue des accords miniers a créé de l’incertitude. Résultat : les fonds promis n’ont pu être engagés. C’est une grande perte pour le pays car bon nombre d’opérateurs ne reviendront pas. Sur les 3 milliards de dollars d’investissements attendus, seuls 1,5 milliard seront réalisés. 

Avec quelles conséquences dans l’immédiat ?

En ce qui nous concerne, nous avons interrompu notre production de cobalt à Luiswishi, près de Lubumbashi, en raison de la baisse de la demande et de la chute des cours. Nous avions prévu de redémarrer nos activités en avril, mais je profite de cette période pour implanter une usine qui fabriquera un superalliage de cobalt utilisé dans l’aviation, les pneumatiques et l’automobile… Ce sera la première installation de la sorte en Afrique. Mais pour cela, la mine de Luiswishi devra rester fermée un an. 

Qu’en est-il de Katanga Mining – dont vous êtes l’un des actionnaires – et de l’exploitation des sites de Kamoto et Kov, à Kolwezi ? Certains ont évoqué un risque de faillite…

Certes, le cours de Katanga Mining a essuyé une baisse sensible à la Bourse de Toronto [NDLR : il a chuté de 15 dollars en août 2008 à 0,35 en avril]. Mais Katanga Mining a levé des fonds importants et, d’ici à la mi-mai, de nouvelles capacités financières seront réunies. Glencore [NDLR : groupe suisse de négoce] apporte 265 millions de dollars. Et nous allons ajouter 250 millions, dans le cadre d’un accord global avec le groupe hydroélectrique coréen K-Water. Cet accord représente une enveloppe globale de 650 millions, qui sera redistribuée en fonction des besoins : 250 millions pour Katanga Mining, 300 millions pour Luiswishi et 100 millions dans le secteur énergétique. Cela comprend la réhabilitation des barrages de Koni et Mwadingusha, dans le Katanga. À terme, nous sommes intéressés par Inga, le grand projet hydroélectrique du pays. 

Ne craignez-vous pas d’être à contre-courant et de prendre de gros risques ?

J’ai toujours investi, et c’est dans des moments comme celui-ci qu’il faut le plus agir. Nos partenaires croient en nos capacités industrielles et savent que « ce n’est pas du vent ». Nous ne sommes pas des spéculateurs. C’est notre force. 

À ceci près que votre groupe est parfois minoritaire. Notamment dans Katanga Mining…

En effet. Mais, aujourd’hui je remonte en force. 

Avec des partenaires coréens…

Ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est de continuer à croître : stabiliser les 70 000 tonnes de production annuelle de cuivre puis aller très vite vers les 150 000 tonnes, d’ici à 2012. L’objectif des 400 000 tonnes est maintenu, mais cela dépendra de l’évolution du marché. 

En attendant, les conséquences de la baisse des cours du cuivre sont catastrophiques pour la RD Congo…

En effet, l’activité minière représente la majeure partie des recettes de l’État. On peut estimer que 150 000 personnes ont perdu leur emploi. Le Katanga est au ralenti et Kinshasa le ressent durement. 

Que pensez-vous de l’accord passé en 2007 entre Kinshasa et Pékin qui prévoit des financements dans les infrastructures contre des matières premières…

La RD Congo a eu raison de vouloir diversifier ses partenaires. Mais je pense qu’il fallait associer d’autres intervenants, car nous connaissons les Chinois : ils signent rapidement le premier prêt, mais après les discussions sont longues et pénibles. Pour ma part, j’estime que le gouvernement et les personnes qui ont négocié cet accord ont induit en erreur le président Joseph Kabila. À ce jour, les travaux promis n’ont pas commencé. 

Faut-il renégocier ?

Oui, mais il faut associer tout le monde. Avant la signature de cet accord, mon idée était de réunir tous les grands opérateurs miniers présents dans le pays, le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne et de créer un fonds international pour couvrir les investissements nécessaires. Ce schéma est toujours souhaitable. Tout le monde doit se parler car, en attendant, c’est la population qui paie. 

Passons à un autre accord stratégique, celui qui a été signé, le mois dernier, avec Areva lors de la visite du président Sarkozy à Kinshasa. Quel a été votre rôle ?

Je n’ai joué aucun rôle. On m’a seulement demandé ce que j’en pensais : j’ai répondu qu’il était important pour le pays d’avoir de grands opérateurs industriels. Areva est le leader mondial du nucléaire civil. Il a toute sa place au Congo. Voilà ce que j’ai dit au gouvernement congolais. 

Pas d’entretien avec Anne Lauvergeon ou Joseph Kabila ?

Je sais que l’on me prête beaucoup sur cet accord mais je n’ai pas participé aux négociations. Je ne touche pas à l’uranium au Congo, c’est trop délicat, trop sensible. Tout au plus, le groupe Forrest pourrait être sous-traitant avec sa branche génie civil. Si Areva le souhaite, on peut en discuter. Mais pour l’heure aucun contrat ne lie nos deux entreprises. 

Avez-vous rencontré Anne Lauvergeon ?

Je l’ai vue deux fois, pas plus. 

Lui avez-vous donné des conseils, des contacts…

Non. 

Quelles sont vos relations avec Patrick Balkany, un proche du président français qui aurait intercédé en faveur d’Areva ?

C’est un ami, mais cela ne veut pas dire que nous faisons des affaires. 

Avez-vous abordé le dossier Areva avec lui ?

Non. 

Vous êtes pourtant intervenus ensemble en Centrafrique pour trouver un compromis entre Areva et Bangui après le rachat d’UraMin par Areva…

M. Balkany n’a rien à voir dans ce dossier. En revanche, on m’a sollicité. Il y avait une mauvaise compréhension entre les deux parties. Les choses sont à présent réglées. C’est cela un rôle de facilitateur. Beaucoup de chefs d’État me connaissent et j’ai une bonne réputation. Je suis reçu par courtoisie et ce n’est pas nécessairement pour affaires. Je peux aller ainsi au Gabon, au Togo, en Namibie, en Afrique du Sud… 

Et à Kinshasa…

J’ai de bonnes relations avec le président Joseph Kabila, qui reconnaît en moi l’industriel. Il est normal qu’il me sollicite en tant qu’homme d’affaires. Mais ce sont des entretiens informels et on peut rester trois mois sans se voir.

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