Extension Factory Builder

Qu'Alaa bénisse l'Egypte

15/04/2009 à 16:06
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Qu'Alaa bénisse l'Egypte Qu'Alaa bénisse l'Egypte

Plus de 1 million d’exemplaires vendus pour L’Immeuble Yacoubian, presque autant pour Chicago, Alaa El Aswany enchaîne les succès. Et dénonce inlassablement la corruption et l’obscurantisme religieux qui minent l’Égypte. Interview.

Alaa El Aswany est le plus grand romancier égyptien du moment. Le plus connu. Sa célébrité dépasse les frontières de l’Égypte et du monde arabe, qui ont eu la primeur de ses romans d’amour sur fond de délabrement social et politique. Ses récits sont lus avec gourmandise. Et, pourtant, l’écrivain n’est pas très tendre avec son pays. Il attribue à ses personnages des propos souvent acerbes sur l’Égypte et les Égyptiens.

Mais l’image qui se dégage de ses livres est celle d’un pays magistral et ancien, grevé par la corruption, l’obscurantisme et le mépris des puissants pour les faibles et les asservis. L’espoir vient de ces derniers, à qui Aswany donne la parole dans ses romans (L’Immeuble Yacoubian, paru en français en 2006, et Chicago, 2007) comme dans ses nouvelles réunies sous le titre ironique de J’aurais voulu être égyptien (voir J.A. n° 2509). Entretien avec l’écrivain à l’occasion de son passage à Paris pour le lancement de la traduction en français de son nouveau recueil de nouvelles.

 

Jeune Afrique : Vous êtes un écrivain très populaire. L’Immeuble Yacoubian a été traduit en vingt-sept langues et s’est vendu à plus de un million d’exemplaires. C’est le livre le plus lu dans le monde arabe après le Coran…

Alaa El Aswany : Je n’aime pas beaucoup cette comparaison, car elle relève d’une vision orientaliste du monde arabe, qui, aux yeux de l’Occident, se réduit souvent à l’islam. Pardonnez mon immodestie, mais pourquoi ne pas comparer mon livre aux Mille et Une Nuits ou à l’œuvre de Mahfouz, qui a été, lui aussi, un auteur très populaire ? Mon deuxième roman, Chicago, va bientôt dépasser la barre symbolique du million d’exemplaires. À quoi comparerez-vous ce nouveau succès ?

 

On a d’ailleurs dit que vous êtes l’héritier de Mahfouz…

C’est une comparaison dont je ne me sens pas tout à fait digne. Mahfouz est un modèle. Il connaissait mon père. Je me souviens d’une discussion que nous avions eue en 1982, à Alexandrie. C’était avant son prix Nobel [1988, NDLR]. Quand il a compris que je voulais écrire, il m’a encouragé, tout en me prévenant que je ne devais rien attendre de plus de l’écriture que le plaisir qu’elle procure. Lui-même a toujours refusé l’argent, les postes prestigieux, de peur de se disperser. Sa fidélité à la littérature est quelque chose qui continue à m’inspirer.

 

Vos romans abordent sans tabou la sexualité et dénoncent l’hypocrisie religieuse. Quelles ont été les réactions des lecteurs et des autorités ?

J’ai eu quelques petits problèmes. Je dis « petits », étant donné que j’aborde dans mes livres tout ce qui peut irriter un rigoriste religieux ! Lorsque Chicago est paru en feuilleton dans Ad-Dastour, le plus grand quotidien égyptien indépendant, j’ai été assailli de courriers électroniques. Il y avait des félicitations, mais aussi des insultes et des menaces. Les extrémistes avaient du mal à digérer les libertés que mes personnages prenaient en matière d’amour et de sexualité. Des scènes d’amour entre un Égyptien musulman et une Américaine juive. Une jeune femme portant le voile qui s’interroge sur sa sexualité. Il y avait de quoi la faire condamner à la lapidation mille fois. D’ailleurs, un extrémiste m’adressait chaque semaine un avertissement par mail : « Si la jeune fille voilée a une relation hors mariage, prends garde à toi ! »

 

Vous définiriez-vous comme un écrivain engagé ?

La littérature est toujours engagée. C’est un engagement en faveur des valeurs humaines. C’est parce que je défends ces valeurs que je n’ai pas accepté que le Salon du livre de Paris célèbre, en 2008, l’anniversaire de la création de l’État d’Israël. Israël est un État coupable de crimes contre l’humanité. C’était une faute de mêler le politique et la littérature. Les écrivains israéliens valent beaucoup mieux que leur État. Cela est également vrai pour les écrivains arabes. Je refuse d’ailleurs systématiquement les invitations officielles à me rendre dans des pays arabes non démocratiques. Cela signifie que je ne puis mettre les pieds dans aucun pays arabe !

 

Vous avez écrit que, parmi tous les pays arabes, l’Égypte était le pays « le plus apte à accéder à la démocratie ». Vous y croyez encore ?

Oui, bien sûr. Il y a des raisons à cela, historiques, démographiques, politiques. La société civile égyptienne s’est formée dès le XIXe siècle, lorsque le pays s’est doté d’une Constitution, d’un Parlement, de partis politiques. Nous étions des pionniers. Les premières élections libres du monde arabe ont eu lieu en Égypte, au début des années 1920. Le Premier ministre de l’époque, Yehia Ibrahim Pacha, a lui-même proclamé les résultats des élections, qui ont été désastreuses pour lui-même et son camp.

 

Comment expliquer alors que la démocratie tarde à s’enraciner ?

L’explication est à chercher dans la situation stratégique de ce pays. Depuis Alexandre le Grand jusqu’à George Bush, en passant par Napoléon, les dirigeants des grands empires ont toujours voulu contrôler l’Égypte. Les puissances impérialistes, qui ont tour à tour exercé leur emprise sur ce pays, ne lui ont jamais permis d’être indépendant. L’expérience démocratique a toujours été tuée dans l’œuf car elle menaçait de renverser la tutelle extérieure. Il incombe maintenant à la société civile de couper le cordon ombilical avec les grandes puissances et d’affirmer son indépendance. Dix ans de démocratie suffiraient à l’Égypte pour devenir une puissance incontournable et voir son potentiel économique, géopolitique, culturel être pleinement exploité. Comme cela s’est passé pour l’Inde, par exemple, pays qui est un modèle pour tous les démocrates égyptiens.

 

Si le rêve démocratique devait se réaliser, seriez-vous prêt à assumer des responsabilités politiques ?

Non, catégoriquement non. Je n’ai aucune ambition politique. Je suis romancier et je veux rester fidèle à la cause littéraire.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Egypte

En pleine guerre au Yémen, Riad et Le Caire annoncent des exercices au sol en Arabie saoudite

En pleine guerre au Yémen, Riad et Le Caire annoncent des exercices au sol en Arabie saoudite

Trois semaines après le début des frappes aériennes de la coalition arabe au Yémen, l'Arabie saoudite et l'Égypte annoncent la tenue de manoeuvres militaires sur le sol saoudien. Une décis[...]

Égypte : deux cadets de l'armée tués dans un attentat au nord du Caire

Deux cadets de l'armée égyptienne ont été tués dans l'explosion d'une bombe au nord du Caire au moment où ils s'apprêtaient à embarquer dans un bus.[...]

Le français BRL Ingénierie va mesurer l'impact du barrage de la Renaissance sur les eaux du Nil

Le cabinet d'études français BRL Ingénierie a été choisi pour mesurer l'impact de la construction du barrage Grande Renaissance sur les ressources en eau du Nil, a appris "Jeune[...]

Égypte : six soldats tués dans une nouvelle attaque de l'EI au Sinaï

Six soldats ont été tués et deux blessés dimanche dans l'explosion d'une bombe dans la péninsule du Sinaï dans l'est de l'Egypte, une nouvelle attaque revendiquée par la branche[...]

Égypte : peine de mort confirmée pour le chef des Frères musulmans

Un tribunal égyptien a confirmé samedi les peines de mort prononcées à l'encontre du chef des Frères musulmans Mohamed Badie et de 13 autres personnes reconnues coupables d'avoir cherché[...]

Rap : Jay Z a-t-il utilisé illégalement une chanson égyptienne pour "Big Pimpin" ?

Après Khaled, c'est au tour du rappeur américain Jay Z de rendre des comptes à la justice. Le descendant d'un compositeur égyptien accuse le rappeur d'avoir utilisé illégalement un sample[...]

Égypte - Mounir Abdel Nour : "La critique est aisée..."

Ancien chef de l'opposition sous Hosni Moubarak, le ministre du Commerce extérieur et de l'Industrie plaide la cause de son gouvernement. Sans langue de bois.[...]

Égypte : le chef du groupe jihadiste Ajnad Misr abattu

Les forces de sécurité égyptiennes ont abattu le chef du groupe jihadiste Ajnad Misr, qui a revendiqué plusieurs attaques meurtrières contre des policiers, a annoncé le ministère[...]

Mathieu Guidère : "La compétition d'Aqmi et de l'État islamique en Tunisie est un facteur aggravant"

L'attraction du groupe terroriste de l'État islamique sur les jihadistes africains se fait de plus en plus forte. Décryptage des conséquences de ce phénomène avec l'islamologue Mathieu[...]

Sinaï : au moins 32 morts dont 15 soldats égyptiens dans des attaques terroristes

Le Sinaï a été une nouvelle fois le théâtre d'attaques terroristes du groupe Ansar Beït al-Maqdess, qui a récemment fait allégeance à l'État islamique. Jeudi, 32[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers