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Christine Lagarde : « La dévaluation du franc CFA n'est pas à l'ordre du jour »

15/04/2009 à 14:33
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Christine Lagarde : « La dévaluation du franc CFA n'est pas à l'ordre du jour » Christine Lagarde : « La dévaluation du franc CFA n'est pas à l'ordre du jour »

Débriefing au sommet le 17 avril, à Ouagadougou. À l’occasion de la réunion des ministres de l’Économie et des Finances de la zone franc qui se tiendra dans la capitale burkinabè, Christine Lagarde, 53 ans, détaillera à ses homologues africains les retombées du G20 pour le continent. Entre la vente d’une partie des réserves d’or du FMI et l’augmentation des prêts des banques régionales de développement, ce sont plus de 100 milliards de dollars qui lui seront en partie consacrés. Mais, pour faire face au dollar faible qui pénalise les exportations africaines, il ne sera pas question de mettre à l’ordre du jour la dévaluation du franc CFA ou son arrimage à un panier de devises. Première femme à la tête du ministère de l’Économie, l’ancienne avocate plaide pour le maintien de la parité du franc CFA avec l’euro, seul rempart anticrise.

Jeune Afrique : Quel message allez-vous délivrer lors du sommet de la zone franc du 17 avril ?

Christine Lagarde : Je veux poursuivre le dialogue entamé avant le G20 du 2 avril dernier, à Londres. En amont du sommet, j’avais invité à Paris, le 23 février dernier, mes collègues de la zone franc pour leur rendre compte de l’état des discussions, des avancées, des perspectives, et voir dans quelle mesure ce sommet pouvait jouer un rôle dans leur développement. Pendant le G20, je les ai tenus informés de l’évolution des positions françaises et de la manière dont on les défendait. La représentation des pays africains nécessite des relais d’information réguliers. J’essaie donc de nouer et d’amplifier un dialogue avec les pays de la zone franc. 

Vous vous rendrez en personne à Ouagadougou. Est-ce un autre signal fort ?

C’est en effet la première fois qu’un ministre français des Finances participera en personne à une réunion de la zone franc à Ouagadougou. C’est dans la suite de ce dialogue que s’inscrit mon déplacement. J’en profiterai par ailleurs pour signer une convention d’aide budgétaire pluriannuelle avec le Burkina, avec lequel nous entretenons une coopération très fructueuse. 

Apporterez-vous aussi des mesures concrètes aux pays africains dans leur lutte contre la crise qui les frappe durement ?

Clairement, les engagements pris par le G20 les concernent directement. Que ce soit par le triplement des ressources du FMI ou par l’augmentation des interventions de 100 milliards d’euros pour les banques multilatérales de développement. 

Mais, pour ce dernier point, n’est-ce pas surtout l’Asie qui en profitera ?

Nous allons en effet fortement augmenter le capital de la Banque asiatique de développement, puisque c’est dans cette région que le dossier était le plus avancé, mais nous allons aussi regarder la situation des autres régions, et les pays d’Afrique seront bien entendu concernés. 

Où en est-on de la vente d’une partie de l’or du FMI ?

L’utilisation de la vente d’une partie des réserves d’or du FMI est une autre mesure qui leur est destinée dès lors que les pays africains sont les principaux bénéficiaires des instruments concessionnels du FMI. Au total, les moyens d’intervention du Fonds pour les pays pauvres seront doublés, et la France n’a pas ménagé sa peine pour obtenir cet engagement de ses partenaires. 

Combien rapportera cette requête africaine ?

Tout dépendra du cours de l’or. Elle devrait permettre l’amélioration de la concessionalité et l’augmentation des volumes de prêts pour 6 à 7 milliards de dollars. C’est un exemple très précis de l’utilisation des ressources du FMI pour les pays africains. 

De quelle enveloppe disposera au total le continent ?

Soyons clairs. Plus de 100 milliards de dollars seront actionnés par le FMI et par les banques multilatérales de développement pour venir en aide aux pays en difficultés financières et pour financer leur développement. En outre, plus de 250 milliards de dollars supplémentaires seront affectés au droit de tirage spécial (DTS) du FMI. Dont 20 milliards iront vers les pays les plus pauvres. 

Quand les pays africains bénéficieront-ils de ces soutiens ?

C’est l’autre avancée concernant le FMI, avec la détermination d’assouplir les instruments de crédits pour mettre le plus rapidement possible les prêts à la disposition des pays. On peut imaginer que le FMI travaille sur des instruments véritablement flexibles, comme il l’a fait à la demande du Mexique pour un crédit de 47 milliards de dollars à la veille du G20. 

Soutiendrez-vous les États africains qui souhaitent récupérer les avoirs des anciens dirigeants placés dans des paradis fiscaux ?

La France soutient depuis l’origine les initiatives de la Banque mondiale pour aider les pays à recouvrer les avoirs détournés. À l’occasion de la transparence qui devrait résulter de l’élimination de centres non coopératifs, il est probable qu’il y aura des reflux d’actifs qui dorment pour l’instant et qui se réveilleront peut-être. Il faudra être très vigilant et très attentif. 

Y compris pour les pays de la Françafrique ?

Je ne sais pas ce que c’est, chacun en donne une définition différente et je n’aime pas ce mot car il est entouré d’un halo de suspicion. De toute façon, la France coopère totalement. Elle fournit toutes les informations quand il y a des demandes légitimes et fondées. 

Des États de la zone franc voudraient récupérer les réserves de change qu’ils placent auprès de la Banque de France. Ce sujet sera-t-il débattu le 17 avril ?

Non, c’est une affaire entre les États et les Banques centrales africaines. Est-ce que les États de la zone franc peuvent reprendre leur argent et le dépenser ? Ce n’est pas à nous d’en décider même si, en tant que garants de la convertibilité du franc CFA, nous sommes bien sûr attentifs à l’évolution des réserves de changes africaines. Mais compte tenu des incertitudes liées à la conjoncture actuelle, je ne crois pas qu’il serait prudent de les diminuer de manière discrétionnaire. Par ailleurs, les fonds que gère la France pour le compte des pays de la zone franc à travers la Banque de France sont rémunérés de manière très avantageuse. 

Avec un dollar faible, qui pénalise les exportations africaines, des pays réclament l’arrimage du franc CFA à un panier de devises. Y êtes-vous favorable ?

D’abord, l’effet d’un dollar faible est à double face. Il pénalise les pays qui exportent mais pas vraiment ceux qui importent. Ce qui est un problème pour les uns est une solution pour d’autres. D’autre part, le fait d’avoir été en zone monétaire intégrée et accrochée à l’euro a constitué une zone géographique de stabilité financière et monétaire qui a été satisfaisante. Elle a joué un rôle d’amortisseur très utile à l’occasion de cette crise face à la volatilité des matières premières et des marchés des changes. J’ai évoqué cette question avec mes collègues de la zone franc en février à Paris. Nous étions tous d’accord. 

Et à propos de la dévaluation ?

Ce sujet n’est pas à l’ordre du jour. La dévaluation et l’arrimage du franc CFA à un panier de devises sont des serpents de mer. 

Que répondez-vous à ceux qui dénoncent une baisse de l’aide publique au développement [APD] ?

En dépit de la crise, l’APD de la France est à 0,39 % du revenu national brut [RNB)] en 2008, en progression de plus de 10 % par rapport à 2007. Soit 11 milliards d’euros. Ce qui est important, c’est que l’APD progresse hors annulation de dettes. Et nous avons la volonté d’aller vers l’objectif de 0,7 % du RNB en 2015. 

La France s’est distinguée ces derniers mois comme l’avocat de la Côte d’Ivoire auprès du FMI pour renégocier la dette de l’État ivoirien. Avez-vous fait pression dans ce sens ?

Que nous soyons souvent l’avocat des pays francophones n’est ni étonnant ni nouveau. Mais, dans ce cas, c’était une proposition du directeur du FMI approuvée à l’unanimité des pays membres. Car la République de Côte d’Ivoire était sous programme du FMI, elle remplissait l’ensemble des conditions nécessaires et bénéficiait de l’avis favorable du directeur du FMI, donc rien d’étonnant à cela. C’est aussi un bon point dans la marche vers les élections. Pour le reste, le pays doit se mettre en règle. Et il a encore beaucoup de chemin à parcourir en termes de transparence et de bonne gestion avant d’atteindre le point d’achèvement. 

Reste la dette de 6 milliards de dollars à l’égard du Club de Paris. Ferez-vous un geste fort pour la Côte d’Ivoire ?

Le Club de Paris se réunit le mois prochain. La France jouera son rôle de présidence du Club de Paris, ce qui l’oblige à une certaine neutralité. Pour l’instant, nous avons aidé la Côte d’Ivoire à lever les obstacles techniques sur le chemin qui la mène à l’annulation de dettes. Nous l’avons, par exemple, aidée à réaliser un prêt relais auprès de la BAD, ce qui a facilité l’apurement de la dette auprès de la banque panafricaine. C’était dans l’intérêt de la stabilité politique et du processus démocratique. Ensuite, tous les créanciers de la Côte d’Ivoire sont attentifs au respect des règles. La France doit regarder cela d’une manière impartiale et objective. 

Fin 2008, la France a accordé un prêt de 125 millions d’euros au Sénégal pour qu’il paie ses arriérés auprès du secteur privé. Y a-t-il eu d’autres demandes de ce type avec la crise ?

Non, nous n’avons pas été saisis d’autres demandes de ce genre. 

Un mot sur l’Algérie, qui vient de réélire son président. Que pensez-vous des privatisations du secteur bancaire qui piétinent ?

Les autorités algériennes procèdent par petits pas en faisant des petites privatisations. On attend une montée en puissance plus large. Mais, compte tenu de la situation des banques, des actifs, de l’incertitude des valorisations dans bien des cas, je comprends aussi que ce ne soit pas la période la plus favorable pour privatiser des établissements bancaires. 

Soutenez-vous les patrons des groupes français comme Bolloré ou Areva dans leurs stratégies africaines ?

Je les rencontre régulièrement mais pas spécifiquement sur l’Afrique. Pour Bolloré, il n’a pas besoin de mon assistance pour exercer son activité d’entrepreneur. C’est forcément différent pour Areva puisque c’est une entreprise à capitaux publics. Nous sommes régulièrement impliqués pour examiner la feuille de route d’Areva, sa stratégie, les accords, les développements avec tel ou tel pays producteur d’uranium. De façon plus systématique, nous travaillons avec l’AFD et sa filiale Proparco dans la foulée du discours du président de la République en Afrique du Sud. C’est-à-dire de solliciter les initiatives locales privées, de les accompagner et de participer à leur financement par voie de prêts. 

Avec la crise, pourtant, des pays du sud de la Méditerranée, comme le Maroc et la Tunisie, s’inquiètent de voir la France rapatrier sur son sol certains investissements. Une crainte justifiée ?

Moi, ce que j’ai entendu au cours de ces dernières semaines de la part de grands opérateurs français – je n’en nommerai aucun –, c’est qu’ils n’envisagent pas de relocalisations vers la France, mais d’Asie vers les pays d’Afrique et en particulier vers les pays du Maghreb. 

Où en est le projet de TGV marocain ?

L’implication de la France dans le projet de Ligne à grande vitesse au Maroc, qui permettra de relier le nord du pays à la capitale, est particulièrement structurant pour le développement économique de ce pays.

L’avancement des contrats est très satisfaisant. La SNCF s’est installée au Maroc depuis le début de l’année, pour être aux côtés de l’ONCF et l’assister dans la maîtrise d’ouvrage. Un contrat permettant de couvrir l’ensemble des prestations réalisées par la SNCF jusqu’à la mise en service de la LGV a été signé le 9 avril. Pour mémoire, ces prestations sont financées grâce à un don octroyé par la France. Les premiers appels d’offres devraient être lancés d’ici à la fin de l’année 2009. 

Suivrez-vous François Fillon en Tunisie fin avril ? Un voyage du Premier ministre qui, dit-on, promet un important volet économique. Est-ce exact ?

Je serai pour ma part à Washington pour les assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI.

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