Conseiller spécial du président de la République française
Jeune Afrique : Tournée en Afrique, G20, réunion de l’Otan… Le président Sarkozy continue de sauter d’un dossier à l’autre, fidèle à son image d’hyperprésident.
Henri Guaino : C’est le prix à payer pour le retour de la politique. Le G20 de Londres marque une étape décisive. Pour la première fois, les grands leaders se sont réunis pour prendre ensemble des décisions sur des sujets aussi importants que la moralisation de la finance et la régulation de la mondialisation. La France y a joué un rôle clé. C’est elle qui a voulu le sommet de Washington [en novembre 2008, NDLR]. Elle encore qui, avec l’Allemagne, a convaincu Barack Obama et Gordon Brown d’aller plus loin que ne l’avaient souhaité leurs propres administrations sur les paradis fiscaux, les hedge funds et la rémunération des patrons.
À passer d’un dossier à l’autre, on a l’impression que certains projets, comme l’Union pour la Méditerranée, n’avancent plus…
Imposer le retour de la politique est un combat de chaque instant. La résolution de la crise géorgienne, le plan européen de sauvetage des banques, la création de l’Union pour la Méditerranée, ce sont des victoires politiques à l’arraché. Maintenant, il faut se battre encore pour inscrire l’UPM dans la durée, surmonter la tragédie de Gaza, passer par-dessus les haines et les rancœurs. Avec l’UPM, on a voulu engager non pas une logique diplomatique mais une logique de projets. Si le drame de Gaza a obligé à suspendre temporairement les rencontres diplomatiques, les projets, en revanche, continuent d’avancer avec le plan solaire, les autoroutes de la mer, la sécurité civile, le centre méditerranéen de la recherche scientifique, la politique de l’eau, la dépollution de la mer, l’Erasmus méditerranéen… La coprésidence franco-égyptienne tiendra, le 30 avril, une réunion à Alexandrie avec les bailleurs de fonds pour trouver des financements. Nous avons aussi engagé une réflexion sur l’agriculture, la santé, les nouvelles technologies, la banque de la Méditerranée. L’UPM n’est pas arrêtée, elle avance à travers des projets. Quant au secrétariat, qui en est l’institution clé, les discussions vont reprendre. Il sera installé à Barcelone avant la fin de l’année.
Vous étiez du dernier voyage du président dans les deux Congos et au Niger, trois pays où les intérêts économiques ont semblé primer le politique.
Pourquoi devrions-nous avoir honte de défendre nos intérêts économiques face à des pays comme la Chine ? L’avenir de l’Afrique passe aussi par l’économie. Mais, naturellement, la relation entre la France et l’Afrique est bien plus profonde et complexe. Il est impossible de faire table rase du passé, des souvenirs, des habitudes… Partons de cette histoire commune et faisons-la évoluer dans un climat dépassionné, sur des bases saines, tout en respectant la souveraineté des États. À Dakar et au Cap, la France a dit comment elle voyait cette évolution avec une Afrique qui doit se prendre en main, s’assumer, travailler à sa propre renaissance, et dont la France entend être un partenaire et non plus un tuteur. Coresponsabilité, codéveloppement, co-investissement, solidarité, tels sont les maîtres mots de l’avenir. À Kinshasa, à Brazzaville, à Niamey, la France a creusé ce sillon dans la perspective d’une grande et forte solidarité eurafricaine.
Que vous inspire la repentance exprimée par Ségolène Royal pour le discours du président Sarkozy à Dakar ?
La France n’a pas à rougir du discours de Dakar. C’était un discours de respect, de vérité, de sincérité, y compris sur la colonisation.

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