Extension Factory Builder

Fatima Lalem

03/03/2009 à 12:42
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Fatima Lalem Fatima Lalem

Native de Marrakech, elle est aujourd’hui adjointe au maire de Paris. Et présidente du comité de surveillance de l’Hôpital européen Georges-Pompidou.

Pour Fatima Lalem, l’année 2008 a été celle de la « consécration ». Elle-même le reconnaît volontiers. En octobre, elle a eu « l’immense honneur » d’être élue à la présidence du comité de surveillance de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), le dernier-né des grands établissements hospitaliers parisiens. Plus de 4 000 salariés, dont 432 médecins, y travaillent. En 2006, 204 000 consultations y ont été données et 54 000 patients accueillis.

« Cette nomination est une fierté, bien sûr, mais c’est surtout beaucoup de responsabilités », tempère Fatima. Le comité de surveillance est chargé de contrôler la gestion de l’HEGP, dont le budget s’élève à 268 millions d’euros. Il est consulté pour toutes les décisions financières et donne son avis sur les projets de développement.

Lors des élections municipales de mars 2008, Fatima Lalem a par ailleurs été élue conseillère municipale dans le 15e arrondissement de Paris. Bertrand Delanoë, le maire de la capitale, l’a choisie pour succéder à Anne Hidalgo au poste d’adjointe chargée de l’égalité hommes-femmes. Une mission importante, l’« égalité réelle » entre les sexes et la lutte contre les discriminations ayant été l’une des priorités de sa campagne électorale…

Évoquant ses nouvelles fonctions à l’Hôtel de Ville, l’intéressée ne cache pas son enthousiasme et parle avec passion de son plan de lutte contre les violences faites aux femmes. Dans son arrondissement, un premier centre d’hébergement a été ouvert pour accueillir les victimes. Deux autres le seront d’ici à 2014. Parallèlement, elle a lancé une campagne de prévention contre les mariages forcés et vient d’éditer un guide à destination des élus qui pourraient être confrontés à cette délicate question.

Quand son directeur de cabinet parle d’elle, le premier mot qui lui vient à la bouche n’est pas « Parisienne », mais… « Méditerranéenne ». Il la décrit, en souriant, comme « généreuse, chaleureuse et très combative ». De fait, Fatima est une femme de caractère, bien qu’elle n’ait guère tardé à adopter la langue de bois en vigueur dans le milieu politique, qu’elle fréquente désormais.

Évoquant Bertrand Delanoë, par exemple, elle ne recule pas devant le dithyrambe. « C’est un visionnaire qui ne fait pas de différence entre Françoise, Fatima ou Mohamed. Choisir une femme, d’origine maghrébine de surcroît, dans l’exécutif municipal, c’est tout un symbole ! » Un calcul, aussi, peut-être ? Réponse cinglante : « C’est d’abord pour mon expérience du terrain qu’il m’a choisie. »

À son crédit, il est parfaitement vrai que Fatima Lalem n’a pas fait ses armes dans les bureaux feutrés de la mairie de Paris ou au siège du Parti socialiste, rue de Solferino. Son expérience, elle l’a forgée au contact des personnes en difficulté.

 

Après un doctorat en économie publique, en 1982, elle travaille pendant deux ans dans une mission locale pour l’emploi des jeunes à Clichy-la-Garenne, au nord-ouest de Paris. Puis, entre 1994 et 1996, devient responsable de la communication de l’association « Profession Banlieues », qui s’efforce de promouvoir le développement social en Seine-Saint-Denis, avant de se spécialiser dans les questions de contraception et d’intégrer, en 2000, le bureau national du Planning familial. Elle y restera sept ans.

« Ce qui me passionne c’est d’être près des gens. Aujourd’hui encore, c’est dans mon travail avec les associations que je prends le plus de plaisir », commente Fatima. Pudique, elle répugne à chercher dans son passé les raisons de son engagement. « Je ne veux pas trop parler de moi », souffle-t-elle.

Fatima Lalem est pourtant une militante dans l’âme : à 18 ans, elle était déjà féministe. Un combat qui, reconnaît-elle quand même, fût-ce avec réticence, plonge ses racines dans son enfance, entre le Maroc et l’Algérie.

Née à Marrakech en 1950 d’un père algérien et d’une mère marocaine, elle est, très jeune, témoin des inégalités subies par les femmes de son entourage. « Femme au foyer, ma mère était pourtant assez politisée. Elle avait envie de travailler et c’est peut-être l’une des raisons qui expliquent que mon père et elle se soient séparés. » En ce qui la concerne, Fatima Lalem a toujours refusé de dépendre de qui que ce soit. Après le divorce de ses parents, elle quitte l’Algérie, où la famille s’était installée, pour rejoindre la France, son troisième pays.

Si Paris est aujourd’hui son unique terrain d’action, Fatima n’a pas perdu l’envie de s’investir à nouveau au Maroc et en Algérie. En 1984, rêvant de contribuer au développement du pays de son père, elle avait fait une première tentative. « À l’époque, se souvient-elle, il y avait un début d’ouverture démocratique, une vraie mobilisation des femmes pour leurs droits. »

Enseignante à l’université d’Alger, elle travaille simultanément à la mise en place du Planning familial algérien. Fatima en reste convaincue : « Dans les sociétés musulmanes, le rapport des femmes à la sexualité et à la maternité est fondamental. C’est un aspect essentiel de la lutte qu’elles mènent pour la défense de leurs droits. » Hélas, le retour en Algérie se solde par un échec, le projet de Planning familial ne voit finalement pas le jour. « Le combat était devenu trop difficile. En 1993, j’ai décidé de revenir en France. Mais ça a été très dur de voir ce projet s’écrouler. »

 

Quand elle parle du Maroc, en revanche, ses mots se font plus tendres. Fatima retrouve une certaine légèreté, évoque les membres de sa famille restés au pays et ces Marocaines dont la condition s’améliore… « J’ai gardé des contacts avec des militantes féministes pour qui j’ai beaucoup d’admiration. C’est à elles que l’on doit la Moudawana [le code de la famille, NDLR]. »

Mais la vie a suivi son cours. Aujourd’hui, Fatima Lalem se sent complètement française et n’a nullement le sentiment d’être déchirée entre ses trois identités. « C’est en France que je me suis mariée, que j’ai eu mes enfants et que j’ai fait carrière, dit-elle. En tant que femme, je sais ce que m’a apporté ce pays. Je suis d’une génération qui a pu se construire avec l’idée qu’une réelle intégration, qu’une vraie promotion sociale était possible. Ce n’est plus forcément le cas pour les jeunes d’aujourd’hui. »

Mère de deux filles, elle espère leur avoir transmis son goût pour l’autonomie. « Je suis particulièrement fière qu’elles aient l’une et l’autre choisi des filières scientifiques très pointues. Elles contredisent ainsi les stéréotypes selon lesquelles les filles n’aiment que les matières littéraires », se réjouit Fatima. Des stéréotypes que, pour sa part, elle s’est toujours évertuée à faire mentir…

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Sur le même sujet
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Maroc

Football : le Mondial des clubs 2014 maintenu au Maroc par la Fifa

Football : le Mondial des clubs 2014 maintenu au Maroc par la Fifa

Le Mondial des clubs 2014, avec entre autres le Real Madrid vainqueur de la Ligue des champions, pourra se tenir en décembre comme prévu au Maroc, le pays n'étant pas touché par l'épidém[...]

Mohammed VI : le Maroc peut intégrer "le concert des pays émergents"

Lors de son discours, mercredi, à l'occasion de la "Fête de la révolution, du roi et du peuple, Mohammed VI a estimé que le Maroc avait vocation à intégrer "le concert des pays[...]

Maroc : Rachid Andaloussi, horizon CasArts

L'architecte marocain Rachid Andaloussi a dessiné, avec Christian de Portzamparc, le projet CasArts, à Casablanca. Un théâtre conçu comme une "medina culturelle" qui vise à[...]

Au Maroc, le combat d'une mère célibataire contre l'exclusion

"Je me bats pour mon fils malgré les regards et les jugements impitoyables", lance avec détermination Khadija, une mère célibataire de 27 ans, dans un rare témoignage sur le combat[...]

IIe guerre mondiale : les victoires oubliées des "indigènes"

Avant le grand débarquement, la reconquête des Alliés est amorcée par la Corse et l'Italie. Des batailles aussi épiques que méconnues menées par les[...]

Maroc : nouvel assaut massif de migrants subsahariens sur la barrière de Melilla

Plusieurs centaines de migrants subsahariens ont tenté mardi d'entrer dans l'enclave espagnole de Melilla depuis le Maroc. Par ailleurs, 470 autres ont été secourus dans le détroit de Gibraltar.[...]

Tirailleurs : le chagrin des indigènes

Tierno Monénembo est un écrivain guinéen, Prix Ahmadou-Kourouma 2012 pour Le Terroriste noir, sur Addi Bâ, héros méconnu de la Résistance..[...]

L'Algérie et le Maroc intensifient la lutte contre le trafic d'essence transfrontalier

Depuis le début de l'année, quelque 500 000 litres de carburant algérien destinés à l'exportation frauduleuse vers le Maroc ont été saisis par les gendarmes. La lutte s'intensifie[...]

Maroc : quand le PAM fait sa mue

Créé en 2008 par Fouad Ali El Himma, un proche du roi du maroc, le Parti Authenticité et Modernité (PAM) tente de se donner une nouvelle image. Notamment en multipliant les incursions sur le[...]

Sahara : l'autonomie, sinon rien

L'arrivée au pouvoir en 1999, à trois mois d'intervalle, d'Abdelaziz Bouteflika et de Mohammed VI avait suscité l'espoir raisonné d'un new deal entre les deux frères ennemis du[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers