De son vrai nom Taoufik Hazeb, il est la star montante du hip-hop marocain.
JEUNE AFRIQUE : La darija que vous employez dans vos textes choque. Beaucoup la considèrent comme vulgaire…
DON BIGG : J’utilise le seul langage qui existe au Maroc : celui de la rue. C’est une hypocrisie sociale que de trouver cette langue vulgaire. Je ne veux pas rentrer dans le jeu du formatage télé ou radiophonique, je laisse ça à d’autres qui font ça très bien. Si je faisais ça, je servirais moi aussi cette société schizophrène et hypocrite que je dénonce dans mes chansons.
Vos textes sont très politiques. Vous n’avez jamais de problèmes de censure ?
Ils ne sont pas uniquement politiques. Je chante ce que je vois, ce que je vis. Je peux rapper sur la corruption comme sur les grosses bagnoles, sur ce qui est bien au bled comme sur ce qui ne va pas… Pour ce qui est de la censure, bien sûr qu’elle existe encore, mais sous de nouvelles formes. Un exemple : quand j’ai voulu sortir mon premier CD, je suis allé voir la seule maison de disques marocaine. J’ai essuyé un refus catégorique sous prétexte que mes paroles ne correspondaient pas aux principes de la maison. Mais à présent que je suis connu et que j’ai quelques moyens, je peux dire ce que je veux. C’est d’une hypocrisie hallucinante.
Absence d’industrie du disque, piratage, faibles cachets… La plupart des rappeurs peinent encore à vivre de leur art. C’est aussi votre cas ?
Quand j’ai débarqué, la condition des artistes était misérable. Aujourd’hui, les choses commencent à changer. Quelques groupes arrivent à gagner décemment leur vie. Mais il faut encore professionnaliser les choses. Je viens d’ailleurs de créer ma propre maison de production pour aider les groupes locaux à s’en sortir. Quant au piratage, on peut s’en servir. Les vendeurs de CD piratés ne sont pas des voleurs, mais de pauvres gens qui gagnent 1 ou 2 dirhams par album vendu. Si on leur propose de vendre demain un disque officiel avec une plus grande marge, je suis sûr qu’ils le feront. C’est ce que je compte faire pour mon nouvel album. Qu’on le veuille ou non, le circuit de l’informel peut être un formidable outil de distribution.

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