06/01/2009 à 11h:38 Olivia Marsaud
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Membre du Conseil économique et social pendant six ans, cette Franco-Algérienne de 53 ans tente désormais de redonner leur chance aux populations les moins favorisées.

Dans son bureau parisien aux larges baies vitrées, Fadila Mehal embrasse la capitale. Elle a vue sur tout Paris, et le regard qui porte loin. Au sens propre, comme au sens figuré. À 53 ans, cette femme énergique et tout en rondeurs, qui est née au sud, en Algérie, et a grandi au nord, dans la région de Lille, est directrice de la culture de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), un établissement public chargé de mettre en œuvre les orientations du gouvernement en matière de politique de la ville, d’intégration et de lutte contre les discriminations. Mais ce n’est là qu’une partie de sa vie. Cette mère de trois enfants est aussi vice-présidente de la fédération parisienne du Mouvement démocrate, le fameux Modem, fondé par le centriste François Bayrou, au lendemain de l’élection présidentielle de mai 2007. Une bannière sous laquelle elle s’est présentée aux législatives du mois de juin suivant et aux dernières élections municipales, en mars 2008. « J’étais en tête de la liste présentée par le Modem dans le 4e arrondissement de Paris. En recueillant 8,3 % des suffrages, nous en sommes devenus la troisième force politique, devant les Verts », raconte-t-elle.

 

Lors du scrutin, Fadila n’avait « aucun bilan à faire valoir », mais de l’expérience à revendre : ex-membre du Conseil économique et social (CES) de 2002 à 2008, où elle fut l’un des rares experts à effectuer deux mandats consécutifs, elle est toujours présidente des Marianne de la diversité, une association qui lutte contre les discriminations et défend le dialogue des cultures. Créée après les émeutes urbaines de l’automne 2005, la structure met en avant le rôle des femmes dans la promotion de la paix sociale dans les quartiers, parce que « les mères et les grandes sœurs ont été des vecteurs d’apaisement pendant les événements ».

Dans un bagout chaleureux mâtiné d’une aisance toute politique, Fadila Mehal se raconte facilement. Elle sourit beaucoup, parle avec les mains et insiste sur certains mots comme « diversité ». Pour Nadia Khouri-Dagher, journaliste spécialiste du monde arabe et cofondatrice du magazine Yasmina, elle « fait partie d’une nouvelle génération de femmes issues de l’immigration maghrébine, décomplexées par rapport à leurs origines, qui n’ont aucune revanche à prendre et sont très apaisées par rapport à leur identité »

Fadila est née en 1954 à Cherchell, à l’ouest d’Alger, au sein d’une famille francophone de la classe moyenne. Elle a 5 ans lorsque ses parents s’installent en France pour y chercher du travail, d’abord dans l’Est, puis dans le Nord, à Roubaix. À l’époque, leur « enracinement » est « rapide et favorable ». Son père est commerçant, sa mère femme au foyer. Ils élèvent quatre enfants qui seront « tous universitaires », précise Fadila avec une pointe de fierté.

La jeune fille ne reviendra dans son pays natal qu’à 18 ans, pour « résoudre son problème de double culture ». « Après le bac, je suis partie en Algérie pendant quatre ans, se souvient-elle. C’était l’époque de Boumédiène, du panafricanisme et des non-alignés. Cette ébullition intellectuelle m’a servi de base doctrinale. J’ai rencontré des gens exceptionnels, dont beaucoup sont morts durant les années noires de l’islamisme des années 1990. Ce séjour m’a également permis de clarifier mes attentes – énormes – par rapport à ce pays. J’en suis revenue en paix avec moi-même. J’ai compris que j’étais de France, attachée aux valeurs républicaines françaises, mais que l’Algérie aurait toujours un statut à part dans mon cœur. »

Après des études de sciences politiques et de journalisme à Alger, puis un DEA au Celsa, l’école de journalisme et de communication de la Sorbonne, Fadila passe un concours pour gérer une maison de jeunes et de la culture, dans la métropole lilloise. Dix années de terrain plus tard, elle s’impose comme la « Madame intégration du Nord - Pas-de-Calais », avant de devenir, en 1996, la première directrice régionale du Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations (Fasild, qui sera remplacé en 2006 par l’Acsé) issue de l’immigration, à Lille d’abord, puis à Montpellier. L’expérience qu’elle y acquiert finit par convaincre Jacques Chirac, alors président de la République, de la nommer, en 2002, à la section des affaires sociales du CES. L’une des plus importantes…

En 2004, elle rejoint le « pôle intégration » du ministère de la Cohésion sociale de Jean-Louis Borloo, l’ex-maire de Valenciennes, avec lequel elle a travaillé dans le Nord. « On a créé la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, la Cité de l’immigration, les contrats d’accueil et d’intégration… J’ai vu là où s’exerce le pouvoir, mais aussi la fragilité des hommes politiques. Si bien qu’au bout de dix-huit mois je suis revenue à la vraie vie ! J’avais besoin d’indépendance et de liberté pour faire de la politique. »

 

Biberonnée au marxisme lors de ses études en Algérie, Fadila garde une sensibilité de gauche jusque dans les années 1990, mais c’est sous la houlette d’André Diligent, le sénateur-maire de Roubaix, un centriste-social, qu’elle se présente aux municipales de 1995. « Je suis entrée en politique grâce à un homme atypique, non par le biais d’un parti. Je me méfie des idéologies », aime-t-elle rappeler. Elle s’affirme aujourd’hui de centre droit, engagée au Modem après avoir soutenu Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. « J’ai pris mes distances à cause de la création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Le chef de l’État a raison de poser la question de l’identité mais pas de la réduire à l’immigration, qui n’a rien d’une menace. J’en suis la preuve vivante », argumente-t-elle.

Si Fadila Mehal salue la nomination de ses « amies Rachida, Fadela et Rama au gouvernement », elle regrette toutefois le manque d’engagement des grands partis en faveur de la diversité. « Et si la société française était moins conservatrice que ce qu’en disent ses dirigeants ? Un récent sondage montre que 82 % des Français sont prêts à voter pour un candidat noir, 58 % pour un candidat maghrébin ! » rappelle Fadila, qui, à la suite de l’élection de Barack Obama, appelle à un « Grenelle de la diversité ».

De France, où elle est ancrée, Fadila regarde certes vers l’Amérique, mais aussi et surtout vers l’Afrique du Nord. « Avec les Marianne de la diversité, nous nous investissons dans le projet d’Union pour la Méditerranée. J’aimerais que mon engagement pour le dialogue des cultures soit mis au service de l’espace euro-méditerranéen que veut promouvoir le président. Il aura besoin de messagères et d’ambassadrices des deux rives », explique-t-elle. La perche est tendue…

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