Né à Alger, Kader Arif a débarqué tout enfant à Castres, dans le sud de la France. Cinquante ans plus tard, il est ancien rugbyman de haut niveau, parlementaire européen, membre du staff de campagne du candidat socialiste à la présidentielle François Hollande et candidat aux législatives. Pas mal, non ?
Kader Arif a la faconde d'un homme du midi de la France. Cette façon de prononcer les « plusse » et les « môainsse », la jovialité matoise de ceux qui arrondissent les angles pour parvenir à leurs fins. Kader Arif est né à Alger il y a cinquante-deux ans. Passionné de voile et ancien rugbyman de haut niveau, il n'est pas grand et massif comme l'on pourrait s'y attendre. « À l'époque où j'étais talonneur du Castres Olympique, explique-t-il, l'entraînement était moins exigeant qu'aujourd'hui. On ne faisait pas de la musculation tous les jours... »
Dans le cadre de la campagne présidentielle, ce proche de François Hollande s'est vu attribuer la responsabilité du pôle coopération. « La grande force du candidat socialiste, souligne Arif, c'est qu'il a su s'entourer d'une équipe diverse. Et puis, Hollande incarne le rêve français, qui consiste à dire à chacun, quelles que soient sa couleur de peau ou son histoire, qu'il appartient à une nation commune.
Loin de Maison carrée
Ce rêve a un sens, pour lui qui a quitté l'Algérie à l'âge de 3 ans et demi, lorsque ses parents se sont installés dans le Tarn, pas très loin de Toulouse. « Nous habitions Maison Carrée - aujourd'hui El-Harrach, une banlieue populaire d'Alger. Ma mère était originaire de la Mitidja, mon père, du Sud-Ouest algérien. En France, il a été ouvrier agricole, bûcheron, puis a manié le marteau-piqueur pendant quinze ans. » Aîné de quatre enfants, Kader fait ses études secondaires à Castres, complétées par une maîtrise de communication à Toulouse. Tout en jouant au rugby jusqu'à l'âge de 24 ans : « Ce sport, qui ne faisait pas partie de l'univers de mes parents, m'a permis de m'intégrer, d'être accepté par les autres. »
Le coup d'État de Pinochet au Chili, en 1973, a éveillé l'intérêt de l'adolescent pour la politique : « J'ai mal vécu cet événement, qui mettait à bas la démocratie. » Castres étant au coeur du « Midi rouge » (c'est la patrie de Jean Jaurès), nombre de ses proches militent au Parti communiste, d'autres aux Jeunesses socialistes. Arif s'engage lors des municipales de 1977, prend sa carte du PS en 1983, devient l'un des fondateurs et le vice-président de l'association France Plus, qui se bat pour que l'immigration pèse davantage dans le débat politique.
Le rugby ne faisait pas partie de l'univers de mes parents. Il m'a permis de m'inntégrer.
En 1987, il rencontre Lionel Jospin, qui, fraîchement élu député de la Haute-Garonne, lui propose de devenir son assistant. Il le suivra jusqu'à Matignon, en 1997, devenant deux ans plus tard, avec son soutien, premier secrétaire de la fédération de la Haute-Garonne. « Qu'un Kader lui succède comme patron de la quatrième fédération de France avait pour lui, en tant que Premier ministre, une valeur politique forte. »
Tolérance
Arif intègre le bureau national du PS en 2000, devient secrétaire national du parti, puis, avec le soutien de Hollande, est désigné comme tête de liste pour la région Sud-Ouest aux élections européennes de 2004. « Je me sens pleinement citoyen français. Mais, en même temps, au plus profond de moi, il reste toujours ce sentiment d'être "né ailleurs". Eh bien, là, j'ai réalisé en Midi-Pyrénées le meilleur score national. Malgré les politiques intolérantes qui sont menées, la France est, dans ses profondeurs, un pays de tolérance et d'acceptation. »
Aujourd'hui député européen et vice-président de l'assemblée parlementaire paritaire UE-ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), Arif est candidat aux législatives de juin en Haute-Garonne, et voyage en Afrique au nom de François Hollande pour jeter les bases de nouvelles relations avec le continent. Le candidat à la présidentielle, assure-t-il, veut en finir avec la Françafrique, redéfinir la politique commerciale et l'aide au développement, changer la politique migratoire, aider les pays du Printemps arabe à réussir sans heurts leur transition démocratique. Ce sont là de belles intentions, comme on dit au rugby. Reste à transformer l'essai.
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1.MONIQUE64 - 04/02/2012 à 01h:02Kader...c'est tout simplement un mec sympa,avec qui nous pouvons parler de tout.Bonne chance aux législatives et au cumul des mandats,sinon il [...] Lire
Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]
Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]