Quelle année ! Comment, malgré l’accoutumance à cette drogue que sont pour les journalistes les éruptions de l’actualité, ne pas être pris de vertige lorsque l’on déroule le film des événements de 2011 ? N’en déplaise aux Cassandre, affolés par l’arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, en Égypte ou au Maroc et prédisant un véritable pandémonium aux protagonistes de cette extraordinaire aventure qui a bouleversé le Maghreb et le Moyen-Orient, le monde arabe est de facto en pleine renaissance. Malgré les incertitudes, les doutes et les erreurs qui ne manqueront pas de jalonner ce cheminement à tâtons en terra incognita, une certitude : le progrès n’est plus l’apanage d’un Occident aujourd’hui sclérosé, dévoré par ses excès et ses peurs. Le progrès, et la dynamique qu’il induit, est désormais arabe. Le pluralisme, la diversité, le débat, la culture du compromis, la quête de liberté, la prise de risques – y compris physiques –, la défense de valeurs morales (justice, égalité, droits de l’homme, lutte contre la corruption, etc.) aussi. Mieux, l’édification de projets de société inédits n’obéit plus aux diktats émanant d’autorités intérieures comme extérieures ou au « copier-coller » de supposées panacées venues d’ailleurs. Les Arabes construisent eux-mêmes leur propre avenir. Qui l’eût cru ?
Depuis Tunis, le vent du changement s’est mis à souffler sur l’Afrique. Ici, des ouragans ou des bourrasques, là, une imperceptible brise. Mais, partout, le sentiment que rien ne sera plus comme avant, que tout peut arriver, même ce qui était, il n’y a pas si longtemps, impensable.
De 2011, nous retiendrons aussi cette incroyable malédiction qui s’est abattue sur la caste des dictateurs. Ben Ali et Moubarak, évidemment. Ali Abdallah Saleh, aussi. Kim Jong-il et Kaddafi, caricatures ubuesques de ce que l’humanité peut produire de pire, surtout. Sans parler des Fidel Castro ou Hugo Chávez, versions caribéennes d’une espèce en voie d’extinction, rattrapées par l’âge ou la maladie.
Cette année ébouriffante s’achève, hélas ! sur le pire des scénarios : le bras de fer qui se déroule sous nos yeux, à Kinshasa, entre Joseph Kabila et Étienne Tshisekedi. Une élection catastrophique qui aboutit à un hold-up de la démocratie. Un pays pris en otage, une nouvelle fois. Une armée tribalisée qui protège son chef contesté et qui, elle, ne basculera pas dans le camp des partisans du Sphinx de Limete. Une communauté internationale, enfin, qui accepte, certes avec des pincettes, la victoire de Kabila parce qu’elle n’a guère confiance en son opposant : Tshisekedi n’est pas Ouattara. Après la crise postélectorale ivoirienne à la fin de 2010, voici la crise congolaise un an plus tard. Quand on connaît la suite des événements, ça promet pour 2012…

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