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Malika Bellaribi-Le Moal

14/05/2009 à 17:19
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Née dans un bidonville près de Paris, elle fut gravement accidentée à l’âge de 3 ans. Sa planche de salut ? La musique. Elle est aujourd’hui une cantatrice de renom.

La vie de Malika Bellaribi ressemble à un conte de fées, avec sa marâtre, son prince charmant, ses coups du sort et son inévitable happy end. Ceux qui ont entendu chanter cette mezzo-soprano désormais habituée des plus prestigieuses salles parisiennes gardent en mémoire l’émouvante fragilité qui émane d’elle. Comme s’il restait dans sa voix une trace des épreuves du passé, ces épreuves qu’elle raconte par le menu dans Les Sandales blanches, une autobiographie parue en octobre 2008.

Malika Bellaribi naît le 3 juillet 1956 dans un bidonville de Nanterre, près de Paris, alors qu’une guerre qui ne dit pas son nom bat son plein entre le pays de ses parents et celui qui va devenir le sien. Distraites, sans doute, les fées oublient de se pencher sur son berceau…

Septième d’une fratrie de dix, elle ne suscite, au mieux, que l’indifférence de sa mère. À l’âge de 3 ans, elle est renversée par un poids lourd. S’ensuivent de longues années d’hospitalisation, un nombre inimaginable d’interventions chirurgicales et de longs séjours dans des couvents, loin des siens. Tandis qu’elle réapprend à marcher à l’aide de béquilles, sous le regard parfois moqueur de ses petits camarades, les visites sont rares. Un jour, alors qu’elle est censée venir la chercher, sa mère ne se manifeste pas. Du coup, quelques jours durant, Malika est confiée à l’assistance publique.

 

Quand elle rentre enfin chez elle, neuf années se sont écoulées depuis son accident. Seul à lui avoir manifesté un peu de tendresse, son père n’est plus de ce monde. À l’exception de son aînée, Hayat, elle ne connaît guère ses frères et sœurs. Et sa toujours charmante mère lui serine à longueur de journée qu’elle n’est qu’une pauvre idiote…

Étrangère chez les religieuses qui l’ont soignée, étrangère chez elle… À l’école, où elle ne met les pieds que vers l’âge de 12 ans sans savoir ni lire ni écrire, elle subit les quolibets de ses condisciples et de la maîtresse. « Il y avait, bien sûr, un rejet racial et social, mais aussi un rejet du handicap. Avec mes béquilles, je n’étais pas une enfant comme les autres », se souvient-elle.

De ces longues années de souffrance, Malika a gardé une passion: celle des cantiques. Quand vient le soir, elle chante des kyrie (mot qui, en grec, signifie « Seigneur, prends pitié ») pour implorer le Christ. C’est son secret. Elle en tire la force nécessaire pour poursuivre son chemin et, en 1970, décrocher le certificat d’études.

À l’adolescence, lassée des brimades maternelles, elle fugue et échappe de justesse à un violeur. Sa mère tente alors de la marier de force, en Algérie. Bien que son frère ait détruit son passeport, elle parvient à revenir en France, où elle vit de petits boulots: serveuse, femme de ménage… Elle rencontre l’amour et tombe enceinte, alors que les médecins lui avaient toujours affirmé qu’elle ne pourrait jamais avoir d’enfant. Et tant pis si le jeune papa disparaît bientôt dans la nature. Fille unique de Malika, Nassera-Isabelle a aujourd’hui 32 ans.

 

Pour pouvoir l’élever, Malika se remet aux études et trouve un mari – un papa de substitution? Avec un nouveau nom à consonance française, il lui est désormais plus facile de décrocher un emploi. En l’occurrence dans un cabinet d’expertise comptable. « Dans le milieu professionnel comme dans le milieu lyrique, quand on porte un nom étranger, on ne vous donne pas de travail. Je comprends qu’on puisse être tenté de franciser son prénom, mais je m’y suis toujours refusée », commente Malika Bellaribi, qui, par idéalisme et incurable optimisme, est opposée à la discrimination positive.

En 1978, nouveau drame. Hayat, sa sœur aînée, celle qui a fait office de mère pour elle, se donne la mort. La future cantatrice sombre dans une profonde dépression qui l’oblige à entreprendre une psychanalyse. Au terme de sa thérapie, elle a appris au moins une chose: elle doit impérativement se lancer dans la musique.

Elle prend des cours de solfège, redécouvre les cantiques de son enfance, ignore ceux qui tentent de la décourager et travaille avec acharnement. Très vite, elle partage sa vie entre le cabinet d’expertise comptable et le Conservatoire international de musique de Paris. Jaloux de sa dévorante passion pour la musique, son mari la quitte. Il ne comprend pas qu’elle a enfin trouvé sa planche de salut. Elle se remet vite de cette séparation. Une autre rencontre l’attend.

En 1984, Malika épouse Christian Le Moal, psychothérapeute mélomane, qui la pousse vers la scène jusqu’à faire du chant son métier. Par amour pour lui, elle se convertit au catholicisme, auquel les religieuses l’avaient naguère initiée. « Je porte l’islam et le christianisme en moi, dit-elle. Tout comme mon identité culturelle, mon identité religieuse est mixte. Cela me permet d’être très tolérante vis-à-vis de l’islam, qui reste pour moi synonyme d’amour, contrairement à l’idée trop souvent véhiculée. »

 

Sa carrière de cantatrice décolle au début des années 1990. Malika Bellaribi-Le Moal chante dans des églises et des châteaux, avant d’être à l’affiche de la salle Cortot, du théâtre du Renard et de la salle Gaveau, à Paris. Elle enregistre deux disques et prépare actuellement le troisième.« Malika a une voix extraordinairement ensoleillée et un timbre plein de chaleur. Elle possède un tempérament musical fort et enthousiaste. C’est aussi une perfectionniste: elle veut toujours aller plus loin dans le travail vocal, et au plus profond des œuvres musicales qu’elle interprète. Sa joie de vivre et de chanter sont évidentes », juge Yves Sotin, professeur renommé d’art lyrique.

En dépit de sa réussite, Malika n’oublie pas d’où elle vient. Les ateliers qu’elle anime depuis une dizaine d’années dans les quartiers difficiles sont l’une de ses plus grandes fiertés. Elle a commencé à Creil et continue, un peu partout en France, de transmettre le goût de la musique classique à des femmes et des enfants qui lui ressemblent.

Son rêve d’aujourd’hui? Interpréter La Cenerentola, un opéra de Rossini. Pourquoi Cendrillon? « Parce qu’elle est née dans le malheur et que sa vie s’est métamorphosée. Dans les contes de fées, les fins sont toujours heureuses. Je pense que chaque personne porte en elle des richesses qu’elle n’exploite pas. Parfois, il suffit d’un déclic pour que tout devienne possible. »

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