À tout juste 70 ans, Ahmed Essyad n’a de cesse de chercher l’accord parfait entre les musiques et chants arabo-berbères et ceux de l’Europe, incarnés par la tradition musicale classico-romantique viennoise et la grande leçon de Schoenberg. « J’étais élève à l’école arabe du temps du protectorat, se souvient-il. Pour mon père, c’était un acte de résistance. Mais, un jour, deux hommes sont venus dans ma classe. L’un d’eux tenait un instrument de musique que je n’avais jamais vu. C’était un violoncelle. Avec, il a joué la “Sixième suite” de Bach… » Et a déclenché chez le jeune homme une passion qui le mènera du Conservatoire de Rabat au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où il fut dès 1962 l’élève de Max Deutsch. Le célèbre musicien, emblématique de la musique du XXe siècle, fera d’Essyad son disciple préféré. « Je l’ai accompagné jusqu’au bout », se souvient celui qui, depuis, a quitté Paris pour revenir au Maroc.
Installé au milieu des oliviers, dans une petite ferme des environs de Meknès, il poursuit son œuvre, unissant intimement la tradition romantique allemande et l’école de Vienne aux ahwach, les chants berbères du Haut Atlas. « Je me vois comme un réceptacle de toutes ces cultures, explique Essyad. Tout savoir est une forme de trahison à l’identité, car il remet en question les savoirs précédents. Et cette trahison, je l’assume, car elle est justement mon identité. Une identité dynamique, sans cesse en mouvement. »

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