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Christian Graciel Mbumbet

13/12/2008 à 22:40
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Depuis qu’il a remporté le prix Découvertes du salon Maison et Objet, ce créateur camerounais vend ses œuvres dans les boutiques les plus prestigieuses de Paris.

Christian Graciel Mbumbet est, au sens propre, un ressuscité. Le 24 novembre 1970, sa mère s’apprête à donner la vie à son deuxième fils dans une clinique de Douala. Mais les choses ne se passent pas comme prévu : le nouveau-né est déclaré mort à peine l’accouchement terminé. Déposé dans une arrière-salle avec d’autres bébés décédés dans la journée, il est laissé à la disposition des étudiants en médecine et des élèves infirmiers. L’un d’eux, une jeune femme, se saisit du petit corps afin de le disséquer, mais hésite. Elle n’a encore jamais tenu d’enfant mort-né dans ses mains, mais quelque chose l’intrigue. Alors elle ausculte le petit être et décèle un souffle de vie. Elle tente alors le tout pour le tout et parvient à le ranimer !
Aujourd’hui, c’est au tour de Christian Graciel - prénommé ainsi par sa mère pour rendre « grâce au ciel » de lui avoir rendu son fils - d’offrir à la nature une seconde vie. Un juste retour des choses, estime-t-il.
Ciseler de délicates bagues dans la nacre, tailler de massifs bracelets en teck ou en bois de rose, confectionner d’ingénieux sacs à main à partir de la forme naturelle des coquillages : le Camerounais aime sublimer son environnement. Et le fait avec talent.
En moins de cinq ans, il est parvenu à exposer ses créations dans les plus grandes boutiques de luxe de Paris. En 2006, chez Hermès, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Dans la boutique du musée des Arts décoratifs, sise dans le pavillon de Marsan du musée du Louvre, où ses bijoux sont vendus entre 45 et 600 euros. Au cours de l’été dernier, enfin, chez Colette, le magasin le plus branché de la capitale française, où se pressent en permanence une foule de clients venus du monde entier.
Ce succès, l’artiste au faux air d’Anthony Kavanagh, le célèbre humoriste québécois, le doit, au moins en partie, au prix Découvertes qui lui a été décerné en 2003 au salon Maison et Objet de Paris, le rendez-vous international incontournable de la déco, du design et de la mode. Sa « bague coquillage » distinguée par le jury a en effet été présentée à quelque 3 000 exposants, 75 000 visiteurs et 3 500 journalistes venus de plus de 80 pays.
« En me permettant d’exposer chez les plus grands, on m’a donné vie une nouvelle fois, commente Christian Graciel. C’est comme si l’on m’offrait des béquilles pour me permettre d’avancer plus vite et m’aider à poursuivre mon travail. Pourtant, le pari était loin d’être gagné d’avance ! » C’est le moins que l’on puisse dire.
Issu d’une famille modeste, le petit Graciel délaisse vite les jeux de son âge pour subvenir aux besoins de sa famille. Père horloger, mère couturière, les Mbumbet vivent chichement avec leurs cinq enfants. Par chance, Christian est débrouillard. Pour se faire un peu d’argent, il vend des beignets dans une gargote, des arachides dans la rue…
Depuis toujours, il aime danser et coudre. Des activités de fille, dit-on. Alors, bien sûr, il souffre des moqueries des jeunes de son âge. D’autant que son strabisme n’arrange rien ! « Je me suis toujours senti différent, explique-t-il. Il a fallu que j’apprenne à m’accepter. C’est ce qui m’a donné la force de surmonter tous les obstacles. »
Ignorant les railleries, Christian Graciel laisse libre cours à ses envies. Dès l’âge de 4 ans, il intègre une compagnie de danse. Trois ans plus tard, il se produit au sein du Ballet national du Cameroun. « Danser était le seul moment où je pouvais m’exprimer et être moi-même. »
Haut comme trois mangues, le petit Bamiléké rêve d’autres horizons. « L’Afrique n’était pas faite pour moi. J’avais le devoir d’aller chercher ailleurs ce que, spirituellement et matériellement, je n’avais pas. Très tôt, j’ai donc mis de l’argent de côté », se souvient-il.
À 17 ans, il en a suffisamment pour se payer un billet d’avion. Destination : Paris. À l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, une douanière antillaise l’observe et s’exclame : « Mais vous avez une coquetterie dans l’œil ! » « Pour la première fois de ma vie, on ne se moquait pas de mon strabisme. On me voyait différemment. Je me suis enfin senti chez moi. C’était le plus bel accueil que l’on pouvait me réserver ! » s’enthousiasme-t-il aujourd’hui encore.
À Paris, le jeune danseur à la plastique impeccable s’inscrit dans une école pour se perfectionner. Il multiplie les auditions, mais les élus sont peu nombreux. La compétition fait rage, tous les coups sont permis. Déstabilisé, Christian Graciel change son fusil d’épaule. « Je n’avais pas les codes pour survivre dans ce monde. Surmontant ma déception, je me suis tourné vers une autre de mes passions : la mode. » Il suit une formation qui lui ouvre les portes de Balmain, la prestigieuse maison de haute couture, où il fait un stage. Le voilà un pied dans le chic et le glamour. Rien de tel pour entamer une carrière…

Dès la fin de son stage, il est recruté par « Psssy les possédés », une marque de vêtements du Sentier, le quartier parisien où se concentre l’essentiel de l’industrie textile. L’entreprise travaille pour les centrales d’achats qui fournissent les marques Zara, Mango, H & M et autres. Mais elle est au bord du gouffre. Le patron lui donne carte blanche pour tenter de la sauver. On est en 1992. Le Camerounais va réussir au-delà de toute espérance. Dix ans durant, il vole de succès en succès, dessine des modèles qui séduisent le grand public. Mais il reste artiste dans l’âme et ne veut surtout pas restreindre son talent à un seul mode d’expression. En 2002, lors d’un voyage en Indonésie avec Jérôme Abel Seguin, l’idée lui vient de sculpter des bijoux. Son compagnon est un créateur français qui, depuis le début des années 1990, travaille le bois et fabrique notamment d’imposants meubles à partir des précieuses essences indonésiennes.
« En me promenant le long de la plage, j’ai ramassé un coquillage dévoré par la mer. Je l’ai mis à mon doigt. J’ai eu soudain envie de lui donner une seconde vie et de le transformer en bague », raconte Christian Graciel. Un projet qu’il réalise avec l’aide d’artisans balinais, et qui, on l’a vu, rencontre un impressionnant succès, grâce au salon Maison et Objet de Paris.
Par la suite, le jeune Camerounais va décliner son idée sous forme de colliers, de boucles d’oreilles, de bracelets et de sacs à main, en mettant largement à contribution l’exubérante nature indonésienne. Désormais, il vit d’ailleurs dans l’archipel six mois par an.
« J’aime travailler la matière brute, explique-t-il. Avec le teck, je retrouve l’Afrique et j’y apporte une sophistication tout occidentale. » Son travail, ses innombrables créations ont apparemment permis à Christian Graciel Mbumbet de trouver cette sérénité, cet équilibre qu’il a si longtemps cherché.

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