28/11/2003 à 00h:00 Par Anne Kappès-Grangé
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Le président nigérian l'a répété le 25 novembre : il ne livrera pas Charles Taylor au Tribunal spécial des Nations unies pour la Sierra Leone, qui l'a inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pour son soutien présumé aux rebelles sierra-léonais. Olusegun Obasanjo s'y était engagé en offrant l'asile à son homologue libérien pour que celui-ci accepte de quitter le pouvoir. En revanche, a-t-il assuré, il saura convaincre le dictateur déchu de renoncer au confort douillet de sa villa de Calabar, au sud-est du Nigeria, si le Liberia réclame à son tour son extradition.
Obasanjo fait ainsi d'une pierre deux coups. Sans trahir la parole donnée à Taylor, il fait un geste en direction du Congrès américain qui, lui, veut la tête de l'ancien chef de guerre et a promis, le 7 novembre, une prime de 2 millions de dollars en échange de sa capture. Sauf que la bonne volonté nigériane n'est qu'apparente. Abuja ne peut courir le risque de se brouiller avec le puissant allié américain, mais il est peu probable qu'il soit un jour amené à livrer son encombrant invité. D'abord parce qu'au bout de quatorze années d'une guerre civile qui a coûté la vie à quelque 250 000 personnes, les tribunaux libériens peinent à fonctionner « normalement ». Ensuite parce que Monrovia n'a jamais expressément demandé le retour de son ancien président. Prudent, Gyude Bryant, le nouveau chef de l'État, a même déclaré, peu après son entrée en fonctions le 14 octobre, qu'il valait mieux que Taylor se rende en Sierra Leone. En pleine - et délicate - période de transition, le Liberia ne peut s'offrir le luxe de réveiller l'animosité entre ses différentes factions.
Malgré l'accord de paix signé le 18 août par les partisans de Taylor, les rebelles du LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) et ceux, minoritaires, du Model (Mouvement pour la démocratie au Liberia), les accrochages se sont en effet multipliés courant novembre (voir p. 50). Le retour de Taylor n'arrangerait rien. Gyude Bryant le sait (qui ne peut faire fi de la présence de fidèles de Taylor au sein de son gouvernement) ; Obasanjo aussi. S'engager à livrer l'ancien président libérien à la justice de son pays lui permet de se soustraire aux pressions américaines. Tout en s'assurant qu'aucun regain de tension à Monrovia ne viendra compromettre la stabilité - même précaire - de la sous-région.
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