02/05/2006 à 13h:03 Par Béchir Ben Yahmed
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Voyons ensemble si l'on peut trouver des réponses satisfaisantes à deux questions que l'actualité de la semaine (ou du mois) conduit à se poser.

1. Lorsqu'un président, le plus souvent africain ou arabe, hélas, déclare avec force qu'il ne modifiera pas la Constitution de son pays pour briguer un énième mandat (ou que, son pays n'étant pas une monarchie, son fils ne lui succédera pas), sait-il, au moment où il délivre cette promesse, qu'elle ne sera pas tenue ? Et, si c'est le cas, pourquoi proférer publiquement et délibérément un mensonge qui contribue beaucoup à décrédibiliser la politique et ceux qui en ont fait leur métier ?
Je n'ai pas trouvé de réponse à cette question, mais je constate comme vous que tous ceux qui ont cédé à la tentation de se succéder à eux-mêmes, indéfiniment ou presque, ont commencé par déclarer que ce n'était pas possible et qu'en tout cas ils ne le feraient pas.

En ce 3 mai 2006, c'est Idriss Déby Itno qui le fait sans vergogne, dans de très mauvaises conditions et après avoir déclaré en juin 2001 (au Monde) : « Je ne serai pas candidat. Je ne modifierai pas la Constitution quand bien même j'aurais 100 % de majorité » (sic).
Idriss Déby Itno n'étant pas réputé pour son attachement à la démocratie - il a accédé au pouvoir il y a seize ans à la faveur d'un coup d'État - ni pour son amour de la vérité, ni pour son respect de la parole donnée, son exemple me choque beaucoup moins que celui d'Olusegun Obasanjo, l'actuel président du Nigeria. Cet homme politique respectable, et qu'on croyait jusqu'ici raisonnable, a répondu à nos questions au sujet d'un éventuel troisième mandat pour lui.
Je transcris ci-dessous ce qu'il nous a dit et qui a été publié dans Jeune Afrique n° 2316 du 29 mai au 4 juin 2005.

- Excluez-vous totalement de solliciter un troisième mandat en 2007 ?
- Notre Constitution ne le permet pas.
- Une Constitution se modifie. Cela s'est déjà vu dans le passé…
- Je ne prendrai jamais une telle initiative pour mon intérêt personnel. C'est exclu.
- Et il n'y aura pas de crise ?
- Il est vrai que certains se demandent ce qu'il adviendra en 2007 et après. Je ne vois pas de crise poindre à l'horizon. Nous sommes suffisamment mûrs pour régler la question. Comme dans l'histoire de toute nation, Dieu fera en sorte qu'un leader émerge et s'impose.
- Que ferez-vous après avoir quitté le pouvoir ?
- Je retournerai dans ma ferme, à Otta. Et vous y serez les bienvenus…

Clair, net et précis. Mais qui n'empêche nullement M. Obasanjo de mettre en péril non seulement sa réputation, ce qui le regarde, mais la paix et l'équilibre de son pays, donc de la région, voire de l'Afrique tout entière en laissant ses partisans organiser une campagne (qui a peu de chances d'aboutir) en faveur d'une modification de la Constitution… (Voir page 61, article de Ian Bremmer.)

2. Il fut un temps, pas très lointain, où la presse internationale parlait de « la rue arabe » comme d'une redoutable menace pour les régimes en place.
Tout se passe, depuis plusieurs années, comme si les masses arabes (ou africaines) avaient perdu la force (et l'habitude) de marcher dans la rue et d'occuper les artères de leurs capitales pour exprimer leur indignation.
Pourquoi cette absence et ce silence au moment même où sur les autres continents « la rue » se fait entendre ?
- En France, depuis 1995, année après année, elle s'oppose à des lois et oblige les Premiers ministres successifs du président Jacques Chirac (Juppé, puis Raffarin, et enfin, tout récemment, Villepin) à les retirer piteusement.
- En Thaïlande, au début de ce mois d'avril 2006, « la rue » a contraint un premier ministre fraîchement réélu, Thaksin Shinawatra, à quitter le poste dans lequel ses électeurs venaient pourtant de le confirmer.
- C'est « la rue », qui, en décembre 2003, a chassé Edouard Chevarnadze de la présidence de la Géorgie. On a appelé ce mouvement « révolution de la Rose » ou de « Velours ».
- Nous avons connu par la suite, comme par mimétisme, la Révolution orange à Kiev, celles des Tulipes au Kirghizstan.
Et, tout au long des trois dernières années, « la rue » a bougé avec des résultats moins nets à Haïti, aux Philippines, en Équateur, au Nicaragua…

Dans le monde arabo-africain, pour en revenir à lui, seuls les Libanais se sont récemment exprimés dans la rue, mais le président qu'on leur a imposé et dont ils demandaient le départ est toujours dans son palais.
Où est donc passée « la rue arabe » ? Pourquoi a-t-elle cessé de se manifester et de faire trembler ses tyrans ?
Et les Subsahariens, comment interpréter le fait que les rues de leurs capitales soient silencieuses et désertes ?

Notre monde étant désormais un « grand village » et la médiatisation des phénomènes politiques (mais pas seulement) étant devenue la norme, on ne risque guère de se tromper en prévoyant que les rues arabe et africaine ne tarderont pas, elles aussi, à bouger.
Car nul n'ignore plus qu'au XXIe siècle il est plus facile de renverser un gouvernement (et, le cas échéant, d'accéder au pouvoir) en s'appuyant sur la rue qu'en organisant un coup d'État ou qu'en s'en remettant à des élections.
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