31/03/2008 à 11h:18 Par Propos recueillis par Pascal Airault
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Lutte contre le chômage et l'insécurité, éradication des bidonvilles, protection de l'environnement... Le wali du Grand Casablanca détaille sa stratégie.

Quand le roi Mohammed VI l'a nommé à la tête du Grand Casablanca en juin 2005, beaucoup doutaient de la capacité de Mohamed Kabbaj à résoudre les problèmes d'une métropole qui concentre tous les maux de la société marocaine : habitat insalubre, chômage, insécurité et dégradation de l'environnement. Presque trois ans plus tard, ce polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées et docteur en économie, a mis à profit son expertise et sa longue expérience ministérielle (Finances, Travaux publics et Équipement) pour lancer un ambitieux plan de développement de la wilaya.

Jeune Afrique : La volonté de changer Casa est une réponse aux attentats islamistes du 16 mai 2003 ?
Mohamed Kabbaj : Dès son accession au trône, le roi a manifesté sa volonté de développer les régions. La wilaya de Casablanca est une locomotive qui concentre presque 15 % de la population et près de la moitié de l'activité nationale. Il est donc normal qu'elle dispose d'un plan de développement ambitieux.

Accroissement de la population lié à l'exode rural, développement anarchique, montée de l'insécurité… Casablanca doit répondre à de nombreux défis.
L'exode rural est un phénomène naturel qui touche tous les pays du monde. Le royaume n'y échappe pas puisque la population rurale représentait 80 % des Marocains au moment de l'indépendance, contre 40 % aujourd'hui. Casablanca a enregistré des arrivées massives de populations venues répondre aux besoins de développement industriel. Ce phénomène migratoire n'a pas toujours été bien contrôlé. Il est en phase de ralentissement et la ville doit dorénavant évoluer d'une économie tournée, à l'origine, vers le marché intérieur marocain à une économie mondialisée.

Au début du XXe siècle, le maréchal Lyautey voulait se servir de Casablanca pour développer les échanges avec la métropole. Aujourd'hui, le port est constamment engorgé…
Le port est la pièce maîtresse du développement de la ville et de sa périphérie. Beaucoup ont pensé qu'avec l'entrée en service de TangerMed en plus des autres ports du pays, notamment Jorf Lasfar pour l'évacuation des minerais et Mohammedia pour les produits pétroliers, l'activité allait diminuer. Au contraire, elle a augmenté de 20 % en raison du dynamisme de l'économie. Nous avons donc mené une réflexion approfondie pour trouver la meilleure façon d'intégrer l'activité portuaire dans la vie urbaine tout en restant compétitifs. Nous améliorons actuellement le fonctionnement du complexe portuaire. Nous allons ensuite devoir choisir entre trois projets : l'extension du port vers l'est, l'agrandissement du port Mohammedia, et la construction d'un nouveau port à proximité de Casablanca.

Pollution et nuisances sonores sont aussi provoquées par l'essor du parc automobile. Quels sont vos projets en matière de transport public ?
Nous avons élaboré un grand plan de développement urbain (PDU), fruit de deux années de réflexion, qui donne la priorité aux transports collectifs, et nous avons établi un schéma idéal avec cinq voies de circulation, pour un total de 160 km. Le coût, énorme, est à répartir sur plusieurs années. Nous avons choisi deux lignes prioritaires dont les études techniques et le montage financier sont en cours de finalisation : la desserte en tramway de l'axe Sidi Moumen-Anfa-universités de Sidi Maarouf, et la réalisation d'une ligne de RER de Mohammedia à Casa Port, puis repartant vers la cité d'Anfa, l'aéroport et la nouvelle ville de Nouaceur. On espère débuter ces travaux en 2009 pour mettre en service le tramway en 2012 et le RER en 2013. Enfin, nous avons dressé une carte de la pollution repérant toutes les usines de la région et les dangers qu'elles font peser sur la population.

La ville reste sale. Beaucoup semblent ne pas avoir de conscience environnementale.
Certains font encore preuve d'incivisme quant au traitement de leurs déchets. C'est à nous de les sensibiliser davantage à travers des actions de communication et de promotion. Mais les Casablancais ont de plus en plus conscience de l'environnement et de la nécessité de propreté dans leurs quartiers. Sans oublier le goût de plus en plus prononcé pour les espaces verts.

La ville possède d'importantes réserves foncières mobilisables…
Notre plan de développement est original puisqu'il intègre des réflexions économiques, sociales, urbanistiques et environnementales. On s'est fixé comme objectif de mobiliser 1 000 hectares de foncier par an durant les vingt prochaines années pour l'aménagement économique au bénéfice de la population. Nous récupérerons les terrains inexploités, convertirons des zones industrielles en espaces dévolus aux services. Et la périphérie comprendra une dizaine de villes nouvelles ou rénovées.

Que répondez-vous à ceux qui affirment que les transformations constituent une menace pour le patrimoine architectural ?
La volonté est là, mais la préservation du patrimoine est extrêmement coûteuse et difficile à réaliser. Nous sommes confrontés à des situations inextricables. On voudrait, par exemple, créer une grande artère et des infrastructures allant du centre-ville à la grande mosquée. Malgré nos propositions de relogement à des conditions avantageuses, nombre de familles ne veulent pas partir.

Casa compte de plus en plus d'artistes qui, parfois, renvoient une image, à travers leurs œuvres, peu reluisante de la ville…
New York n'apparaît pas non plus toujours sous son meilleur jour dans les films qu'on y tourne. Nous devons continuer à promouvoir les disciplines artistiques à travers l'École des beaux-arts, le Conservatoire de musique, le développement de ces filières dans les universités, la création d'écoles de la mode et du design.

Vous souhaitez mettre des caméras dans les rues pour lutter contre l'insécurité…
Effectivement, nous souhaitons doter Casablanca, comme toutes les grandes villes du monde, de caméras de surveillance afin de renforcer la sécurité des gens qui y vivent et de ceux qui y passent, comme les touristes. Nous choisissons actuellement l'opérateur privé qui assurera cette télésurveillance.

Ça ne vous gêne pas, ce côté « Big Brother » qui épie les habitants ?
Il y a des aspects négatifs mais, malheureusement, c'est la solution la plus efficace pour assurer la sécurité en ville.
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