30/10/2006 à 16h:02 Par Cherif Ouazani
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Le gouvernement compte sur le secteur secondaire pour porter les recettes d'exportations à 2 milliards de dollars d'ici à 2009.

Un Algérien devait être particulièrement heureux le 5 octobre dernier, Belaïd Abdessalam. Premier ministre durant les années de feu du terrorisme islamiste, cet ex-membre du gouvernement de Houari Boumedienne est surtout connu pour avoir été, durant les années 1970, le tout-puissant ministre de l'Économie et, à ce titre, l'initiateur de « l'industrie industrialisante », pierre angulaire de la stratégie de développement de l'Algérie socialiste. Quelques années plus tard, cette option sera décriée et présentée comme l'explication de la faillite du modèle économique algérien. Belaïd Abdessalam n'a jamais jugé utile de répondre à ses détracteurs. Aucun universitaire ni politique n'avait osé défendre les choix qu'imposait l'époque. C'est pourquoi l'ancien chef de gouvernement, aujourd'hui à la retraite, a dû avoir chaud au cœur après les propos tenus lors d'une conférence de presse donnée au Sheraton d'Alger, le 5 octobre, par Hamid Temmar, ministre des Participations et de la Promotion des investissements. « Pour un pays comme le nôtre, affirme Temmar, la croissance durable réside dans l'industrie. Le parc industriel national dont nous bénéficions nous accorde un avantage indéniable par rapport à nos voisins. » C'est sans doute le premier hommage rendu aux choix économiques de Belaïd Abdessalam depuis fort longtemps. Avec d'autant plus de sens que son auteur est réputé proche du président Abdelaziz Bouteflika, dont il a été longtemps le conseiller économique.
Après avoir consacré son premier mandat à la restauration de la paix civile et de la stabilité politique, le président Bouteflika dédie le second à la transformation du système économique pour l'édification d'une nouvelle économie compétitive et capable d'une croissance durable. Seule une industrie performante peut répondre à cet objectif. « Après avoir établi le constat que les investisseurs étrangers marquaient trop de frilosité à l'égard du marché algérien, que le secteur privé national était démuni de capitaines d'industrie et de surface financière conséquente, explique un membre de l'entourage d'Abdelaziz Bouteflika, nous sommes arrivés à la conclusion que l'État avait encore un rôle à jouer dans la promotion et le développement de l'industrie. Si le capital étranger a encore des réserves, il faut réussir à les lever. Si les hommes d'affaires algériens préfèrent les activités spéculatives, il faut imaginer de nouvelles mesures incitatives. »
La priorité accordée à l'industrie n'était pas évidente à l'énoncé de la répartition des 4 500 milliards de dinars (60 milliards de dollars) du plan quinquennal (2005-2009) de soutien à la croissance. Le secteur a bénéficié d'une enveloppe de 13,5 milliards de dinars, soit moins de 0,3 % du montant global des investissements prévus. Mais, à bien y regarder, le montant des aides indirectes est gigantesque. Qu'il s'agisse des nouvelles infrastructures routières, aéroportuaires ou portuaires, de la réalisation du million de logements ou de la modernisation et de la mécanisation de l'agriculture, tout concourt à soutenir l'industrie nationale, à améliorer l'environnement immédiat de l'entreprise. Autre programme prévu par le plan de soutien à la croissance : la réhabilitation des quarante zones industrielles que compte le pays. De Tlemcen à Tébessa, de Tipaza à Tamanrasset. Parmi ces zones, celles qui sont situées sur les Hauts Plateaux et dans le Sud bénéficient d'une attention particulière.
« Le gouvernement a arrêté une liste d'entreprises industrielles publiques devant bénéficier d'opérations de soutien et de prise en charge, assure Hamid Temmar, sous forme de partenariat en joint-venture, et des mesures d'amélioration de leur gestion. Ces entreprises constitueront le “pré carré” de l'industrie publique algérienne. » Le propos peut paraître étonnant dans la bouche de quelqu'un qui incarne le courant libéral et qui affirmait, il n'y a pas si longtemps, que le désengagement de l'État de la sphère économique était irréversible. « Il n'y a aucun reniement, se défend-il, le gouvernement met en place une politique de développement de l'investissement dans l'industrie, mais c'est aux investisseurs d'investir. » En fait, il semble que le souci des autorités algériennes tient plus à la pérennité de l'entreprise qu'à son statut, publique ou privée, nationale ou étrangère de droit algérien. Cette nouvelle ligne de conduite remet-elle en cause le processus de privatisations au demeurant mal engagé ? « Pas du tout, assure Hamid Temmar, près de 400 entreprises [sur un programme de 1 200 à privatiser, NDLR] ont été cédées entre janvier 2003 et juin 2006. Pour 117 d'entre elles, l'État a vendu la totalité de ses parts dans le capital. » Conscient des limites en termes de management et de capacités d'investissement du secteur privé, la nouvelle stratégie dévoilée par Hamid Temmar prévoit par ailleurs des mesures d'accompagnement et un programme de mise à niveau au profit des entreprises industrielles privées.
Si le gouvernement a décidé de recentrer sa politique d'incitation sur l'industrie, le fait n'est pas fortuit. L'objectif de parvenir à un niveau d'exportation, hors hydrocarbures, de 2 milliards de dollars d'ici à 2009 ne pourrait être atteint par la seule agriculture, certes en réussite ces dernières années, mais trop dépendante des aléas de la pluviosité. L'industrie concourt très peu à la formation de la croissance, mais la nette augmentation des exportations de produits semi-finis permet tous les espoirs. Selon l'Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), les exportations hors hydrocarbures s'élevaient à 788 millions de dollars au 30 septembre 2006, dont 70 % constituées de produits semi-industrialisés. Comparée aux recettes pétrolières (plus de 40 milliards de dollars à la même date), la performance semble modeste, mais nourrit tout de même beaucoup d'espoirs.
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