30/07/2007 à 16h:03 Par Georges Dougueli
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Avec un taux de participation officiel estimé à 62 % aux dernières élections législatives et municipales du 22 juillet, les Camerounais ne sont pas les plus abstentionnistes du continent. Mais dans un pays d'environ 17 millions d'habitants, le fait d'avoir 3,5 millions de votants pour 5,5 millions d'inscrits reste un souci pour les autorités, qui tiennent à préserver une vitrine démocratique.
Ce n'est pas le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) qui s'en plaindra. Grand vainqueur des deux scrutins, le parti au pouvoir a raflé 152 sièges de député sur 180 et 303 communes sur 362. Les partis d'opposition, qui ont encore perdu du terrain, ont introduit des recours en annulation devant le Conseil constitutionnel. Comme d'habitude. Mais la majorité de ceux qui sont restés chez eux au lieu d'aller voter ne s'intéresse pas réellement à ces joutes judiciaires post-électorales. Elles ne concernent que l'establishment.
Dans ce Cameroun qui ne vote pas, il y a d'abord ceux qui n'ont jamais pris la peine de s'inscrire sur les listes électorales, une curiosité dans un pays où le taux d'alphabétisation des adultes atteint les 77 %. Pour eux, un vote, même protestataire sous la forme du bulletin blanc, ne sert à rien. Ils se sont détournés du système, avec le sentiment que le monde politique n'est qu'affaire de corruption, de mensonge et de trahison. Désenchantés par la démocratisation des années 1990, ils ne se sont pas remis du déclin des idéologies et pointent le flou des programmes pour justifier leur rejet des partis. Ils ne se reconnaissent pas dans la classe politique aux affaires et sont en quête d'un « ailleurs politique ».
Ensuite, il y a ceux qui remettent en question les règles du jeu de la démocratie représentative. Pour eux, le Palais de verre de Ngoa Ekellé (siège de l'Assemblée nationale) n'est qu'une chambre d'enregistrement sans réel impact sur l'exercice du pouvoir. Pas une seule proposition de loi n'a été votée au cours de la dernière législature. À leurs yeux, seule la présidentielle compte, puisqu'elle donne l'occasion de faire un vrai choix de société. Aussi ces abstentionnistes n'ont-ils pas hésité à se rendre aux urnes lors de la présidentielle de 2004, portant le taux de participation à 82 %.
Quant aux élections des conseillers municipaux, elles ne mobilisent pas davantage. En attendant l'application pleine et effective de la décentralisation, les communes ne disposent pas encore d'autonomie financière et, dans les grandes villes, les maires élus travaillent sous le contrôle de délégués du gouvernement. De plus, en l'absence d'adressage et de recensement régulier de la population, il semble difficile de se passionner pour l'élection d'un maire qui n'aura pas les moyens d'améliorer la qualité de vie du citoyen lambda.
Enfin, il y a l'affaire du Feicom, la banque des communes, dont l'ancien directeur général, Emmanuel Gérard Ondo Ndong, a été condamné le 28 juin à une peine de cinquante ans de prison ferme pour détournement. Son retentissement médiatique contribue à entretenir l'antienne du « tous pourris ».
On compte également au rang des abstentionnistes ceux dont la faible insertion sociale favorise l'exclusion de la société politique. Pour eux, les jeux sont faits d'avance et le système n'a pas besoin d'eux pour fonctionner. Ils sont généralement jeunes (la moitié de la population a moins de 25 ans), diplômés ou non, travaillent dans le secteur informel ou sont sans emploi. Certains d'entre eux sont trentenaires, parfois candidats à l'immigration, ont fait des études supérieures, mais n'ont jamais exercé un emploi salarié de toute leur vie. Ils doivent être légion à Douala, première ville du pays, où le taux de participation n'a été que de 30 % le 22 juillet.
Par ailleurs, au sein même du RDPC, les élections primaires baptisées « renouvellement des organes de base » ont eu manifestement un effet démobilisateur. C'est lors de ces opérations internes que la réalité du scrutin s'est jouée. Elles ont également révélé que la position dominante du RDPC n'avait pas que des avantages. Face au choc des ambitions, la direction a dû faire des arbitrages. Et prendre le contre-pied de la base dans bien des cas, en parachutant des candidats peu consensuels. Ces décisions ont provoqué la bronca des militants et la naissance de factions. Les querelles des différents bords rivaux n'ont pas été totalement aplanies avant le scrutin. « J'ai préféré ne pas aller voter plutôt que de jouer contre mon camp », se justifie un enseignant, dont les convictions vacillent depuis que son candidat a été « écarté par le comité central » dans la circonscription de Lobo (province du Centre).
Pour l'heure, aucune force démago-populiste n'a profité de ce vide pour transformer l'abstentionnisme montant en force alternative. Mais pour combien de temps encore ?
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