30/06/2008 à 16h:36 Par Frédéric Lejeal, envoyé spécial à Ouagadougou
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Président du plus grand groupe privé du Burkina, il a été l'un des premiers africains à importer depuis la Chine. Curieux, opportuniste, fin psychologue, l'homme d'affaires vend tout ce qui lui tombe sous la main.

« Tout s'achète et tout se vend. » Dans la bouche de Mahamadi Savadogo, ce ne sont pas que des mots. à 44 ans, il dirige le premier groupe privé burkinabè, Smaf International, qui réalise un chiffre d'affaires de 40 milliards de F CFA (60 millions d'euros). Le cœur de son activité ? Le commerce. L'homme est capable de tout vendre. Et avec succès. De la sandalette en plastique aux cargaisons de pétrole en passant par la vaisselle, les boîtes de sardines, les motos, l'électronique grand publicÂ…, rien ne semble résister à ce touche-à-tout. Aujourd'hui, c'est l'un des hommes d'affaires les plus puissants de son pays, où il est présent dans l'import-export, l'immobilier, le transport ou encore la distribution d'hydrocarbures. « Aucun produit ne m'indiffère », confirme-t-il dans un français approximatif. En témoigne la diversité de son groupe, créé en 1983, dont les six sociétés embrassent toutes des secteurs à forte rentabilité. « J'ai toujours eu envie de commercer et d'acheter », précise cet amateur de natation et de tennis, assis derrière son sobre bureau orné des photos de sa femme et de ses trois enfants.
Sa bosse du commerce ne doit rien au hasard. Né en 1964 à Ouahigouya, centre névralgique des échanges au Burkina, qui a vu naître des générations d'entrepreneurs musulmans, Mahamadi Savadogo en a hérité de son père, El Hadj Ali Savadogo, grand commerçant de noix de kola. Jeune, il fréquente l'école franco-arabe, qui l'ouvre sur deux cultures. Après ses études primaires, il obtient une bourse pour faire un cursus secondaire en Libye, où il séjournera de 1978 à 1982. De là naît une légende qui lui vaut, de la part de ses compatriotes, le surnom de « Kaddafi » et de supposées relations d'amitié avec le « Guide » de la Révolution. « Je n'ai plus trop de rapports avec la Libye, tempère Savadogo. Ce pays est difficile car les entreprises sont publiques et je suis un opérateur privé. À l'époque où je me lançais dans la distribution des hydrocarbures, j'ai tenté de monter un partenariat avec Oil Libya [anciennement Tamoil, NDRL] mais cela n'a pas abouti. Les Libyens étaient trop gourmands. » Car s'il est partant pour toutes les opportunités commerciales, elles doivent au moins être rentables.
Une fois le bac en poche, il veut partir poursuivre des études de commerce international à Londres. Un projet qu'il doit abandonner pour remplacer son frère, directeur commercial de l'entreprise familiale, tombé subitement malade. La voie semble toute tracée. Mais très vite, son tempérament le pousse à ouvrir de nouvelles portes. « Les opportunités se limitaient à la kola. Je voyais plus grand. Je voulais faire comme les pères de mes amis qui faisaient du business au Nigeria et au Togo. » Il quitte Ouahigouya pour s'installer dans la capitale, mais il regarde déjà par-delà les frontières. D'abord vers la sous-région, puis très vite vers l'Asie, où il est l'un des tout premiers Burkinabè à se rendre, au début des années 1980. Il est aujourd'hui consul honoraire de la Thaïlande au Burkina. Ses activités dans l'import-export débutent. Singapour, puis Hong­kong sont ses points d'approvisionnement en produits chinois. « Le pays était complètement fermé. Hongkong servait de plate-forme pour les articles produits par la République populaire. » Il achète alors des ustensiles de cuisine, des vêtements, des lampes torchesÂ… qu'il rapporte et revend aussitôt au pays, où ils sont appréciés, car bon marché.

Distributeur multimarque
À la même époque, il se rend aussi en Europe à cause du deux-roues, le véhicule le plus répandu au Burkina. « Il y avait une forte demande en pièces détachées. » Mahamadi Savadogo se met à importer écrous, tiges filetées, vis, plateaux et autres pédaliers, notamment de marques Peugeot et MBK grâce au partenariat fondé lors d'un séjour en France avec Veleclair, une filiale de CFAO basée à Dreux, en France. L'activité lui donne l'opportunité de créer le groupe Smaf, en août 1983, et sa première société, nommée Intercycles : « Plutôt que des pièces, j'ai pensé qu'il valait mieux importer des vélos entiers. » Il se met à acheter de grandes quantités de deux-roues en « CKD » (Completly Knock Down, en pièces détachées) en Inde, en Chine et en Thaïlande puis les fait monter par une équipe de techniciens locaux. Les bicyclettes « made in Asia » ou « made in India » sont moins onéreuses et mieux adaptées au contexte local. Le public se les arrache. « Le succès a été spectaculaire après la dévaluation du franc CFA. Les marques françaises étaient devenues inabordables. » Plus tard, après avoir séjourné au Japon, il importera des motocyclettes de marques Suzuki et Honda, cette fois en CBU (Completly Build Up, prêtes à l'usage).
Entre-temps, le groupe Smaf s'est enrichi d'autres entités. Créée en 1988, la société les Transports rapides est spécialisée dans le transport de produits de première nécessité comme le sucre, le riz, mais aussi les hydrocarbures que sa flotte de camions charge pour le compte de la Sonabhy, entreprise publique. Mahamadi Savadogo se lance également dans l'immobilier un an plus tard avec les Résidences Aziz, une entreprise qui propose des bureaux, des appartements et des locaux commerciaux à la location. La même année apparaît la Sodirem, qui importe des équipements de grandes marques, de la hi-fi aux climatiseurs en passant par l'électroménager. « Nous étions les premiers à représenter JVC, Daewoo et SsangYong. » En 1996, Daewoo, qui souhaite pénétrer le marché automobile burkinabè, lui demande d'être son distributeur officiel. Pour faire connaître la marque sud-coréenne, Savadogo utilise une cinquantaine de véhicules et lance les Taxis rapides, concept de taxis jaunes pouvant être appelés à partir d'une borne téléphonique et disposant de compteurs. Une activité qui périclitera avec la faillite de Daewoo et « la forte concurrence des taxis informels ».

56 stations-service
Parce qu'il est déjà présent sur ce créneau par le biais du transport, l'entrepreneur veut aller plus loin dans les hydrocarbures. Pour lui, il n'y a pas de produit tabou. Fleuron du groupe, la société PetroFa est dotée dès sa création, en 2001, d'une vingtaine de stations dans la capitale avec l'anglais BP comme partenaire technique. « Le pétrole est un produit comme un autre. Il n'y a aucune difficulté particulière à se lancer sur ce marché », explique le patron de Smaf. Lorsqu'en 2004 l'américain Mobil Oil décide de se retirer du pays, Mahamadi Savadogo est sur les rangs. Enjeu ? Plus de trente stations-service. L'homme d'affaires est bien inspiré. Pour un prix tenu secret, il emporte le marché, préféré à de plus grands que lui, comme le français Total. « De 2004 à 2006, nous avons eu deux ans pour nous mettre à niveau et choisir nos logos. » PetroFa compte aujourd'hui 56 stations-service modernes, chacune dotée d'une boutique et d'un point de restauration rapide. Un nouveau pas est franchi en 2006 avec la création de l'Africaine de travaux publics (ATP), société de génie civil qui a déjà à son actif plusieurs marchés de construction de routes et de barrages.
À la question de savoir comment il a réussi dans des domaines si différents, ce roi du commerce répond : « Il suffit d'être curieux et de savoir s'entourer des bonnes compétences. » Aujourd'hui très influent, le fondateur du groupe Smaf, qui fêtera bientôt ses vingt-cinq ans d'existence, fait partie du cercle très fermé des hommes d'affaires du pays. Une réputation évidemment assortie de rumeurs, qui lui prêtent des « facilités », voire des appuis politiques. Il ne fait pas mystère de sa proximité avec l'ex-ministre de l'Agriculture Salif Diallo, lui aussi originaire de Ouahigouya : « Nous sommes comme des frères ! » Mais il dément tout appui haut placé : « En raison de mes activités, je suis en effet amené à rencontrer le chef de l'État, et mon épouse a un lien de parenté avec Chantal Compaoré. Mais cela n'a rien à voir. En Afrique, dès que quelqu'un réussit, on ne peut s'empêcher de le suspecter. »

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