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28/06/2004 à 00:00
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Ce n'est pas une star comme Jean-Louis Bruguière ou Renaud Van Ruymbeke. C'est un « petit
juge ». Mais au tribunal de grande instance de Paris, Patrick Ramaël fait partie de ces magistrats accrocheurs et tenaces qui ne lâchent jamais une affaire. L'entourage de
Laurent Gbagbo en sait quelque chose !
Le 16 avril dernier, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer disparaît à Abidjan. Les deux téléphones portables de l'ancien reporter de La Tribune, qui continuait d'enquêter sur les trafics en tout genre (armes, devises, cacao), sont coupés. Aussitôt,
sa famille et ses amis se mobilisent. Les premiers jours, l'ambassade de France à Abidjan traîne des pieds, mais, le 26 avril, Jacques Chirac s'émeut publiquement et, le lendemain, l'épouse du disparu, Osange, et Reporters sans frontières (RSF) déposent une plainte auprès du parquet de Paris.
Le juge français chargé de l'enquête, Patrick Ramaël, n'est pas le premier venu. Fin 2003, il avait déjà instruit à Abidjan un autre dossier franco-ivoirien très sensible : l'assassinat de Jean Hélène, le correspondant de Radio France internationale en Côte d'Ivoire. Muni d'une commission rogatoire internationale, le magistrat débarque à Abidjan et y auditionne longuement, les 18 et 19 mai, un homme d'affaires ivoirien, Michel Legré. Très vite, il se rend compte que c'est le témoin clé. Michel Legré est en effet le dernier
homme à avoir vu vivant Guy-André Kieffer. Or Michel Legré a des relations haut placées. Il est le beau-frère de Simone Gbagbo, l'épouse du président. Et le relevé de ses appels téléphoniques indique que, chaque fois qu'il terminait une conversation avec Kieffer, il
entrait en contact avec Aubert Zohoré, le directeur de cabinet du ministre de l'Économie et des Finances Paul Bohoun Bouabré.
Michel Legré craque-t-il ? Ou essaie-t- il au contraire de brouiller les pistes ? En tout cas, il livre au juge les noms de huit personnes qui seraient impliquées, selon lui, dans l'enlèvement du journaliste qui en savait trop. Outre Aubert Zohoré, il cite notamment le
pasteur Moïse Koré, conseiller spirituel du couple présidentiel, le capitaine Seka Yapo, chef de la sécurité de Simone Gbagbo, et Bertin Kadet, l'ancien ministre de la Défense devenu conseiller très influent à la présidence. Le magistrat français croit progresser.
Mais au moment où il ouvre une porte, deux autres se referment. D'abord les huit responsables ivoiriens mis en cause se dérobent. « Si vous voulez me voir, venez me chercher », dit l'un d'eux au juge sur un ton menaçant. Et puis le témoin clé est mis à l'ombre. Le 28 mai, Michel Legré est inculpé par la justice ivoirienne de complicités
d'enlèvement et d'assassinat. Il est incarcéré à la Maison d'arrêt et de correction
d'Abidjan (Maca). Pour la famille du disparu, il s'agit ni plus ni moins de soustraire le témoin à la curiosité du juge fouineur.
Celui-ci ne se décourage pas. Rentré à Paris, il écrit au procureur de la République d'Abidjan : « Je constate un blocage total dans mes investigations. Mes demandes d'auditions comme témoins de personnes citées par M. Legré n'aboutissent pas. Cette
attitude nouvelle ne peut s'expliquer que parce que M. Legré met en cause des personnalités importantes en Côte d'Ivoire. » Le coup porte. Le front des huit commence à se fissurer. Bertin Kadet affirme qu'il ne connaît pas le disparu – « pour tuer quelqu'un, il faut le connaître », dit-il – mais se dit prêt à répondre aux questions du juge Ramaël. Aubert Zohoré se dit « totalement étranger aux circonstances de la disparition de M. Kieffer », mais se tient lui aussi à la disposition du magistrat français.
Le 22 juin, Patrick Ramaël revient à Abidjan avec un expert des réseaux téléphoniques et deux enquêteurs de la police judiciaire de Paris. Outre les auditions, il espère alors pouvoir organiser des confrontations entre les huit et celui qui les met en cause – le détenu de la Maca. Il compte aussi « faire parler » l'ordinateur portable du disparu, qui aurait été retrouvé au domicile de Michel Legré. Le petit juge ne néglige pas la piste crapuleuse – le règlement de comptes à la suite d'un différend avec l'homme d'affaires français Jean-Michel Aaron-Brunetière. Mais il privilégie la piste politique – l'élimination du journaliste qui dérange. Comment expliquer sinon la « mise au vert » du
témoin clé ? Après la mort de Jean Hélène, il y avait un coupable désigné. Donc pas d'autres suspects. Là, il n'y a personne. Donc beaucoup de suspects en puissance. Vue de la présidence ivoirienne, l'affaire Kieffer doit ressembler à une savonnette qui glisse entre les doigts.
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