28/04/2008 à 11h:00 Par Hamid Barrada
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Les experts antiterroristes de Washington ont déniché un successeur à Oussama Ben Laden : un obscur prêcheur répondant au nom d'Abou Yahya al-Libi.

À défaut de mettre la main sur Oussama Ben Laden, les Américains lui ont trouvé un successeur. Et ce n'est pas l'Égyptien Aymen al-Zawahiri mais un compatriote de Mouammar Kaddafi appelé Abou Yahya al-Libi. Plus qu'un patronyme, ce nom indique son pays d'origine, en l'occurrence la Libye. L'héritier putatif de Ben Laden a utilisé d'autres noms de guerre : Hassan Qaïd, Younès Sahraoui, mais son véritable nom serait Mohamed Hassan. Il bénéficie de l'engouement des experts américains, qui sont souvent des anciens de la CIA reconvertis dans les centres de recherche affectés à la lutte contre le terrorisme et dépendants de l'armée. Pour eux, Abou Yahya est la star qui monte dans le ciel d'Al-Qaïda. À 30 ans, il « possède tous les talents, s'enthousiasme l'un de ces experts. Il est à la fois guerrier, poète et savant (en sciences islamiques). Personnalité charismatique, c'est un chef militaire et un maître à penser ».
La légende d'Abou Yahya al-Libi dans le monde clos des djihadistes remonte à 2005. Dans la nuit du 10 juillet, cet obscur prêcheur a été le héros d'une évasion spectaculaire d'une prison américaine particulièrement bien surveillée installée à la base aérienne de Bagram, en Afghanistan. Avec trois compagnons, il avait bidouillé une serrure et trompé la vigilance de ses geôliers avant de traverser une immense contrée sans tomber entre les mains de l'ennemi. Un vrai miracle qui rappelle un épisode de l'hagiographie du Prophète, célébré encore aujourd'hui sur le site Internet d'Al-Qaïda. Jusque-là, l'itinéraire d'Abou Yahya n'avait guère attiré l'attention. Son frère aîné, incarcéré dans les geôles de Kaddafi et dont on ignore s'il fait partie des quatre-vingt-dix djihadistes libérés récemment, était une figure du Groupe combattant islamique libyen (GCIL), qui avait participé au djihad contre les Soviétiques en Afghanistan. Lui-même s'était consacré à des études de théologie en Mauritanie. Et quand il avait rejoint l'Afghanistan, la guerre était finie et le pays était tombé sous la coupe des talibans. Il n'a reçu qu'une formation militaire rudimentaire, et son rôle au sein d'Al-Qaïda s'apparente davantage à celui d'un prêcheur. Au lendemain du 11 septembre 2001, il est arrêté par les Pakistanais et livré aux Américains. C'est ainsi qu'il se retrouve à la base de Bagram.
Tout change après son évasion miraculeuse, qui a grandement favorisé son ascension fulgurante au sein d'Al-Qaïda. Il fera bientôt partie du premier cercle restreint autour de Ben Laden. Tout au long de 2007, alors que la guerre des vidéos fait rage entre les services américains et le mouvement djihadiste, Abou Yahya occupe une place de choix. Rompant avec les orateurs exaltés, il se distingue dans ses interventions par un effort pédagogique de rationalisation. Plutôt que de multiplier les partisans d'Al-Qaïda, il cherche à consolider ses fondements idéologiques. Ses cibles privilégiées sont les oulémas modérés, en particulier saoudiens et égyptiens, qui dénoncent le djihad en terre d'islam et le recours aux attentats-suicides. Auparavant, il s'était opposé, toujours sur la Toile, à Abou Moussab al-Zarqaoui (mort en juin 2006), dénonçant les massacres des civils en Irak et la guerre entre sunnites et chiites. Lorsque l'affaire des caricatures du Prophète a éclaté fin 2006, il avait appelé les fidèles à organiser des attentats en Europe…
Après la mort, au début de cette année, d'Abou Laïth al-Libi (aucun lien de parenté), Abou Yahya apparaît comme le chef des éléments libyens au sein de la mouvance djihadiste en Afghanistan. Mais ce sont les relations au sommet d'Al-Qaïda qui vont peut-être, à l'avenir, retenir l'attention. Avec cette question sous-jacente : dans quelle mesure les marques de considération des Américains à l'endroit d'Abou Yahya al-Libi, la « star qui monte », vont-elles affecter les deux vétérans vedettes qui ont pour nom Oussama Ben Laden et Aymen al-Zawahiri et alimenter, à terme, guerre des chefs et guerre de succession ?

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