03/01/2006 à 00h:00 Par François Soudan
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On a tellement espéré en 2005 et, en fin de compte, on a tellement été déçu qu'il faudrait
une belle dose de Prozac – ou de naïveté – pour annoncer que l'année 2006 sera celle des retrouvailles entre deux voisins qui, depuis leurs indépendances respectives, ne se sont
en réalité jamais trouvés.
Tout avait pourtant commencé par des effusions lors de la visite, fin mars, du souverain marocain à Alger, à l'occasion du sommet de la Ligue arabe. Les deux chefs d'État avaient alors promis de gérer eux-mêmes, personnellement, les délicates relations entre leurs deux pays. Une semaine plus tard, l'Algérie levait l'obligation de visa pour les Marocains. La réouverture de la frontière commune, fermée depuis plus de dix ans, n'était plus, assurait-on, qu'une question de semaines. L'euphorie sera de très courte durée. Dès la mi-avril, Abdelaziz Bouteflika tient à mettre les choses au point : les rapports qu'il entretient avec Mohammed VI doivent être dissociés du dossier du Sahara occidental, lequel relève exclusivement de l'ONU. Tout est dit et tout est à refaire. Dès lors, les mois s'égrènent et la dégradation s'accentue. En tournée en Amérique latine, le président algérien multiplie les déclarations de soutien au Front Polisario, alors que, au Sahara sous administration marocaine, des manifestations parfois violentes éclatent, au cours desquelles des jeunes indépendantistes brûlent le drapeau marocain. En octobre, lors de la crise de l'émigration clandestine à Ceuta et à Melilla, le ton monde encore, Rabat accusant Alger de faciliter le transit des Subsahariens à destination du royaume. Dans ce contexte, la nomination par Bouteflika, en août, d'un nouvel ambassadeur au Maroc, le
général à la retraite Larbi Belkheir, un homme de poids considéré comme favorable à l'apaisement, passe pour un épiphénomène. Plus que jamais, l'affaire saharienne, que l'ONU se montre incapable de désensabler depuis vingt ans en dépit de la poursuite d'une coûteuse opération de maintien de la paix et de l'envoi d'une demi-douzaine de représentants spéciaux successifs, divise les deux voisins.
Peu de choses devraient changer en 2006. D'autant que les deux chefs d'État ont d'évidents problèmes de communication. Les sérieux ennuis de santé que vient de connaître Bouteflika ont ainsi mis en lumière le fossé générationnel qui le sépare de Mohammed VI. La logique et le mode de pensée du premier relèvent, en matière de relations algéro-marocaines, d'une époque et de schémas qui étaient ceux du défunt Hassan II. Les deux hommes ont près de trente ans de différence, l'un a déjà une longue carrière derrière lui, l'autre est en début de règne : difficile, dans ces conditions, de parler le même langage.
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