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24/10/2006 à 11:02
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Le second tour de la présidentielle du 29 octobre verra s'affronter les deux hommes forts du pays. Programmes, atouts, équipes, réseaux...

S'il est un homme à qui le climat de tension pré­électoral sur fond de violences que connaît la RD Congo aura coûté très cher, c'est bien Léonard She Okitundu. Londres, mercredi 11 octobre. Pour la deuxième étape de la tournée européenne qu'il effectue en compagnie d'Olivier Kamitatu - secrétaire général de l'Alliance pour la majorité présidentielle -, le très affable directeur de cabinet de Joseph Kabila a décidé de prêcher la bonne parole. Il est l'invité spécial de RDC Time, une émission à forte audience auprès de la communauté congolaise de Grande-Bretagne, diffusée chaque semaine sur la chaîne communautaire Obe TV. Vers 18 heures ce jour-là, le véhicule dans lequel il a pris place avec deux militants du PPRD (le parti de Kabila) se gare devant les studios. Aussitôt, huit hommes tapis dans l'ombre se jettent sur Okitundu et ses compagnons. Personnage plutôt frêle avec ses costumes impeccables et ses fines lunettes cerclées, le directeur de cabinet est projeté au sol, frappé au visage, roué à coups de barres à mine et de caisses de bière. Le sang gicle sur le trottoir sous l'œil des badauds terrifiés. Sans mot dire, deux nervis déshabillent le corps inerte d'Okitundu et jettent ses vêtements au loin. Lorsque, prévenue par des témoins, une patrouille de bobbies se rend sur les lieux quelques minutes plus tard, elle découvre le directeur de cabinet allongé, entièrement nu et inconscient. Ses deux amis ne sont guère en meilleur état. Interpellé dans le quartier, alors qu'une ambulance emporte Okitundu vers un hôpital où il restera une nuit avant d'aller se faire soigner à Bruxelles puis à Genève, l'un des agresseurs avoue très vite. Congolais résidant à Londres, lui et ses sept camarades se réclament du mouvement xénophobe « Bana Congo » (les fils du Congo), qui se dit proche à la fois du candidat Jean-Pierre Bemba et de l'ancien « monsieur Sécurité » de Mobutu, Honoré Ngbanda (lequel anime un cercle ultranationaliste, l'Apareco). À leurs yeux, Kabila, Okitundu et les autres sont des « étrangers », des « Rwandais » tout juste bons à être traités comme des cafards. But explicite de ces extrémistes : interdire les capitales européennes à tout émissaire du régime honni de Kinshasa.
Paroxysmique, de par le rang et la qualité de la personnalité agressée, l'incident de Londres n'est pas, en effet, un cas isolé. En Belgique et en France aussi, une bonne dizaine d'affaires similaires ont eu lieu ces dernières semaines, qui illustrent les ravages de la congolité et les débordements de la campagne électorale au sein de la diaspora. À l'instar de celle dont le directeur de cabinet a fait l'objet, la plupart de ces agressions sont filmées, puis diffusées par les opposants sur Internet, comme autant de trophées humiliants pour leurs victimes, lesquelles sont le plus souvent dénudées. Sale ambiance, qui illustre à quel point la profonde césure du premier tour, dont les résultats ont donné lieu à des affrontements armés à Kinshasa, est loin d'avoir cicatrisé. Mathématiquement, à l'aune des ralliements enregistrés sur son nom depuis deux mois, Joseph Kabila, à qui il n'a manqué que 6 % des voix pour faire l'économie d'un second tour, a d'ores et déjà partie gagnée - ce qui explique, entre autres, l'extrême nervosité de ses adversaires. À eux seuls, Antoine Gizenga et Nzanga Mobutu lui apportent en effet le triple de ce dont il a besoin. Mais, outre qu'il serait prématuré de spéculer sur le report automatique des voix d'un électorat imprévisible - ne serait-ce que parce qu'il s'essaie pour la première fois à ce type d'exercice -, la mobilisation éventuelle des quelque 30 % d'abstention­nistes sera déterminante. Une partie de ce réservoir constitue en effet le vivier d'Étienne Tshisekedi, dont les troupes, à Kinshasa et dans les deux Kasaïs, sont depuis longtemps acquises au langage de la congolité.
Le 29 octobre, jour du scrutin, et les deux semaines ?qui suivront jusqu'à la proclamation des résultats seront donc à hauts risques. Particulièrement dans l'Ouest, le Bas-Congo, l'Équateur et, surtout, Kinshasa, là où Jean-Pierre Bemba est arrivé en tête avec parfois plus de 60 % des voix. Certes, lui et Kabila ont conclu un « code de bonne conduite » et se sont officiellement engagés, sous la pression de l'ONU, à faire de la capitale une « ville sans armes ». Mais qui y croit vraiment ? Le chef de l'État dispose ?des cinq mille hommes de sa garde présidentielle, et ?son challengeur de presque autant de miliciens prêts à en découdre. « Qui tirera le premier ? » se demandent avec ?angoisse les Kinois, ne serait-ce que pour conjurer l'orage.
Pour eux en effet, comme pour les vingt-cinq millions d'électeurs appelés aux urnes le 29 octobre, c'est le jour d'après qui compte. Si tous espèrent être désormais dirigés, pour la première fois de leur histoire, par un gouvernement démocratiquement élu, tous savent que le Congo n'aura pas pour autant changé. Systèmes sanitaire et éducatif en ruine, corruption généralisée de la fonction publique, forces de l'ordre prédatrices, État inexistant, sida, malaria, maladie du sommeil… L'élection présidentielle aura sans doute, tout au moins peut-on l'espérer, résolu la crise de légitimité dans laquelle se débat le pays. Mais elle n'aura en rien porté remède à la crise sociale, économique et morale, bref, à la crise de gouvernance. Pour celui qui sortira vainqueur le 29 octobre, il s'agit là d'un défi d'une tout autre ampleur…
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