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21/11/2005 à 00:00
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Le Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane dresse le bilan des sept années qu'il vient de passer à la tête du gouvernement.

Alors qu'on le disait assis sur un siège éjectable, Jean-François Ntoutoume Emane aura finalement passé sept ans à la primature. Sept années au cours desquelles il a fallu gouverner sous le signe de l'austérité. Né le 6 octobre 1939 à Lalala, un quartier de Libreville, Ntoutoume affiche un parcours universitaire brillant, ce qui lui a valu le surnom de « Jacky-Mille-Encyclopédies ». Titulaire d'un doctorat en sciences politiques, ce juriste a d'abord travaillé au ministère des Finances. C'est là qu'il est remarqué par Omar Bongo Ondimba, qui en fait son conseiller personnel en 1976. L'année suivante, il fait son entrée au gouvernement. Il détiendra tour à tour les portefeuilles de l'Aviation civile, du Commerce, puis de l'Habitat, de l'Urbanisme et du Cadastre. Parallèlement, il grimpe dans l'organigramme du PDG, parti dont il devient député en 1990, battant l'opposant Paul Mba Abessole dans son fief de Lalala. À la suite des incidents consécutifs à la présidentielle de décembre 1993, il mène les négociations avec l'opposition. Celles-ci se concluront en octobre 1994 par la signature des accords de Paris. Nommé chef du gouvernement le 23 janvier 1999, « Ntoutoume » dresse le bilan de « son septennat ».

Jeune Afrique/L'intelligent : Votre arrivée à la primature a coïncidé avec le début d'une
« période de vaches maigres ». Et vous avez dû mettre en œuvre une politique d'austérité…
Jean-François Ntoutoume Emane : Oui, mais ce n'était pas une surprise. L'assainissement des finances publiques figurait en tête de liste des priorités fixées à mon gouvernement par le président Omar Bongo Ondimba. Le chef de l'État avait expliqué, pendant la campagne électorale de 1998, que le pays allait au-devant de grandes difficultés. Il a tenu un discours sincère à son peuple. Les premières années furent difficiles. Mais nous
avons gardé le cap des réformes, et nous avons fait les sacrifices nécessaires. En 1998, nous avons enregistré une croissance négative de 9 % ! Quand je suis arrivé à la primature, la situation sociale était tendue, il ne se passait pas un jour sans que les syndicalistes ne viennent frapper à la porte de mon bureau. Le Smic était bloqué. Mon
travail consistait d'abord à endiguer les vagues de revendications, qui étaient, pour la plupart, légitimes. Il faut saluer l'esprit de responsabilité des partenaires sociaux, qui ont compris l'état dans lequel se trouvait le pays et qui ont accepté le principe de la trêve sociale.
J.A.I. : Le Gabon a renoué le dialogue avec les bailleurs de fonds multilatéraux. Peut-on dire qu'il est maintenant tiré d'affaire ?
J.F.N.E. : Nous devions impérativement retrouver une crédibilité financière auprès du gendarme de Bretton Woods, le Fonds monétaire international (FMI). Nous l'avons fait : le
solde budgétaire primaire est passé de – 288 milliards de F CFA en 1998 à + 93 milliards en 2004, avec une pointe à + 164,5 milliards en 2001. Notre endettement était insoutenable. Davantage que le niveau de la dette, qui est toujours resté compatible avec les critères de convergence institués par la Cemac (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale), ce sont les conditions très onéreuses dans lesquelles cette dette a été souscrite – à très court terme et avec des taux d'intérêt exorbitants – qui étaient
problématiques. Son service a représenté 868 milliards de F CFA en 2004, pour un montant total de 1 500 milliards ! Nous devions parvenir à un accord avec le FMI, pour pouvoir prétendre ensuite à un rééchelonnement. Le président Bongo Ondimba nous a donné un coup de pouce décisif en se rendant directement à Washington, où il a obtenu cet accord, en mai 2004. Le FMI a débloqué 57 milliards de F CFA en notre faveur, et nous avons pu obtenir ensuite, dès le mois de juin, le rééchelonnement de notre dette au Club de Paris, pour un montant de 473 milliards de F CFA. Nos finances ont été assainies, l'État a donné l'exemple, en réduisant son train de vie, en diminuant le nombre de ministres et de conseillers, en faisant la chasse au gaspillage et en mettant l'accent sur la bonne gouvernance. Nous avons réformé le code des marchés publics, renforcé les contrôles, créé une Commission nationale de lutte contre l'enrichissement illicite. Le FMI nous a adressé un satisfecit. Nous ne désespérons pas d'arriver à un accord pluriannuel qui allégerait encore le poids de notre dette…
J.A.I. : Oui, mais certains vous reprochent d'avoir fait passer les problèmes sociaux par pertes et profits...
J.F.N.E. : Non. La pauvreté est, avec le chômage et l'état des routes, l'une des plaies du Gabon. Nous ne pouvons pas l'éradiquer d'un coup de baguette magique, mais nous la
combattons vigoureusement. Je ne vais pas faire le catalogue des mesures sociales, mais je précise que nous n'avons pas réduit la masse salariale de la fonction publique,
contrairement aux injonctions de Washington. Celle-ci a même légèrement augmenté, passant de 204 milliards à 226 milliards de F CFA, malgré le contexte de récession. Parallèlement, des hôpitaux modernes ont été construits à Mouila, à Port-Gentil, à Franceville, sans compter le CHU de Libreville, dont nous venons de poser la première
pierre et qui comptera 650 lits. Les dispensaires de quartier restent ouverts le week-end. Les haltes-garderies permettent de soulager les filles-mères, en situation précaire
et dont les enfants sont nourris et soignés pour 1 000 F CFA par mois. Les bourses versées à tous les élèves du secondaire et du supérieur atteignent un montant annuel de 39 milliards de F CFA. À la demande du président, le gouvernement va mettre en chantier dans les prochains mois la couverture maladie universelle. Enfin, les pensions des
retraités des forces de défense viennent d'être revalorisées.
J.A.I. : On a beaucoup parlé de la nécessaire diversification de l'économie gabonaise. Ce
chantier a-t-il avancé ?
J.F.N.E. : Notre base productive reste faible, et nous dépendons encore trop largement du pétrole. Mais bon nombre d'entreprises publiques ont été privatisées, l'État se désengage de la sphère productive pour se concentrer sur ses missions régaliennes et de régulation.
Nous espérons boucler la privatisation de Gabon Telecom dans le courant de l'année 2006, mais il faudra au préalable achever de scinder les actifs entre la poste, qui restera
dans le giron public, et les télécoms. Pour ce qui est d'Air Gabon – et ses 1 200 agents, dont les salaires sont aujourd'hui payés par l'État, ce qui représente un effort de 656 millions mensuels –, c'est un symbole national. Et je pense que le président ne laissera pas mourir cette compagnie. Nous ne renonçons pas à la privatiser une fois qu'elle aura été assainie. Mais la diversification consiste aussi à ouvrir et promouvoir d'autres
secteurs, comme l'écotourisme, avec le réseau de parcs naturels gérés en partenariat avec des ONG américaines. D'importantes découvertes ont été réalisées dans le sous-sol : du fer, du manganèse, du phosphate, des diamants, de l'or… Et des concessions minières ont été attribuées à de nouveaux partenaires, chinois, brésiliens, sud-africains. Toute une
série de codes (miniers, forestiers, etc.) ont été refondus pour rendre l'environnement des affaires plus attractif.
J.A.I. : Le chômage reste très élevé…
J.F.N.E. : Oui, il se situe dans une fourchette de 18 % à 22 % parce que nous avons longtemps souffert d'une croissance faible. Mais les grands chantiers qui vont démarrer en 2006, comme l'aménagement du port minéralier en eaux profondes de Santa Clara ou le chemin de fer pour l'extraction du fer et du manganèse de Belinga vont doper la croissance et relancer l'activité. Aujourd'hui, sur 12 000 demandes d'emploi, seules
4 000 sont satisfaites. C'est évidemment trop peu.
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