21/07/2008 à 11h:10 Par Dominique Mataillet
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

23 juillet 1999

Rarement les funérailles d'un chef d'État auront suscité une telle ferveur populaire. Le dimanche 25 juillet 1999, des centaines de milliers de Marocains se pressent dans les rues de Rabat pour voir passer le cortège qui conduit Hassan II à sa dernière demeure, le mausolée de marbre blanc où repose déjà son père, Mohammed V.
Rarement, aussi, autant de hautes personnalités se seront retrouvées pour rendre un ultime hommage à l'un des leurs. Du président américain Bill Clinton au Premier ministre israélien Ehoud Barak, en passant par le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, le roi d'Espagne Juan Carlos et une vingtaine de chefs d'État du continent africain, le gotha mondial a fait le déplacement pour saluer l'homme qui a présidé pendant trente-huit ans aux destinées de l'une des plus veilles monarchies du monde.

La nouvelle a été officiellement annoncée au soir du vendredi 23 juillet : le dix-septième souverain de la dynastie alaouite est mort à l'hôpital Ibn-Sina (Avicenne) de Rabat, où il a été admis en fin de matinée. Il avait fêté ses 70 ans deux semaines auparavant, le 9 juillet. Hassan II souffrait depuis plusieurs années de troubles à la fois cardiaques et pulmonaires. En 1995 déjà, il avait été hospitalisé en urgence dans un établissement spécialisé de New York. Il était suivi en permanence par des médecins américains, français et marocains, mais refusait d'aller se faire soigner hors de son pays. L'état de fatigue du souverain n'était pas passé inaperçu le 14 juillet à Paris, où il avait participé à la célébration de la fête nationale française. Et si, le 21 juillet, il s'était senti assez solide pour recevoir le président yéménite Ali Abdallah Saleh au palais de Skhirat, il avait passé la journée suivante à se reposer. Mais le 23 juillet, un peu avant 4 heures du matin, son cas s'aggrave. Hassan II est pris de frissons. Quelques minutes plus tard, alors qu'il commence à ressentir un dérèglement de son rythme cardiaque, il est conduit d'urgence à la clinique du palais de Rabat. Son état n'inquiète pas outre mesure ses médecins jusqu'à ce que, vers midi, il perde brutalement connaissance. Transféré à l'hôpital Avicenne dans un état de coma dépassé, il s'éteint à 16 heures.
Le décès constaté, la dépouille de Hassan II est ramenée au palais royal, où un conseil de famille se réunit pour organiser la succession monarchique. Sidi Mohammed, né en 1963, deuxième des cinq enfants et premier garçon du défunt, hérite du trône et régnera sous le nom de Mohammed VI. Son frère cadet Moulay Rachid devient le nouveau prince héritier.

Commence alors la beïa, l'allégeance au nouveau souverain. Après les princes se présentent les oulémas - les docteurs de la loi islamique -, puis les membres du gouvernement et les chefs de l'armée. La page est tournée.
Si la transition a été parfaitement préparée sur le plan institutionnel, les interrogations portent sur la personnalité du nouveau souverain. Comment Mohammed VI va-t-il prendre en main le lourd héritage de son père ? Hassan II a régné en monarque absolu, impitoyable avec ses adversaires, ne lâchant du lest que sur le tard, un an avant sa mort, en nommant au poste de Premier ministre un vieil opposant, le socialiste Abderrahmane Youssoufi. Mais il s'est révélé un homme d'État exceptionnel, organisant avec subtilité la vie politique du royaume autour de sa personne. Élevé dans l'ombre de ce père écrasant, Sidi Mohammed, qui est toujours apparu comme un jeune homme timide et effacé, est-il préparé à exercer sa nouvelle fonction ? Saura-t-il mener à bien les réformes que la situation économique et sociale du pays rend urgentes ? Le dix-huitième souverain alaouite ne tardera pas à rassurer ses sujets.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Abdelwahab Ben Ayed

Article précédent :
Autocritique à la tête du parti au pouvoir

Maroc

Maroc : de blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental semble s'enliser

Maroc : de blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental semble s'enliser

De blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental, parmi un des plus anciens au monde, semble s'enliser dans les sables du désert après la décision du Maroc de retirer sa confiance à l'&ea[...]

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef d’État[...]

Maroc : dans la roue de Renault

Le Maroc souhaite profiter de l'élan donné par le démarrage de l'usine du constructeur français Renault. Mais, si l'emploi est au rendez-vous, les fournisseurs locaux restent encore peu[...]

Maroc - Automobile : Budget Locasom se lance dans la location longue durée

Au Maroc, c'était jusque-là un service réservé aux entreprises. Budget Locasom se lance dans la location longue durée à destination des particuliers. Pour ses concurrents, l'heure est[...]

Maroc : réforme de l'audiovisuel, saison 1

Décidé à soumettre les télés publiques à un nouveau cahier des charges, le ministre de la Communication marocain Mustapha El Khalfi a déclenché sans le vouloir une[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

La Berd se dote d'un fonds spécial pour encourager les démocraties arabes

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), créée en 1991 pour aider les ex-pays communistes à réformer leur économie, s'est dotée samedi d'un[...]

Festival de Cannes : "Les Chevaux de Dieu", plongée dans le quotidien de jeunes kamikazes

Avec "Les Chevaux de Dieu", présenté au Festival de Cannes dans la catégorie "Un certain regard", Nabil Ayouch se penche sur l’enrôlement par les mouvements islamistes radicaux[...]

Sahara occidental : l'émissaire de l'ONU ne se rendra pas dans la région pour l'instant

L'émissaire de l'ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, à qui Rabat a retiré sa confiance, ne se rendra pas dans la région pour l'instant, a indiqué vendredi le porte-parole des[...]

Maroc : Tanger Med repart à l'abordage

Après une année 2011 difficile, le port marocain de Tanger Med montre de nouveau les dents. Il entend rivaliser avec Algésiras, de l'autre côté du détroit de Gibraltar, pour devenir un haut[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers