21/05/2007 à 15h:53 Par Par Rory Stewart
© The New York Times et Jeun
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Que faisons-nous en Afghanistan, nous, les Occidentaux ? La raison invoquée par le vice-président américain Dick Cheney est le terrorisme, par la Grande-Bretagne la drogue, par l'Union européenne la « construction d'un État »… D'un jour à l'autre, les positions semblent changer. Il y a cinq ans, nous avions un objectif précis. Aujourd'hui, nous semblons être à la poursuite d'objectifs confus, de la contre-insurrection à la démocratisation et au développement. Les comptables de Kaboul et les bergers de Kandahar veulent savoir ce que nous avons fait des 10 milliards de dollars que nous avons dépensés depuis quatre ans. C'est aussi le cas d'un certain nombre de journalistes afghans. Et quand des villageois du Helmand voient des soldats étrangers armés jusqu'aux dents qui prétendent qu'ils ne sont là que pour construire des écoles, ils ne les croient pas.
Beaucoup d'Afghans imaginent que nous complotons quelque chose d'énorme. À leurs yeux, rien ne peut expliquer le fossé qui sépare ce que nous faisons de ce que nous disons. Nous devrions nous rappeler que nous sommes d'abord venus pour nous protéger des attentats terroristes. Les Afghans peuvent le comprendre et nous aider. Mais le contre-terrorisme n'est pas la contre-insurrection. Le contre-terrorisme s'appuie sur de bons renseignements et des opérations des Forces spéciales, comme le faisaient les États-Unis en 2002 et 2003. Récemment, cependant, l'Otan s'est engagée dans une campagne de contre-insurrection beaucoup plus large, impliquant des dizaines de milliers de troupes. L'objectif est désormais de reprendre les régions rurales aux talibans.
Mais beaucoup de ceux que nous combattons n'ont pas de motivations politiques, pas de liens avec al-Qaïda ou d'intérêt à attaquer le sol américain. Un comportement plus réfléchi à l'égard des communautés tribales nous donnerait de meilleurs renseignements sur nos vrais ennemis. Il est évident que nous n'avons pas les moyens, la détermination ou l'engagement à long terme pour une campagne de contre-insurrection de vingt ans. Et ce n'est pas l'armée afghane qui va se charger de cette mission. Notre deuxième priorité devrait être de ne pas perdre le soutien d'une population déçue dans le centre et l'ouest du pays.
Les Afghans sont fatigués des conférences et des consultants étrangers, et disent : « Faites revenir les Russes. Eux au moins construisaient des barrages et des routes. » Pour les reconquérir, il nous faudrait mettre en place une vaste infrastructure largement visible que les Afghans pourraient admirer dans cinquante ans, comme ils admirent le grand barrage construit par les États-Unis dans les années 1960. Nous devrions laisser un symbole permanent de générosité.
Lorsque nous aurons une vision claire de nos intérêts, nous pourrons réfléchir à la troisième priorité, qui est d'améliorer la vie des Afghans par des projets de développement. Il y a d'excellents modèles, depuis l'Habitat de l'ONU au réseau de l'Aga Khan, qui a restauré des monuments historiques, mis en route des programmes de santé rurale, ouvert un hôtel cinq étoiles et organisé le réseau de téléphonie mobile de l'Afghanistan. De tels projets devraient être indépendants des objectifs militaires et politiques.
Il vaut mieux, parfois, en faire moins. Les forces néerlandaises présentes dans la province d'Uruzgan ont constaté que si l'on n'intervient pas, les talibans s'aliènent les communautés en se comportant en parasites, en donnant des leçons de puritanisme et en n'étant d'aucun secours. Mais quand, l'été dernier, les Britanniques ont voulu autoritairement reprendre en main le Sud, ce sont eux qui se sont aliénés une dangereuse proportion de la population locale et ils ont été obligés de battre en retraite. Pacifier les régions rurales est l'affaire des Afghans, en liaison avec le Pakistan et l'Iran. Il faudra renoncer à un État supercentralisé et établir des relations officielles mais souples avec les multiples conseils des villages. Il semble que nous avons raté une occasion en Afghanistan en 2002 et 2003 à cause de l'Irak et parce que nous n'y avons pas envoyé assez de troupes ni mis les moyens suffisants. Mon expérience de l'Afghanistan me donne, au contraire, à penser que la stratégie de départ de limiter notre rôle était la bonne.

* Rory Stewart dirige la Turquoise Mountain Foundation à Kaboul.
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