21/04/2008 à 12h:26 Par Cheikh Yérim Seck
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Le nouveau garde des Sceaux sénégalais est aussi l'ancien avocat d'Habré. Vous avez dit « mélange des genres » ?

Le premier geste de Madické Niang en sa nouvelle qualité de garde des Sceaux en dit long sur le personnage. Le 14 avril, à peine vient-il de s'asseoir dans le fauteuil de son prédécesseur, Cheikh Tidiane Sy, qu'il convoque le secrétaire général. Et lui ordonne : « Faites-moi le point de toutes les diligences à effectuer pour faire avancer le dossier Habré. Je sais que je suis attendu sur cette affaire. Veillez à ce qu'elle ne subisse le moindre retard imputable à ce ministère. »
Avocat d'Hissein Habré de 1999 à 2001, le nouveau ministre sénégalais de la Justice rejette les accusations des victimes de l'ex-dictateur et des associations de défense des droits de l'homme, qui doutent de sa neutralité. « Hier, j'agissais comme défenseur d'Habré. Aujourd'hui, je suis un ministre de la République appelé à organiser un procès irréprochable. Je le ferai en toute responsabilité. J'aurais refusé le ministère de la Justice si je ne m'estimais pas capable de le faire. Pour éviter des conflits d'intérêts liés à des dossiers sensibles que je gérais, j'ai décliné toutes les offres pour entrer dans le gouvernement de 2000 à 2002 », confie-t-il. Accusé par certains d'avoir sollicité ce poste afin de « sauver » Habré, Niang répond n'avoir « rien demandé. C'est le chef de l'État, Abdoulaye Wade, qui m'a proposé ce ministère. J'ai accepté, en bon soldat. Wade est convaincu de mon impartialité sur l'affaire Hissein Habré. Les nombreuses fois où le dossier a été abordé en Conseil des ministres, je me suis toujours abstenu, par décence, d'intervenir. Et n'ai jamais intercédé auprès du président pour protéger Habré. »

Levée de boucliers
Ministre depuis 2002, passé de l'Habitat à l'Énergie puis à l'Industrie, Madické Niang, 55 ans, était inscrit au barreau de 1982 à son entrée dans le gouvernement. Avocat de Wade durant les dures années d'opposition, il a défendu par le passé plusieurs figures politiques du pays : Landing Savané, Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho… Sa nomination au poste de conseiller juridique par le président au lendemain de l'élection de celui-ci, en mars 2000, provoque une levée de boucliers. Ses confrères, qui n'apprécient guère le mélange des genres, demandent sa radiation pure et simple du barreau. Devant la persistance des accusations, Niang prend finalement ses distances avec l'Organisation nationale de défense des droits de l'homme (ONDH), dont il a été le vice-président de 1995 à 1999.
Aujourd'hui, le nouveau garde des Sceaux balaie tout soupçon d'un revers de main : « Au Sénégal, je suis le seul avocat qui, parce qu'il est devenu ministre, a totalement rompu avec ses anciennes activités. Le cabinet dans lequel je travaillais ne défend plus Habré depuis que j'en suis parti. J'ai gardé de bons rapports avec ce dernier mais ne l'ai pas vu depuis longtemps. Mes nouvelles responsabilités ne m'offrent plus le temps nécessaire pour lui téléphoner souvent. » Autrefois, Habré n'hésitait pas à appeler son ancien avocat pour le féliciter de ses différentes nominations. Cette fois, l'ancien président tchadien s'est abstenu de le faire.

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