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21/11/2007 à 12:52
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Malgré les pressions conjuguées des Américains et des Israéliens, le secrétaire général de l'AIEA n'en démord pas : rien ne prouve que l'Iran a un programme en cours de militarisation du nucléaire.

Mohamed Mustapha al-Baradei n'a pas volé le prix Nobel de la Paix 2005, qu'il a reçu conjointement avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dont il est le patron. Le rapport qu'il a rendu public le 15 novembre en apporte une nouvelle fois la preuve en concluant que Téhéran a fait « des progrès substantiels » en révélant l'étendue de son programme nucléaire, tout en déplorant que l'Iran ne soit pas plus coopératif et qu'il ne gèle pas ses opérations d'enrichissement de l'uranium comme le lui a demandé l'ONU. Ce rapport modéré rendra moins légitimes de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité d'ici à la fin du mois et vaudra à nouveau au chef de l'AIEA l'accusation israélienne de « blanchir et de justifier » une future bombe A iranienne.
Malgré les applaudissements des Allemands, des Russes et des Chinois, peu convaincus des vertus de l'étranglement financier de l'Iran, les va-t-en-guerre maudissent de plus belle Baradei : George W. Bush, qui l'avait fait mettre sur écoute pour prouver son hostilité à l'égard des Américains, en vain ; les Britanniques et les Israéliens, bien sûr ; les Français, qui ont rejoint le camp anti-iranien depuis l'élection de Sarkozy à l'Élysée.
Que reprochent-ils à cet Égyptien de 65 ans qui fuit les mondanités et adore l'art contemporain et les tapis anciens ? De ne pas condamner sans appel et sans preuve l'Iran pour l'uranium que ce pays s'obstine à vouloir enrichir malgré les condamnations du Conseil de sécurité, qui flaire une bombe atomique en gestation. Baradei n'en démord pas : « Avons-nous vu en Iran des composants nucléaires pouvant être rapidement transformés en arme ? Non. Avons-nous vu un programme en cours de militarisation du nucléaire ? Non », a-t-il affirmé, le 29 octobre, sur CNN.
Pour le directeur général de l'AIEA, la conduite à tenir ne souffre aucun compromis. Pas question de tolérer à propos de l'Iran l'intoxication et les mensonges qui ont légitimé l'invasion de l'Irak, accusé - à tort - de détenir des armes de destruction massive. Depuis des semaines, il juge « que nous avons le temps, car même si Téhéran essayait de produire une arme nucléaire, il lui faudrait encore plusieurs années avant d'y parvenir ». Sept ou huit ans peut-être. Pas question, surtout, d'avaliser l'envie de bombarder les sites nucléaires iraniens que trahissent les propos des officiels américains ou israéliens, amplifiés par le très gaffeur ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Avant que les Occidentaux ne se lancent dans une attaque qu'il qualifie par avance de « désastre », Baradei entend que ses enquêteurs vérifient si les 3 000 centrifugeuses de la centrale de Natanz (province d'Ispahan) ont une vocation civile ou militaire. Il veut analyser le document transmis par les Iraniens concernant l'usinage de pièces hémisphériques en uranium métal, étape nécessaire à la fabrication d'une bombe. Le juriste qu'il demeure ne supporte pas l'idée de condamner avant d'avoir clos l'enquête.

Cette allergie à l'arbitraire, Baradei la tient de son père, avocat et président de l'Association du barreau égyptien, ardent défenseur du multipartisme, de la liberté de la presse et des libertés individuelles, et qui fut persécuté par le pouvoir nassérien dans les années 1960. De son père, le jeune Mohamed a hérité le goût du multiculturalisme à travers la pratique de l'arabe, de l'anglais et du français, et aussi une prédilection pour le droit. Au Caire, où il est né en 1942, il apprend cette discipline ennuyeuse, mais tellement précieuse pour se prémunir contre les foucades politiciennes. Il s'y perfectionne en obtenant un diplôme de docteur en droit international de l'université de New York. En entrant au ministère égyptien des Affaires étrangères, il joint à sa palette professionnelle la diplomatie. Puis il troque sa fonction de membre de la délégation égyptienne auprès de l'ONU pour un poste de haut fonctionnaire onusien, ce qui le conduit à Vienne, à l'agence chargée de surveiller l'application du traité de non-prolifération nucléaire, l'AIEA. Il y gravit tous les échelons jusqu'à sa nomination au poste de directeur général, en 1997, en remplacement du Suédois Hans Blix.

Le patron de l'AIEA n'a jamais été le naïf moqué par John Bolton, l'éphémère ambassadeur américain à l'ONU. Il est, par exemple, d'accord avec George W. Bush sur la nécessité de poursuivre les États qui se servent de leur programme nucléaire civil pour développer une bombe A. Avant le renversement de Saddam, il n'avait pas hésité à déclarer sur Al-Jazira : « Le monde arabe doit comprendre que, s'il y a un problème avec l'Irak, ce n'est pas parce que ce pays est arabe, mais parce qu'il n'a pas rempli ses obligations en matière de désarmement. » Il était donc d'autant plus à l'aise pour contredire les services secrets occidentaux qui prétendaient que Bagdad possédait des armes de destruction massive. Le 7 mars 2003, il rétorquait à Colin Powell, alors secrétaire d'État, qui le pressait de souscrire à cette thèse, qu'il n'avait « aucune preuve d'activité prohibée en Irak » et que le trafic d'uranium nigérien mis en avant par la CIA était inexistant.

Car Mohamed al-Baradei est foncièrement pacifique. Pour lui, il est urgent de mettre fin à « l'accident historique » qu'est l'arme atomique. Il n'hésite pas à dire crûment que les responsables de sa prolifération sont les grandes puissances. Elles n'ont pas tenu leur promesse de réduire leurs stocks monstrueux de 27 000 têtes nucléaires et demandent aux pays qui rêvent de rejoindre leur club fermé de s'interdire de fabriquer cette arme qui mène le monde à l'Apocalypse. « C'est comme si un père interdisait à ses enfants de fumer, la cigarette aux lèvres », ironise-t-il. Aux grandes puissances, il propose ni plus ni moins de donner le bon exemple en décrétant un moratoire sur la production de matières fissiles.
Par-dessus tout, il est hostile à toute forme de boycottage ou de sanctions « qui frappent les peuples et pas leur gouvernement ». L'heureuse évolution de la Corée du Nord vers un démantèlement de son programme nucléaire militaire semble lui donner raison. Reste l'Iran. « Que demande-t-il ? Des garanties en matière de sécurité, la reconnaissance de son rôle de puissance régionale, des échanges commerciaux avec l'Occident ? Il n'y a là rien qui soit insurmontable », conclut-il. La thérapeutique qui découle de ce diagnostic exaspérera les belliqueux, car, Mohamed al-Baradei le dit tout net : « Il ne faut pas isoler l'Iran, mais au contraire le réintégrer dans la communauté internationale. » Un vrai Prix Nobel de la paix, non ?
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