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19/05/2003 à 00h:00
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Après avoir tenté, l'année dernière, de revendre une part du capital de l'opérateur chérifien acquise en 2000, le groupe français Vivendi nie aujourd'hui toute velléité de cession.

Le feuilleton Vivendi-Maroc Télécom vient-il de connaître son dernier épisode ? On serait tenté de le croire. Depuis le 2 mai, les dirigeants du groupe français affirment à qui veut les entendre qu'il n'est pas question qu'ils cèdent les 35 % qu'ils détiennent dans l'opérateur historique marocain. Et qu'ils comptent même acquérir les 16 % supplémentaires que le gouvernement de Rabat veut céder cette année. Pour conforter leur position, ils avancent les résultats très flatteurs obtenus par Maroc Télécom : la société a affiché, pour 2002, un chiffre d'affaires en hausse de 9 %, à 1,3 milliard d'euros et un résultat net qui a bondi de 40 %, pour atteindre 340 millions d'euros. Soit l'une des meilleures rentabilités parmi toutes les sociétés figurant dans le giron de Vivendi Universal alors que les fonds propres représentent plus de trois fois l'endettement. Finies, donc, les vélléités de retrait définitif ? Officiellement oui, même si la stratégie peut à très court terme évoluer à cause de l'endettement très lourd auquel doit faire face le groupe de Jean-René Fourtou, qui est toujours loin de briller par ses qualités de communicateur. Rappel des faits. Fin 2000, c'est un Jean-Marie Messier rayonnant qui est reçu en audience privée par le roi Mohammed VI pour annoncer une « nouvelle historique ». L'ancien patron de Vivendi confirme que son groupe, « seul repreneur en lice », accepte de débourser 2,3 milliards d'euros pour racheter un peu plus du tiers du capital de Maroc Télécom (35 %). Une arrivée saluée comme il se doit par les Marocains qui voient leur royaume propulsé dans la cour des grands pays émergents. Seuls quelques mauvais esprits font remarquer que le prix payé par Messier - qui était seul candidat encore en course - est supérieur de 15 % au prix plancher fixé par Rabat. Et que ce même prix plancher avait déjà fait fuir plusieurs autres prétendants de poids dont Telecom Italia, France Télécom, l'allemand Deutsche Telekom ou encore l'américain SBC Communication.
Il n'empêche. Le mariage démarre tout de même sous les meilleurs auspices. Les équipes françaises se mettent rapidement en place et le processus de modernisation entamé par le président-directeur général de Maroc Télécom, Abdeslam Ahizoune - qui a conservé son poste - passe à la vitesse supérieure : en 2001, le chiffre d'affaires progresse de 17 % pour atteindre 1,24 milliard d'euros ! Les deux partenaires sont aux anges. L'alliance permet alors, comme le rappelait récemment Ahizoune, « d'assurer un transfert de savoir-faire » qui, conjugué « à un appui technique, marketing et organisationnel, a porté ses fruits ».
Pourtant, dès le printemps 2002, l'idylle connaît ses premiers accrocs. Sans avertir ses partenaires marocains, Jean-René Fourtou place Maroc Télécom sur la liste des actifs à vendre. Discrètement, il mandate le Crédit agricole-Indosuez pour trouver un repreneur, alors que le marché mondial des télécommunications est en chute libre et que les grands opérateurs doivent très souvent faire face à des endettements colossaux. Plusieurs noms circulent alors, dont ceux du britannique Vodafone (intéressé surtout par l'activité téléphone mobile), de l'égyptien Orascom Telecom - déjà présent en Algérie et en Tunisie - ou encore du belge Belgacom. Également évoqué : l'intérêt du prince saoudien Al Walid, qui fait partie des dix hommes les plus riches de la planète, associé à des privés libanais et au groupe koweïtien Mobile Telecommunications Company (MTC). Aucune solution ne se dégage. La première raison est à chercher dans la décote que Vivendi est prêt à accepter pour se désengager. Après avoir provisionné dans ses comptes 2002 quelque 700 millions d'euros sur la valeur d'achat des 35 % de Maroc Télécom, Vivendi aurait refusé de céder ses actions avec un rabais de plus de 300 millions d'euros. Seconde raison de cet échec : le pacte secret d'actionnaires conclu par Vivendi lors de son arrivée au Maroc. Selon nos informations, sa participation lui donne 51 % des droits de vote et le contrôle effectif de l'entreprise, ce qui explique partiellement le prix élevé payé par Messier. Or, côté marocain, il semble que l'on ait refusé d'accorder un tel privilège à un éventuel repreneur qui, du coup, aurait payé fort cher une simple minorité de blocage.
Conjuguées à la bonne santé financière de Maroc Télécom, qui est une excellente machine à générer du cash, ces deux contraintes permettent de mieux comprendre le revirement de Vivendi. Oubliées, donc, désormais les vélléités de départ, tout en laissant le soin au Crédit agricole-Indosuez d'expliquer un tel changement aux repreneurs qui s'étaient fait connaître : Jean-René Fourtou qualifie Maroc Télécom « d'actif formidable qu'il entend garder au même titre que Cegetel et Canal Plus ». Vivendi se dit même prêt à débourser près de 690 millions d'euros pour acquérir les 16 % supplémentaires que l'État marocain entend céder avant septembre 2003, pour contrôler 51 % du capital de Maroc Télécom. Il est vrai qu'avec un excédent brut d'exploitation qui a atteint les 754 millions d'euros, le groupe a vu sa valorisation sur les marchés remonter sensiblement pour s'inscrire dans une fourchette comprise entre 5,3 millions et 6,07 millions d'euros. Soit, à peu de chose près, le montant auquel elle était estimée fin 2000 (6,3 millions d'euros) au moment de l'arrivée de Messier.
« Après avoir longuement tergiversé, Vivendi a finalement compris qu'il ne pouvait sortir rapidement de Maroc Télécom dans les meilleures conditions, souligne un banquier d'affaires casablancais. Si nul ne peut se prononcer sur sa stratégie à long terme, rien n'interdit de penser que, à court ou moyen terme, la question de son départ ne revienne sur le tapis. Tout dépendra de la manière dont il réussira à réduire son endettement et à céder certaines de ses participations aux États-Unis. » Il est vrai que, pendant ce temps-là, la valeur Maroc Télécom a toutes les chances de continuer à se bonifier : sa rentabilité est en effet l'une des plus élevées du continent, Afrique du Sud comprise. Et au titre des seuls dividendes, la société a distribué pour l'exercice 2002 près de 230 millions d'euros.
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