18/02/2008 à 12h:27 Par Farid Alilat
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

18 février 1989

Alger, samedi 18 février 1989. Une trentaine de leaders du courant islamiste algérien se donnent rendez-vous pour une réunion clandestine à la mosquée Al-Sunna de Bab el-Oued. Autour du jeune prédicateur Ali Benhadj se retrouvent, entre autres, Abassi Madani, professeur de sociologie, Hachemi Sahnouni, imam aveugle de la mosquée, Saïd Makhloufi, ancien officier de l'armée, Abdelkader Hachani, jeune ingénieur à Sonatrach, et Benazouz Zebda. Objectif de ce conclave : faire sortir le mouvement islamiste de la clandestinité et obtenir sa légalisation à la faveur de l'ouverture politique annoncée par les autorités au lendemain des émeutes d'octobre 1988. Après plusieurs heures de palabres, l'assistance s'accorde sur la création d'un parti politique dénommé Front islamique du salut (FIS). Madani en assurera la présidence, Benhadj et Zebda seront vice-présidents, tandis que le Majlis el-Choura (conseil consultatif) sera composé de trente-cinq membres. Le programme du FIS se résume à deux objectifs : application de la charia et instauration d'un État islamique en Algérie.
Alors que l'information devait restait confidentielle, le temps de préparer le congrès, Ali Benhadj vend la mèche dans un entretien retentissant publié cinq jours plus tard, le 23 février, par le quotidien gouvernemental Horizons. Le choix de la date de parution n'est pas fortuit : le jour même se tient un référendum constitutionnel devant consacrer le pluralisme politique. « Il n'y a pas de démocratie en Islam. La démocratie, c'est du kofr [apostasie] », affirme celui que l'on qualifiera de « Savonarole d'Alger ».
Le 9 mars, Benhadj et ses compagnons se retrouvent à nouveau à la mosquée Al-Sunna pour les assises constitutives du FIS. Le lendemain, le nouveau porte-parole du mouvement, Abassi Madani, proclame, du haut de la tribune de la mosquée de Kouba, la naissance officielle du parti. Le 22 août 1989, moins d'un mois après l'adoption par l'Assemblée de la loi sur le pluralisme politique, les dirigeants du FIS déposent une demande d'agrément au ministère de l'Intérieur.

Faut-il ou non agréer le FIS ? La question fait débat chez les « décideurs ». Certains y sont défavorables, arguant que la nouvelle Constitution interdit la création d'un parti sur une base religieuse, culturelle ou linguistique. D'autres, en revanche, expliquent que l'exclusion du courant islamiste provoquerait sa radicalisation. Alors qu'une partie de l'opinion, effrayée par la perspective d'un « califat », espérait son interdiction, le nouveau gouvernement du réformateur Mouloud Hamrouche lui accorde son agrément le 16 septembre.
Grisés par leur victoire aux élections locales du 12 juin 1990 (953 communes sur 1 539 et 32 wilayas sur 48), les dirigeants du FIS déclenchent, en mai 1991, une grève insurrectionnelle pour exiger la tenue d'une présidentielle anticipée. Arrêtés le 30 juin pour atteinte à la sûreté de l'État, Benhadj, Abassi et cinq autres responsables du parti sont condamnés à douze ans de prison. Ce qui n'empêchera pas le FIS de remporter la majorité des sièges lors du premier tour des législatives de décembre 1991. Peine perdue : les autorités annulent le second tour, tandis que Chadli démissionne de son poste de président. Privé de « sa victoire », le FIS lance un appel à l'insurrection armée, prélude à une guerre civile qui fera une centaine de milliers de morts. Il sera officiellement dissous le 4 mars 1992.
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Agenda

Article précédent :
Carla Bruni-Sarkozy

AUTRES

Les chefs et les "makayas"

Il est loin le temps où l'on surnommait Ali Bongo Ondimba « Baby Zeus »... Plus de deux ans après son investiture, le troisième président du pays (Rose Francine[...]

Aérien : vers un partenariat Aga Khan-Air France en Afrique ?

Le groupe Aga Khan et Air France négocient un partenariat dans le ciel africain pour profiter des synergies possibles entre leurs flottes. Le premier envisage également de s'associer au second pour entrer au capital [...]

Gabon : étoiles, fourchettes et Coupe d'Afrique des nations

Organisation de la CAN 2012 oblige, le parc hôtelier a été remis à niveau dans l'urgence. Il en avait bien besoin ! Les autorités gabonaises distribuent désormais les bons points aux struct[...]

Gabon : ronde de nuit au quartier Louis de Libreville

Le soir venu, ce paisible arrondissement de Libreville s'anime. C'est le point de rencontre des fêtards de la capitale gabonaise. De l'apéro à l'after, du retau au night-club, petite virée à la lu[...]

Pétrole : retard au démarrage pour Gabon Oil Company

Promesse électorale de 2009, la société nationale pétrolière n'est pas encore opérationnelle. Mais la Gabon Oil Company devrait entrer en activité cette année.[...]

Jean-Jacques Jung : "Le site de Franceville est un choix stratégique"

Leader mondial du manganèse, BHP Billiton souhaite doper sa production en s'implatant au Gabon. Le président de la filiale locale, Jean-Jacques Jung, se dit aussi intéressé par le fer et le pétro[...]

CAN 2012 - Finale : la Côte d'Ivoire sur ses acquis, la Zambie sur sa lancée

Côte d’Ivoire – Zambie. Ce sera l’affiche de la finale de la CAN 2012. Une nouvelle fois, la Côte d’Ivoire part en favorite. Mais, pas étincelants dans leur demi-finale, les Él&eac[...]

Front national : les Africains de Marine Le Pen

Plusieurs personnalités africaines soutiennent Marine Le Pen pour la présidentielle française d'avril 2012. Surprenant ? Pas tant que ça. Car il s'agit avant tout d'une histoire d'intérêts [...]

Tourisme : Marrakech fait le dos rond

Capacité d'accueil en hausse, nombre de visiteurs en baisse... Depuis l'attentat du 28 avril 2011, les hôtels haut de gamme de Marrakech, au Maroc, sont à la peine. Solutions : diversifier la clientèle e[...]

Nord-Mali : les Bamakois jugent sévèrement la politique sécuritaire d'ATT

Depuis que Amadou Toumani Touré (ATT) a accédé au pouvoir en 2002, deux rebellions touarègues se sont déclenchées dans le Nord du Mali. La dernière en date a provoqué une s[...]

Le Gabon et l'illusion pétrolière

Agrégé de sciences économiques, doyen de la faculté de droit et de sciences économiques de l'université Omar Bongo de Libreville (UOB)[...]

Gabon - Livre : la démocratie selon Guy Rossatanga-Rignault

Mode de scrutin, transmission héréditaire du pouvoir... Dans son essai intitulé "Qui t'a fait roi ?" paru en novembre 2011, le juriste Guy Rossatanga-Rignault - par ailleurs conseiller spécial[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers