18/12/2007 à 11h:54 Par Nicolas Michel
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Productrice et animatrice de télévision américaine

Ce samedi 8 décembre 2007, 18 500 personnes sont rassemblées dans le stade de Des Moines, dans l'Iowa, pour soutenir le sénateur de l'Illinois Barack Obama dans sa course à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2008. Mais elles ne sont pas là que pour lui. C'est sa femme, Michelle, qui annonce l'arrivée de la véritable vedette : « J'ai l'honneur de vous présenter la première dame de la télévision, Oprah Winfrey ! » Et la voilà qui entre en scène dans une veste de velours mauve, toute en crinière et décolleté. Les flashes crépitent, un tonnerre d'applaudissements l'accompagne. Quand elle prend le micro, c'est pour confesser sa nervosité. Effet de manche, sans doute, qui vise à souligner le fait que c'est la première fois de sa carrière qu'elle prend ouvertement position en faveur d'un candidat. Elle qui a l'habitude de parler tous les jours devant 8,6 millions de téléspectateurs se montre d'ailleurs très professionnelle pour défendre « [son] homme » pendant 17 minutes. Elle invoque la mémoire du grand Martin Luther King : « Le Dr King a fait un rêve. Mais aujourd'hui nous avons autre chose à faire que de nous contenter de rêver. On peut élire ce rêve pour qu'il devienne réalité. » Elle engage son nom et sa personne : « C'est très, très personnel. Je suis ici pour mes convictions personnelles concernant Barack Obama. » Elle loue un homme politique qui « parle la langue de la vérité », capable « d'apaiser les divisions et de montrer une nouvelle direction ». Et elle tacle, sans la nommer, la principale concurrente d'Obama, Hillary Rodham Clinton : « L'expérience dans les couloirs du gouvernement est moins importante à mes yeux que celle qui jalonne le sentier de la vie. » En la matière, elle sait de quoi elle parle.

Oprah Winfrey est une pure incarnation du rêve américain. Partie de rien, elle est devenue l'une des femmes les plus influentes du pays. Née en 1954 à Kosciusco (Mississippi), élevée un temps dans le ghetto de Milwaukee (Wisconsin), elle a été violée à l'âge de 9 ans, s'est retrouvée enceinte à 14, a perdu son enfant… La situation se présentait donc plutôt mal pour la fillette aux lointaines origines kpelle (Liberia). Belle et studieuse, elle ne s'est pas laissé dévorer par la fatalité : à 17 ans, elle est élue « Miss Black Tennessee », à 19 ans, elle présente les informations locales à la télévision de Nashville. En 1984, après quelques années passées à coprésenter le journal de 18 heures à Baltimore, elle rejoint Chicago pour participer au talk-show « AM Chicago » sur WLS TV. Son succès est quasi immédiat, l'audience explose et l'émission, devenue nationale, est rebaptisée « The Oprah Winfrey Show ». Les célébrités s'y pressent, Oprah leur vole la vedette. Star de sa propre émission, elle s'y présente comme une citoyenne lambda, avec ses problèmes de poids, ses interrogations, ses difficultés. Plutôt bonne actrice - elle a joué dans La Couleur pourpre, de Steven Spielberg, et dans Beloved, tiré du roman de Toni Morrison -, Oprah Winfrey est aujourd'hui une entreprise à elle seule. Outre son émission, elle possède deux magazines à son nom (O, the Oprah Winfrey Magazine et O at home), une radio et un site, ?oprah.com, qui attire plus de 2 millions de visiteurs chaque mois. Millionnaire à 32 ans, sa fortune était évaluée à 2,5 milliards de dollars en septembre 2005. Elle est, depuis 1995, la seule Noire parmi les 400 Américains les plus riches…

L'argent, elle en donne aussi. Grande philanthrope, elle est ainsi à l'origine de la création de l'Oprah Winfrey Leadership Academy for Girls, une école qui a ouvert ses portes en Afrique du Sud, près de Johannesburg, en janvier 2007. Son engagement aux côtés d'Obama n'est pas récent. Il y a plus de trois ans, elle disait déjà de lui, après une interview : « C'est quelqu'un que le pays doit apprendre à connaître. » Son choix semble aussi sincère. En 2006, elle racontait : « J'ai fait une fois un show intitulé “La guerre est-elle la seule solution ?”. Durant toute ma carrière, je n'ai jamais reçu autant de mails du genre “retourne en Afrique”. J'ai été accusée d'être antiaméricaine pour avoir simplement posé la question. » Aujourd'hui, elle prend date en répondant par la négative. On connaît l'effet d'une critique d'Oprah en faveur d'un livre : cela le transforme instantanément en best-seller. Contribuera-t-elle à faire élire le premier président africain-américain des États-Unis ? Obama, lui, ne se fait pas d'illusions: « Je ne suis pas dupe. Il y a du monde qui est venu pour voir Oprah, je ne suis qu'un produit dérivé. »

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