14/11/2003 à 00h:00 Par Par Chedli Klibi
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Enfin, la gauche israélienne sort du coma - comme on l'a dit. Mais ce qui est plus significatif encore, c'est que, du côté palestinien, on retrouve aussi l'esprit d'initiative. La conjonction de ces deux réveils donne aujourd'hui ce que beaucoup appellent « le pacte de Genève ». C'est le résultat de négociations libres de toute pression venant d'un gouvernement ou d'un parti - c'est leur faiblesse et leur force, à la fois. Les négociations, restées longtemps dans l'ombre, ont été menées par d'anciens responsables israéliens et palestiniens, relativement jeunes et dont on peut espérer qu'ils représentent l'avenir. Ils ont omis un point essentiel, sans lequel leur plan de paix serait en porte-à-faux par rapport à l'environnement arabe d'Israël, à savoir le retrait complet du Golan.

On assure qu'ils se sont fait réciproquement des « concessions majeures » - aux yeux de chaque partie. Mais s'agit-il vraiment de « concessions » ? Du côté israélien, l'accord stipule la restitution d'une grande partie des territoires conquis par la force. En échange, les Palestiniens renonceraient au « droit au retour ».
Le mot « concessions », on le voit, est inapproprié. Les Israéliens, en rendant une partie de ce qu'ils ont pris par la guerre, ne feraient qu'obéir, quoique tardivement, au droit international. Ils ne « donneraient » rien, ils garderaient même quelque chose.
Les Palestiniens, en revanche, se désisteraient d'un droit que l'ONU leur reconnaît, sans ambages et sans conteste, même de la part des amis d'Israël. Il s'agit donc de quelque chose de plus important qu'une « concession », de plus grave même et qui toucherait à un droit à la fois légitime moralement et légal aux yeux de la communauté internationale. Aussi ce qui est demandé aux Palestiniens représente-t-il un choix crucial et réellement douloureux. Entre le renoncement et l'irrédentisme, certains proposent une attitude dialectique : laisser l'examen de la question aux générations à venir, en espérant l'avènement de temps meilleurs où la confiance réciproque pourrait inspirer aux deux parties le compromis raisonnable susceptible de sceller leur réconciliation.
Quoi qu'il en soit, seuls les Palestiniens pourraient se prononcer sur la conduite à tenir concernant cette question de « l'éternel retour », toujours revendiqué et toujours reporté aux calendes grecques.
Les personnalités palestiniennes qui ont pris part à l'élaboration du pacte de Genève sont connues pour leur fidélité au combat de leur peuple - un combat, disent-ils, qui doit déboucher sur des résultats tangibles et dans un avenir prévisible. En signant ce pacte, ils revendiquent seulement le droit de réfléchir, afin de frayer la voie à de tels résultats.
Leur objectif est de faire en sorte que l'avenir de ce peuple ne reste pas indéfiniment « plombé ». Leur comportement est digne de respect, il constitue aussi un signe de vitalité de bon aloi. Mais ils sont eux-mêmes conscients que la responsabilité du choix définitif les dépasse.

Ce n'est pas en tout cas leur moindre mérite - à eux et à leurs collègues israéliens - que d'avoir relancé, en Israël même, l'intérêt pour une feuille de route qu'on avait naguère déclarée morte et enterrée. Si d'aucuns la revendiquent aujourd'hui, c'est qu'ils savent qu'elle est désormais sans nerf et sans âme et qu'ils craignent que les idées des « traîtres » de Genève ne hâtent leur chute.
Si les Américains veulent que cette « feuille » - dont ils ont largement inspiré le contenu - tienne vraiment « la route », ils devront suppléer ses insuffisances par une synthèse avec les propositions de Genève. L'important est qu'ils évitent de faire retomber le processus dans la vacuité des accords d'Oslo - qui ne posaient aucun principe directeur, n'énonçaient pas de règle de travail et n'assignaient pas d'objectif clairement et explicitement accepté par les deux parties.
Quant aux Israéliens, trompés par des leaders ivres de puissance, ils doivent se remémorer certaines leçons de l'Histoire, laquelle enseigne, entre autres, que le rapport des forces est toujours éphémère et que la paix durable et solide est celle qu'on bâtit sur le consentement des coeurs et l'appui de la raison. Ils doivent aussi avoir toujours présent à l'esprit qu'un peuple enraciné dans sa terre ne renonce jamais à sa quête de dignité et n'abandonnera jamais la lutte pour un État souverain. Enfin le plus important, pour les Israéliens, est qu'ils se souviennent des paroles lumineuses de Pierre Mendès France - on vient de les rappeler il y a seulement quelques jours -, à savoir qu'ils doivent se persuader que les Palestiniens n'ont pas moins qu'eux droit à ce qu'ils ont obtenu. Tous ceux qui admirent ce grand homme regrettent aujourd'hui qu'il ait quitté ce monde avant d'avoir remporté cette ultime bataille.

Que dire encore aux Palestiniens et aux Israéliens, ensemble ? Aux uns et aux autres, il faut rappeler que le choix qui leur est laissé par l'Histoire, c'est entre des « concessions », certes majeures aux yeux de chaque partie, et un combat tragiquement sans fin. Quoi qu'il leur en coûte, il est inévitable qu'ils en arriveront, un jour, à se soumettre à la nécessité de s'entraider, pour remplacer la guerre par la paix - une paix qui sauvegarde la dignité du plus faible. Autant le faire sans perdre de temps, et sans augmenter le nombre des tués, des blessés et des handicapés à vie, la haine au coeur et la rage chevillée au corps.
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