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18/09/2007 à 10:52
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Cinq ans jour pour jour après le début de la crise qui secoue son pays et sept ans après son accession au pouvoir, le chef de l'État ivoirien revient sur le processus de paix et le rôle des différents acteurs : Soro, Bédié, Ouattara, Compaoré, la France…

Palais des hôtes de Yamoussoukro, début septembre. Le chef de l'État ivoirien Laurent Gbagbo y a élu ses quartiers pour quelques jours. Histoire de « se poser », loin des incessantes sollicitations dont il se dit l'objet à Abidjan. Un palais surnommé le « Giscardium », car construit à la demande d'Houphouët-Boigny pour loger l'ex-président français lors de ses visites. Dans l'immense pièce qui fait office de salle d'attente, les tableaux de maîtres et les tapisseries des Gobelins du « Vieux » ornent toujours les murs. Laurent Gbagbo nous reçoit vêtu d'une de ces tenues décontractées qu'il affectionne, chemise blanche à ses initiales, pantalon sombre. Visiblement, il a perdu quelques kilos. L'atmosphère est détendue, y compris dans les rangs, plus clairsemés qu'à l'accoutumée, des hommes de sa sécurité. « La guerre est finie », explique-t-il. Pour preuve, le Salon marocain qui nous abrite le temps de l'entretien servait, il y a quelques semaines à peine, de dortoir aux nombreux soldats chargés de sa protection.
Celui qui, opposant trente ans durant, a connu l'exil, les privations et la prison à plusieurs reprises fêtera, en octobre prochain, les sept ans de son installation dans le « fauteuil » et les palais d'Houphouët. Tout au long de cette période, il aura tout vécu : une élection « gâtée » en 2000, (« pas plus que d'autres en Afrique », précise-t-il), une tentative de coup d'État en septembre 2002, les pressions internationales censées le dépouiller de ses prérogatives, un long bras de fer avec la France de Jacques Chirac, une interminable série de médiations, de rencontres au sommet, de (dés)accords de paix… Tantôt acculé dans les cordes, comme à Marcoussis, qu'il qualifia un jour de « médicament amer », tantôt reprenant l'ascendant, comme depuis la signature de l'accord de Ouaga, le 4 mars dernier, le président ivoirien est aujourd'hui un homme pressé. Après avoir renoué avec Blaise Compaoré, qu'il a toujours accusé d'être derrière la rébellion dirigée par un Guillaume Soro devenu son Premier ministre, il veut désormais en découdre, par les urnes, avec ses adversaires Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Dès décembre prochain, nous confirme-t-il, comme si à ses yeux les questions du désarmement, de l'identification et de l'organisation matérielle du scrutin n'étaient que formalités.
Laurent Gbagbo n'envisage pas une seule seconde d'abandonner son fauteuil. Il veut un second - et dernier ? - mandat. Pour mener à bien ses grands projets, ses réformes et, peut-être aussi, ne pas laisser l'empreinte d'un homme qui fut au cœur de la plus grave crise qu'ait connue la Côte d'Ivoire depuis son indépendance.
Les Ivoiriens, eux, auront tôt ou tard à choisir. Mais dans les méandres de la politique ivoirienne, la chose ne sera pas aisée. Les « ennemis intimes » d'hier (Ouattara et Bédié d'un côté, Gbagbo et Soro de l'autre) sont aujourd'hui alliés. Et les amis d'hier (Ouattara et Soro) semblent s'éloigner…
Au cours de l'entretien qu'il nous a accordé, Laurent Gbagbo s'est montré, pour une fois diront ses détracteurs, diplomate. De Sarkozy, il dit attendre beaucoup, mais refuse de s'exprimer sur son « tonitruant » discours de Dakar du 26 juillet dernier. Ainsi, également, de ses rapports tendus avec certains de ses pairs africains. Il n'acceptera de parler d'aucun d'entre eux. Pas même d'Omar Bongo Ondimba, qu'il traita un jour de « rigolo ». Le chef de l'État ivoirien a, tour à tour, fait montre de conviction, d'indignation, de pugnacité, d'un sens certain de l'esquive et d'humour. Quant aux affaires qui ont visé la présidence ou son entourage - de la disparition de Guy-André Kieffer au bombardement du camp militaire français de Bouaké, en passant par les escadrons de la mort -, il n'a pas cherché à les éluder. Sa ligne de défense est claire : « Ce n'est pas parce qu'on m'accuse dans les journaux que je suis coupable. » Non sans oublier de désigner les commanditaires de ces accusations médiatiques : Alassane Ouattara, d'une part, et Jacques Chirac, de l'autre. Saura-t-on jamais la vérité, preuves à l'appui, sur ces affaires ?


Jeune Afrique : Le 19 septembre 2007, la Côte d'Ivoire aura connu cinq années de crise. L'accord de Ouagadougou, signé le 4 mars dernier, semble y avoir mis fin.? Où en est le processus de paix ?
Nous sommes dans une phase positive. L'accord de Ouagadougou, dont j'ai eu l'idée, a été fondamental. C'est NOTRE accord, entre belligérants ivoiriens, celui de personne d'autre. Il est débarrassé des tutelles extérieures et a écarté les partis politiques. De ce fait, il met de côté les faux problèmes posés par les uns et les autres. C'est pour cette raison qu'il marche.

Pourquoi ne pas avoir procédé ainsi plus tôt ?
Nous n'étions pas prêts. Les choses arrivent en leur temps. Nous avons pu nous mettre d'accord parce que chacun était demandeur.

Le 6 août, vous avez évoqué, dans un discours, l'échéance de décembre 2007 pour l'organisation de l'élection présidentielle. Les conditions de la tenue de ce scrutin vous semblent-elles vraiment réunies ?
Oui. Je l'ai dit en tant que président mais aussi en tant qu'Ivoirien. Il faut que cette élection ait lieu le plus tôt possible. La Constitution ne nous interdit plus d'organiser un scrutin sur notre territoire puisque ce dernier est désormais réunifié. Malgré les vociférations de certains, c'était jusqu'ici impossible. Aujourd'hui, il n'y a plus aucune raison de ne pas aller vite. D'autant que nous ne partons pas de zéro. Nous disposons ainsi des listes électorales de 2000 pour en établir de nouvelles, après avoir procédé au processus d'identification.

À ce propos, les audiences foraines devaient reprendre début septembre…
Le premier Conseil des ministres que nous avons tenu après les vacances a été consacré à cela justement. Il n'y a aucun problème, les audiences foraines vont reprendre avant la fin de ce mois.

Quelles garanties de transparence pouvez-vous donner à vos adversaires ?
Vous savez, j'ai été dans l'opposition beaucoup plus longtemps qu'eux. Les cris et les contestations font partie du jeu, surtout en Afrique. Le plus important, c'est que le président élu soit reconnu, que les perdants finissent par l'accepter, même s'ils mettent un peu de temps… Moi, je garantis la transparence des élections aux Ivoiriens. Quant à mes adversaires, je rappelle que, contrairement au passé, aucune candidature ne sera écartée. J'ai pris les dispositions depuis l'accord de Pretoria, en 2005, pour que tous ceux qui ont participé aux négociations de Marcoussis, en janvier 2003, puissent se présenter. Et Dieu sait que je n'aime pas Marcoussis ! Tout le reste, les listes électorales, la date des élections, les conditions d'organisation, relève des administrations techniques. Enfin, je tiens à préciser, puisque vous me posez la question sur les garanties, que la Commission électorale indépendante, chargée d'organiser cette élection, comprend plus de membres qui me sont opposés que de personnalités politiquement proches de moi.

Parmi les autres points de l'accord de Ouagadougou figure le processus de désarmement. Au-delà de l'aspect symbolique des cérémonies au cours desquelles des armes ont été brûlées, quelle évaluation peut-on en faire ?
Contrairement à ce que vous dites, c'est loin d'être symbolique. Prendre des armes à des combattants, ce n'est pas de l'ordre du symbole, c'est la réalité. Les fusils brûlés ne sont plus en circulation. Il y en a eu 1 500 à Bouaké, plus de 1 000 dans l'Ouest. Et il y aura encore beaucoup d'autres bûchers. N'occultons pas les faits. Le désarmement a bel et bien commencé. Mais il est vrai que pour beaucoup, y compris moi-même, nous n'allons pas assez vite.

La question de la réintégration des éléments des Forces nouvelles dans l'armée nationale traîne en longueur. Sans parler de celle de la conservation par les ex-rebelles des grades qu'ils ont acquis au cours de la crise. Vous avez toujours déclaré y être totalement opposé. Depuis que Guillaume Soro, leur chef, est devenu Premier ministre, est-ce toujours le cas ?
Je n'ai pas évolué sur cette question et ne le ferai pas. Je suis le chef des armées. Je dois donc veiller à l'uniformisation de l'évaluation des soldats. Ceux qui veulent intégrer l'armée ou la gendarmerie de Côte d'Ivoire doivent être soumis aux mêmes critères d'évaluation que tous les autres. Cela dit, tout le monde fait comme si c'était un grand problème. Ce n'est pas le cas, même s'il est sensible.

C'en est un pour Guillaume Soro…
Peut-être… Dès lors que nous touchons au statut des individus, cela devient compliqué. Nous avons donc décidé d'avancer sur tout ce qui peut l'être. Le reste, ce qui peut constituer d'éventuels points de blocages, nous verrons plus tard. Nous avons cependant soumis ce problème au facilitateur, le président Blaise Compaoré. Il nous a demandé du temps pour discuter avec les principaux concernés. Nous ferons ensuite le point. Mais il faut tout de même préciser que les gens dont nous parlons, ceux qui réclament la conservation de leurs grades, représentent une trentaine de personnes seulement.

Selon vous, qui sera votre principal adversaire lors de la présidentielle ?
Je ne sais pas. Et cela ne m'intéresse pas.

Puisque vous êtes dans une logique d'élection, vous devez bien vous préoccuper de la campagne, de vos adversaires…
Tout le monde en Côte d'Ivoire est dans cette logique ! Mais je suis d'abord le chef de l'État en fonctions. Mes priorités actuelles ne sont pas celles d'un candidat. Je veux d'abord mettre fin à la crise. Après, nous verrons…

Entretenez-vous des contacts avec Alassane Ouattara ?
Quand nous nous rencontrons, nous discutons. Mais cela fait un moment que nous ne nous sommes pas vus, ni avec Bédié d'ailleurs. Depuis la dernière réunion du Cadre permanent de concertation, le 12 juin, [CPC, présidé par Blaise Compaoré et qui réunit Gbagbo, Ouattara, Bédié et Soro, NDLR], pour tout vous dire.

Existe-t-il un deal secret entre vous et Guillaume Soro ?
Le seul deal entre Soro et moi, c'est l'accord de Ouagadougou.

Il n'a rien de secret…
Nous nous sommes mis d'accord sur un texte. Ce que l'on ne peut faire sans un minimum de confiance entre les parties. C'est cela qui effraie ceux qui parlent d'accord secret entre nous.
Certains disent que vous avez conclu un pacte : à vous le présent, les prochaines élections ; à lui le futur, donc les suivantes. Est-ce vrai ?
Mais oui, bien sûr. Il n'y a pas besoin de deal pour cela ! Guillaume Soro est plus jeune que mon fils aîné, qui me l'a présenté d'ailleurs. Vu notre différence d'âge, il a forcément l'avenir pour lui.

Un avenir de président ?
Je n'en sais rien, ce sera à lui de décider.

Où en est l'enquête sur l'attentat dont il a été victime le 29 juin à Bouaké ?
Elle suit son cours et il y aura un procès.

Avez-vous des présomptions sur l'identité des commanditaires ?
Ne me faites pas entrer dans le champ judiciaire. Vous savez, les juges sont très jaloux de leurs prérogatives.

Le facilitateur de l'accord de Ouagadougou, le président Blaise Compaoré, a été tour à tour l'un de vos principaux soutiens puis votre pire ennemi. Vous l'avez même accusé d'être l'instigateur de la tentative de coup d'État de septembre 2002. Où en sont vos rapports aujourd'hui ?
Certains hommes divorcent de leur épouse puis se remarient avec elle [rires]. Sérieusement, Blaise et moi étions très amis. Il m'a beaucoup aidé, y compris financièrement, lorsque j'étais dans l'opposition, entre 1989 et 1999. Dans la durée, il est celui qui m'a le plus soutenu. Le président Bongo Ondimba m'a beaucoup aidé également. Plus substantiellement, dirons-nous, mais sur une période plus courte…
Ce qui s'est passé en septembre 2002, évidemment, nous a brouillés. Mais aujourd'hui, nos relations se sont normalisées. Nos deux pays ne sont pas simplement des voisins. C'était le même pays à l'époque de la colonisation. Entre 1932 et 1947, Ouaga était la deuxième ville de Côte d'Ivoire. Nous avons vocation à nous entendre et à être des locomotives en Afrique de l'Ouest. Comme la France et l'Allemagne en Europe. Et que je sache, il y a eu plus que des brouilles entre eux…

Avez-vous des nouvelles de votre ancien Premier ministre Charles Konan Banny ?
Non, mais cela ne m'inquiète pas. Nous allons nous voir et nous parlerons.

Pourquoi votre tandem n'a-t-il pas fonctionné ?
Je préfère m'entretenir avec lui avant de vous en parler. Je dois cependant avouer que lorsque j'ai signé son décret de nomination, je craignais déjà que cela ne se passe de la manière que vous connaissez.

Au cours des cinq années de crise, vous avez eu affaire à de nombreux interlocuteurs, africains ou non. Lequel vous a le plus déçu ?
Jacques Chirac.

D'où vient cette inimitié entre vous ?
Mais je n'en sais rien ! Je n'avais rien contre lui au départ. C'est lui qui m'en voulait.

Comment avez-vous vécu son départ ? Comme une page qui se tourne ?
La page des relations entre la France et l'Afrique s'est déjà tournée avec ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire mais aussi, par exemple, avec la rupture des relations entre le Rwanda et la France, ce qui ne s'était jamais vu. Une autre ère s'ouvre aujourd'hui. Et nous autres Africains devons nous asseoir autour d'une table pour la préparer et réfléchir à de nouvelles relations.

Il y a aujourd'hui un nouveau locataire à l'Élysée. Le président Nicolas Sarkozy prône lui aussi cette rupture…
Si Sarkozy nous fait espérer, ce n'est pas par rapport à sa politique déclarée mais parce qu'il est le seul président de la Ve République à être né après la Seconde Guerre mondiale. C'est important car cela signifie qu'il n'a pas les mêmes références que ses prédécesseurs.

Êtes-vous en contact avec lui ?
Oui. J'ai discuté avec Claude Guéant [secrétaire général de l'Élysée, NDLR] puis directement avec le président Sarkozy, une fois, au téléphone. Cela s'est bien passé.

Qu'avez-vous pensé de sa première tournée africaine et plus particulièrement de son discours de Dakar, le 26 juillet ? Beaucoup d'Africains ont été choqués par ses propos…
Je n'aime pas commenter les faits et gestes ou les discours des autres chefs d'État. Il faut laisser le président Sarkozy s'installer et appliquer sa politique. Jugeons-le sur ses actes plutôt que sur ses paroles.

Quand la force française Licorne doit-elle partir ?
Cela fait partie des dossiers que je laisse en attente. Cela ne me tracasse pas puisque je sais qu'elle partira.

Êtes-vous pour ou contre le maintien de la base militaire française de Port-Bouët ?
Je préfère ne pas en parler pour le moment. J'ai mes idées, mais j'ai d'autres chats à fouetter. Nous devons tout remettre à plat avec la France, tout rediscuter. Nous nous retrouverons autour d'une table le moment venu.

Votre parti, le Front populaire ivoirien [FPI], est membre de l'Internationale socialiste. Comment jugez-vous l'évolution du PS français ?
J'ai reproché aux socialistes français leurs déclarations péremptoires sur mon parti, ma personne ou sur la crise qui secoue mon pays. Je ne commettrai pas la même erreur qu'eux.

Parmi vos pairs africains, beaucoup ont tenté des médiations en Côte d'Ivoire. Lequel vous a le plus marqué ?
C'est incontestablement Thabo Mbeki. Il est très méthodique et cultivé, ne se prononce jamais avant d'avoir étudié tous ses dossiers. Il prend le temps qu'il faut. C'est le seul, je dis bien le seul, à avoir séjourné plusieurs jours à Abidjan puis à Bouaké.
Enfin, il a été le premier à dire qu'il fallait que je m'entende directement avec Blaise Compaoré.

Et les autres ?
Je ne me prononcerai sur aucun d'entre eux…

Pas même Omar Bongo Ondimba, avec lequel vous avez eu des mots ?
Non.

Vous entretenez de bonnes relations avec des chefs d'État africains qui échappent à l'orbite française. Citons, entre autres, Dos Santos, Kagamé, Conté ou Kadhafi. Est-ce un hasard ?
Cela n'a rien à voir. Conté m'a assuré de son amitié, je la lui rends. De plus, la Guinée est un pays voisin et le seul frontalier en qui je pouvais avoir confiance.
Je partage avec Kagamé certaines idées, c'est un fait. Il m'a invité après une réunion du Conseil Paix et Sécurité de l'Union africaine pour mieux comprendre le dossier ivoirien. Il avait l'impression qu'on « nous tournait en bourrique ». Il faut dire qu'il a été excédé par l'attitude de l'ambassadeur de France à Kigali, qui, à la veille d'une réunion importante à Addis-Abeba, a appelé le ministre rwandais des Affaires étrangères pour lui dicter la ligne à adopter… Comme moi, il pense que le temps où l'on pouvait dire aux Africains « faites ceci, faites cela » est révolu.
Quant à Dos Santos, il m'a beaucoup aidé. Nos soldats n'avaient pas d'armes, il nous en a fourni.

Et Mouammar Kadhafi ?
Il fait également partie de ceux qui ont cherché à mieux comprendre notre crise. Lors d'une réunion de la Cen-Sad [Communauté des États sahélo-sahariens, NDLR] à Bamako, il m'a considérablement soutenu. Depuis, nous entretenons de bons rapports.

Vous intéressez-vous au cas Robert Mugabe ?
Depuis que j'ai pu constater le comportement de certaines personnes lors de la crise ivoirienne et depuis que la presse française m'a accusé de tous les maux, y compris d'avoir créé des escadrons de la mort, je suis très circonspect lorsque la presse occidentale attaque un de mes pairs.
Je constate cependant que Robert Mugabe est très populaire en Afrique. Et qu'il ne faudrait pas que l'Occident reproduise avec les Négro-Africains les mêmes erreurs qu'il a commises avec les musulmans. Nous n'avons pas besoin d'un monde où règnent les divisions et les antagonismes. Pour le reste, je ne connais pas suffisamment Mugabe ou son pays pour juger.

La justice française s'intéresse de très près aux chefs d'État africains. Après Ismaïl Omar Guelleh, Paul Kagamé ou Eduardo Dos Santos, c'est au tour d'Omar Bongo Ondimba et de Denis Sassou Nguesso, accusés d'avoir détourné de l'argent dans leurs pays respectifs pour acheter des biens en France. Qu'en pensez-vous ?
Cela me rappelle, encore une fois, ce qui se passe avec moi. On vient de sortir un prétendu témoin dans l'affaire Kieffer [du nom du journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan, NDLR]…

Avez-vous des biens à l'étranger ?
Aucun, et je n'en aurai jamais tant que je serai chef d'État. Ce n'est pas mon monde, je ne suis pas de cette école.

Un certain nombre d'affaires ont émaillé ces cinq années de crise, dont trois visent, plus ou moins directement, la présidence. Parmi celles-ci, la disparition du journaliste Guy-André Kieffer. Sa famille a été reçue par Nicolas Sarkozy le 23 août dernier. Certains témoignages accusent votre entourage et notamment le beau-frère de votre épouse, Michel Legré. Qu'en est-il ?
J'ai vu Guy-André Kieffer deux fois dans ma vie, à sa demande. La première fois, c'était après le coup d'État de 1999. La seconde, c'était après la mort, le 21 octobre 2003, du journaliste de RFI Jean Hélène. Je l'avais reçu pour répondre à ses questions. J'ai appris sa disparition comme tout le monde. Nous avons mené une enquête pour essayer de le retrouver, sans succès. La justice ivoirienne poursuit son travail, ainsi que la justice française.
Maintenant, on me dit que le beau-frère de mon épouse, Michel Legré, serait responsable de sa disparition. D'abord, il faut le prouver. Ensuite, même si c'était le cas, mes belles-soeurs sont libres d'épouser qui elles veulent, cela ne m'implique en rien. Je ne suis pas responsable des actes de Michel Legré. Ce qui me choque dans cette affaire, c'est que Michel Legré n'a même plus d'identité propre. C'est grotesque. Rachida Dati, par exemple, n'est pas responsable des actes de son frère [Jamal Dati, frère de la ministre française de la Justice, accusé de trafic de stupéfiants, NDLR] que je sache !

Berté Seydou, le témoin en question, se présente comme le chauffeur du commando dirigé par un certain Jean-Tony Oulaï, qui aurait enlevé Kieffer. Il affirme que le journaliste aurait été conduit à la présidence où il aurait passé deux jours, avant d'être exécuté. Que répondez-vous à cette accusation ?
Arrêtons ce cinéma de mauvais goût ! Jean-Tony Oulaï, je l'ai vu deux fois dans ma vie, dont l'une à la demande de sa sœur. Il avait été arrêté aux États-Unis après les attentats du 11 Septembre. La seconde fois, il se trouvait dans l'entourage de Mathias Doué, l'ex-chef d'état-major. Ni lui ni Legré n'ont jamais travaillé à la présidence de la République ! Et brusquement, ils enlèveraient un journaliste, en se disant que la meilleure manière de le faire disparaître ce serait de l'emmener à la présidence ? S'ils devaient le tuer, pourquoi l'emmener ici ? Soyons sérieux ! La famille de monsieur Kieffer connaît un drame. Aidons-la, mettons tout en œuvre pour le retrouver, mais cessons ce cinéma. Quant aux journaux qui relaient ces accusations graves, je me réserve le droit, une fois de plus, de les attaquer en justice. On ne peut pas écrire n'importe quoi.

Le bombardement du camp militaire français de Bouaké, le 6 novembre 2004, a coûté la vie à neuf soldats français et à un citoyen américain. Que s'est-il passé ce jour-là et qui a donné l'ordre de l'attaquer ?
Voilà une autre affaire qui me laisse un goût amer. L'armée française a tout fait pour cacher la vérité. Revenons sur les faits précis.
Quelques jours avant ce 6 novembre, j'avais averti l'ambassadeur de France de notre intention d'attaquer les infrastructures militaires de la rébellion, à Bouaké. Il est venu me voir avec le général Poncet, qui commandait l'opération Licorne. Tous deux m'ont fait part de leurs réserves. Je leur ai répondu que je ne leur demandais pas leur autorisation mais que je les informais. Ensuite, Chirac m'a appelé pour m'en dissuader. Le jeudi 4 novembre, j'ai lancé les opérations aériennes. Le lendemain, l'Onuci [l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire, NDLR] a rendu public un rapport faisant état de la justesse de nos frappes qui n'ont touché que des objectifs militaires. C'est à partir de là, je pense, que tout a basculé. Le 6 novembre au matin, nos fantassins étaient sur le point d'entrer dans les villes que nous avions ciblées. C'est alors que le chef d'état-major Mathias Doué m'a informé du fait que le camp français de Bouaké avait été bombardé et que des militaires avaient trouvé la mort. Je lui ai demandé un rapport écrit.
J'ai ensuite immédiatement suspendu de leurs fonctions le chef d'état-major et le commandant des forces aériennes et ordonné une enquête. Le jour même, sans attendre, les Français détruisaient au sol nos avions.
C'est alors que la partie de poker menteur a commencé. Le général Poncet a d'abord refusé que notre procureur se rende sur les lieux pour mener son enquête. Ensuite, j'apprends que les funérailles des soldats sont organisées à peine deux ou trois jours après les événements à Paris, aux Invalides. Nous n'avons même pas vu les corps devant lesquels nous souhaitions nous incliner. Enfin, les Français arrêtent les pilotes biélorusses, qu'ils estiment coupables. Pendant quatre jours, ils ne sont même pas interrogés puisque nous n'avons vu aucun procès-verbal. Ou alors on veut nous cacher des choses… Puis ils sont exfiltrés. Les autorités togolaises les ont retrouvés ?à Lomé en train d'attendre un avion et les ont arrêtés dix jours durant. Les Français n'en ont jamais voulu ! Tout ceci est louche : on veut ?nous faire passer pour ceux qui ?ont tué les militaires français mais on ne veut pas que la vérité éclate.
Ce sont tout de même des pilotes de l'armée ivoirienne. Vous avez bien vos propres informations ?
À partir du moment où je n'ai pas donné l'ordre d'attaquer, et puisque l'on nous empêche de mener notre enquête, comment voulez-vous que je le sache ? Qu'on me démontre que ce sont bien nos bombardements qui ont tué ces soldats. Si tel était le cas, qu'il s'agisse d'un acte délibéré ou bien d'une erreur, je suis prêt à assumer.

Dernière affaire, celle des escadrons de la mort. Encore une fois, on parle de l'entourage de la présidence et plus particulièrement de celui de votre épouse, Simone Ehivet Gbagbo. Qu'en pensez-vous ?
D'abord, j'ai intenté des procès contre les journaux français qui m'ont accusé et je les ai tous gagnés. Ensuite, ce terme d'escadron de la mort a été lancé par Alassane Ouattara. Une nouvelle fois, sans preuve. Ce n'est pas parce que mes adversaires m'accusent que je suis coupable.

Il y a tout de même bien eu des personnalités assassinées…
Entendons-nous bien : je ne nie pas qu'il y ait eu des victimes à Abidjan. Mais cela signifie-t-il pour autant que c'est moi qui les ai fait tuer ? Il ne s'agissait pas de personnalités politiques de premier plan. Ils ne gênaient personne, en tout cas pas moi. Quel intérêt aurais-je eu à les faire exécuter ?

Votre épouse a une réputation de « Dame de fer », pour ne pas dire plus. La considérez-vous ainsi ?
Franchement, je laisse cela à ceux qui l'écrivent. Cela ne nous regarde pas et cela ne nous touche pas.

Avez-vous lu son livre, Paroles d'honneur ?
Un peu. Disons que je le connais.

Vous l'a-t-elle soumis avant de le publier ?
Elle me l'a fait lire comme à beaucoup d'autres amis ou membres de la famille. Mais ce n'était pas pour le soumettre à ma censure.

Vous étiez catholique et vous vous êtes converti au protestantisme [Laurent Gbagbo est évangéliste, NDLR] en 1998. Pour quelle raison ?
Cela ne regarde que moi. C'est une question d'ordre privé et je n'ai pas pour habitude de m'étendre là-dessus.

Êtes-vous pratiquant ?
Oui. Et je prie souvent, avant les repas ainsi qu'au moment du coucher. Je suis très croyant tout en restant favorable à la laïcité de l'État.

Reconnaissez que c'est original pour un homme de gauche, ex-marxiste tendance Mao…
C'est vrai, mais j'en connais d'autres. Y compris certains qui se sont convertis à l'islam.

À vos yeux, la progression de l'islam en Afrique constitue-t-elle une menace ?
Pas du tout. Je ne crains pas les religions, seulement les extrémismes.

Quel regard portez-vous sur le débat autour de la colonisation française ?
C'est avant tout un débat franco-français…

Ce n'est pas l'avis d'Abdelaziz Bouteflika, qui réclame la repentance de la France…
L'histoire de la Côte d'Ivoire n'est pas celle de l'Algérie. Nous n'avons connu ni la même colonisation ni la même lutte pour l'indépendance. J'admire beaucoup le président Bouteflika. Ses exigences font partie de la continuité de la lutte pour l'indépendance de son pays, à laquelle il a grandement participé.
Pour revenir à votre question initiale, il faut reconnaître que la colonisation a été une défaite majeure pour les Africains. Aujourd'hui, nous devons remonter la pente. Mais nous ne devons pas attendre de ceux qui, hier, nous ont vendus comme esclaves ou colonisés qu'ils nous réhabilitent ou nous rendent notre dignité. C'est le point de vue de l'historien que je suis et c'est mon combat en tant qu'homme politique.

Le dernier sommet de l'Union africaine [UA], début juillet à Accra, a constitué un échec de plus pour l'intégration africaine. Croyez-vous aux États-Unis d'Afrique ?
Je pense, comme Thabo Mbeki, qu'il nous faut d'abord travailler au renforcement des unions régionales sur le continent : UEMOA, Cedeao, SADC, UMA, etc.
Nous passons notre temps à créer des institutions sans leur donner les moyens de leurs ambitions et ne cessons de réclamer aux pays occidentaux qu'ils financent nos projets. Il faut, une fois de plus, que nous nous prenions en main. Nous ne sommes même pas capables de mettre en place des opérations de maintien de la paix sur le continent, certains États ne paient pas leurs cotisations alors qu'ils ont l'argent. Nous quémandons l'aide des autres. Pourtant, l'Afrique a des moyens, du pétrole, des matières premières, des minerais. Alors, avant les États-Unis d'Afrique, commençons par le commencement.

Vous comprenez le ras-le-bol exprimé par le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré ?
Je ne souhaite pas personnaliser ce débat. Et j'aimerais bien que l'on sache ce que l'on veut faire de l'UA avant de se dire « vite, vite, il faut avancer, il faut passer aux États-Unis d'Afrique ! ». Que veut-on faire réellement ? Où veut-on aller ? À quoi doit servir cette institution ? Une fois ce préalable rempli, nous verrons. L'Europe ne s'est pas construite en cinq ans ni en dix. Il ne faut pas s'impatienter. Doucement, nous sommes pressés…

Certains de vos détracteurs critiquent votre projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro. Selon eux, la Côte d'Ivoire n'en a pas les moyens. Que leur répondez-vous ?
Avant tout, je ne crois pas qu'il y ait la famine en Côte d'Ivoire. Nous sommes un pays en guerre qui n'a jamais attendu une quelconque aide humanitaire. Nous sommes toujours debout, les grands agrégats de notre économie sont bons, nos fonctionnaires sont payés. Grâce à notre gestion, et malgré les vicissitudes, nous avons des moyens. Pas illimités, certes, mais ils existent.
Ensuite, cette décision répond au besoin de quitter Abidjan, saturé, qui est passé de 200 000 habitants dans les années 1960 à près de 6 millions aujourd'hui. Et je rappelle que c'est Houphouët et non moi qui a fait ce constat.

À l'époque, vous étiez contre…
Soyons précis : j'étais contre le fait de choisir son village comme nouvelle capitale, pas pour le principe même de changer de ville. S'il avait décidé de le faire à Bouaké, je n'aurais rien dit. Aujourd'hui, nous construisons l'avenir.

Selon vous, la Côte d'Ivoire est-elle définitivement sortie de la crise ?
Nous venons de loin. Nous avons évité le pire : une vraie guerre civile, comme au Liberia ou en Sierra Leone dans les années 1990. Nous sommes sur le point de nous en sortir, mais ce sont les élections qui le confirmeront.

L'exclusion des gens du Nord, l'ivoirité, l'ethnicisme et les clivages religieux sont souvent présentés comme les racines du mal ivoirien. Partagez-vous cette analyse ?
Tout ce qui s'est passé depuis la mort d'Houphouët [en décembre 1993, NDLR] n'est que le résultat d'une guerre entre ses héritiers. Tous les facteurs que vous citez ne sont que les conséquences et non les causes de cette guerre. Bédié et Ouattara se battent pour le pouvoir depuis 1993. Ce qui a mené au coup d'État de 1999. Mais, aujourd'hui, nous avons montré que ce n'est pas parce que l'on tente un coup d'État que l'on renverse un régime. C'est pourquoi je devais tenir, résister, ne pas m'enfuir. Il fallait faire la démonstration aux Ivoiriens que prendre les armes ne donne pas le pouvoir.

Si vous deviez reconnaître une qualité à vos principaux adversaires, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, quelle serait-elle ?
[Il réfléchit longuement]. J'aurais préféré éviter cette question mais je vais tout de même vous répondre. Alassane est brillant et travailleur, plus que Bédié qui, lui, par contre, est rusé et sait s'entourer. Il faut dire qu'il a été à bonne école…

Avez-vous changé au contact du pouvoir ?
J'ai évolué mais je conserve les mêmes idées.

Et jugez-vous différemment Houphouët ?
Je comprends plus facilement certains de ses choix ou de ses actes. Ce n'est pas pour autant que j'aurais fait comme lui.

Quel est votre principal regret ?
C'est de n'avoir pu mettre en œuvre mon projet d'assurance maladie universelle. Tout était prêt, y compris le bâtiment qui devait accueillir son siège. Mais la guerre est arrivée.

Avez-vous des hobbies ?
Comme tout le monde… Je citerai la lecture et la musique. J'adore également regarder des matchs de football et, surtout, de tennis féminin [rires].

Quel personnage historique vous a le plus marqué ?
Moïse.

Avez-vous un modèle dans la vie ?
J'admire tous ceux qui ont tracé une route, sans repère, sans recette, sans précédents pour les aider. Ainsi de George Washington, de Lénine, de Gandhi ou des pères de la nation, en général.

Que feriez-vous si vous n'étiez pas réélu ?
J'écrirais mes mémoires. Mais mon travail actuel me plaît…




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