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18/06/2003 à 00h:00
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Dans les années quatre-vingt-dix, l'Érythrée semblait un symbole de la renaissance de l'Afrique. Son économie était en plein essor, et Hillary Clinton y faisait, à l'occasion, escale... Hélas ! cette renaissance n'était qu'un trompe-l'oeil et l'Érythrée apparaît aujourd'hui pour ce qu'elle est : une dictature. On y emprisonne les chrétiens et les journalistes plus que dans n'importe quel autre pays, et les femmes, autrefois émancipées, sont fréquemment maltraitées, violées humiliées. Le secteur privé est quasi inexistant et les dispensateurs d'aide sont très froidement reçus. Le dirigeant qui a libéré son peuple, il y a dix ans, l'affame désormais.
De la même façon, une grande partie de l'Afrique s'effondre : la famine y menace 40 millions de personnes. L'ouest du continent est victime de guerres civiles à répétition et sa partie centrale est, depuis près de dix ans, le théâtre d'une véritable catastrophe. En RD Congo, 3,3 millions de personnes sont mortes à cause de la guerre. Soit la moitié des victimes de l'Holocauste. Nos enfants et petits-enfants seront un jour fondés à nous demander : « Qu'avez-vous fait pendant l'holocauste africain ? »
Certaines pays comme l'Ouganda, Maurice, le Ghana et le Mozambique décollent, prouvant ainsi que le développement n'est pas un rêve. Mais les échecs sont plus nombreux que les réussites. La mortalité infantile a crû au Kenya, au Malawi et en Zambie dans les années quatre-vingt-dix. La scolarisation a fortement baissé au Cameroun, au Lesotho, au Mozambique et en Tanzanie. Et le nombre des enfants sous-alimentés ne cesse d'augmenter. « Nous sommes en train de perdre la bataille contre la faim », avertit James Morris, du World Food Program. Il est donc temps de repenser l'Afrique.
L'Érythrée est un exemple symptomatique. Aujourd'hui encore, c'est un pays attrayant et accueillant. Le président Issayas Afewerki n'est pas un adepte du culte de la personnalité : nulle statue de lui sur la place centrale d'Asmara, mais une paire de sandales géantes, symbole du combat pour la libération. À partir de 1998, le chef de l'État a pourtant déclenché une guerre insensée contre son voisin éthiopien. Environ la moitié du budget de l'État est encore consacrée à l'armée. Le commerce avec l'Éthiopie est interrompu, la majorité de la population en âge de travailler est dans l'armée, et les familles manquent de bras pour cultiver la terre. Un million d'Érythréens sont menacés de mourir de faim.
Il n'y a pas de solutions simples aux problèmes de l'Afrique, mais il existe de bonnes idées :
- Les pays occidentaux pourraient garantir la sécurité des gouvernements qui s'engagent en faveur de la démocratie, ce qui permettrait d'attirer les investisseurs.
- Les libéraux et les conservateurs se querellent sur beaucoup de choses, mais ils sont d'accord pour une annulation générale de la dette. Or celle de l'Afrique atteint 217 milliards de dollars...
- Plutôt que d'augmenter l'aide, mieux vaudrait développer les échanges commerciaux. Au Sénégal ou en Éthiopie, par exemple, pourquoi ne pas construire de petites usines de textile afin de développer les exportations, comme au Bangladesh ?
- En Amérique et en Europe, il faut en finir avec les politiques de soutien à l'agriculture. Les subventions accordées aux agriculteurs occidentaux font perdre 50 milliards de dollars par an aux pays pauvres. La meilleure façon pour les États-Unis d'aider une démocratie en développement comme le Mali serait de renoncer à verser 2 milliards de dollars par an à leurs producteurs de coton, de sorte que les paysans maliens puissent produire pour le marché mondial.
Ces solutions peuvent-elles marcher ? Je n'en sais rien. Mais l'Afrique est brisée et il faudra beaucoup d'attention pour l'aider à se remettre. De ce point de vue, la décision de Bush de consacrer 15 milliards de dollars à la lutte contre le sida est une étape importante. Et c'est là un domaine où l'Amérique et l'Europe peuvent travailler de concert...
© The New York Times et J.A./l'intelligent 2003. Tous droits réservés.
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