15/09/2003 à 00h:00 Par Olivier Caslin
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Pas facile de développer le tourisme au Rwanda. Presque dix ans après le génocide, son image à l'étranger reste ternie par les massacres. Et les guerres menées au Congo voisin n'ont rien arrangé. Pourtant, les responsables politiques ont montré depuis quelques années leur volonté de promouvoir le secteur touristique, le plaçant même au rang des priorités économiques. L'idée peut sembler audacieuse pour qui n'a jamais visité le pays des Mille Collines. Pourtant, le potentiel existe. Reste maintenant à le valoriser.
Cette vocation touristique n'a pas été découverte sur le tard. Au début des années 1990, le secteur représentait déjà 20 % des recettes budgétaires de l'État, et le Rwanda reste le premier État de la région à avoir mis en place des réserves naturelles pour préserver la faune et la flore. Le parc national des Volcans, au nord-ouest du pays, a été inauguré en 1925, et celui de l'Akagera, situé le long de la frontière avec la Tanzanie, en 1934.
À la fin des années 1980, le Rwanda enregistrait ses meilleures fréquentations touristiques, avec un pic de 23 700 visiteurs en 1989. Ils n'étaient plus que 61 cinq ans plus tard. Entre-temps, les images de centaines de milliers de cadavres avaient été diffusées par les télévisions du monde entier. Si, depuis cette date, la courbe de fréquentation a repris sa progression, elle est encore loin d'atteindre des records. De 3 800 en 2000, le nombre de touristes est passé à près de 6 000 l'année suivante, avant d'atteindre 9 800 visiteurs en 2002, pour un peu plus de 1 million de dollars de recettes. « Le Rwanda a énormément souffert de son passé récent et nous avons dû beaucoup communiquer pour que les gens comprennent que le pays était accessible, avec une véritable offre touristique », se souvient Athanase Nyamacumu, cadre au sein de l'Office rwandais du tourisme et des parcs nationaux (ORTPN), organisme de promotion créé en 1999. Et la phase de communication est loin d'être terminée. La destination « Rwanda » a néanmoins la chance de pouvoir s'appuyer sur un vrai produit d'appel : ses parcs nationaux. Surtout le parc national des Volcans, connu pour abriter quelques centaines de gorilles de montagne.
L'essentiel des premières années post-génocide a d'abord consisté pour les pouvoirs publics à tenter de préserver cette ressource, fortement malmenée par une démographie galopante et le retour de millions de réfugiés avec leur bétail. Le parc de l'Akagera s'étendait sur 285 000 hectares en 1994 ; sa superficie s'est aujourd'hui réduite à 90 000. Idem pour le parc des Volcans, passé de 34 000 à 12 500 hectares. Cette hémorragie est maintenant stoppée, grâce à la législation environnementale adoptée à la fin des années 1990. Mais le potentiel existant demeure limité. Rendre visite aux gorilles coûte la bagatelle de 250 dollars par personne et reste interdit aux enfants de moins de 13 ans. Pas facile dans ces conditions d'attirer les familles en mal d'exotisme. Surtout que le pays doit faire face, dans certaines régions, à un manque cruel d'infrastructures routières ou hôtelières. Selon les professionnels présents, le Rwanda ne devrait disposer à la fin de cette année que d'une petite dizaine d'établissements conformes aux standards internationaux, dont trois à Kigali. Sans parler des carences en matière de liaisons aériennes avec les pays émetteurs d'Europe ou d'Amérique du Nord. Comment, dès lors, ambitionner un développement du secteur suffisant pour assurer une réelle diversification économique ? « Nous n'avons pas les moyens de nous lancer dans le tourisme de masse. De toute façon, nous cherchons davantage à nous appuyer sur la rareté de nos produits pour attirer une clientèle exigeante, mais prête à dépenser pour la réussite de son séjour », explique Louis Gatebuke, directeur du tourisme au ministère du Commerce et de l'Industrie. Cette stratégie a été adoptée dans les années 1980 par les autorités mauriciennes, qui ont fait de leur île une destination phare pour les visiteurs haut de gamme. Et un exemple à suivre pour le Rwanda qui a signé un protocole avec Maurice en 2001 afin de bénéficier de son expertise.
Conscient de ses limites, Kigali a également sollicité l'aide de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) et du Programme des nations unies pour le développement (PNUD) pour définir un plan de relance du secteur, rendu public en 2002. L'objectif est d'atteindre 70 000 visiteurs en 2010 pour un revenu attendu de 100 millions de dollars. Les grands axes sont connus et concernent l'aménagement touristique et durable du territoire rwandais, le développement de nouveaux produits culturels ou historiques, la mise en place d'une réglementation du secteur (attendue pour la fin 2003), une politique d'investissements en matière d'infrastructures et de formation des personnels ou encore la réalisation d'une stratégie de communication et de promotion en direction des pays du Nord. Le Rwanda a déjà programmé sa participation au World Travel Market, en novembre prochain, à Londres. Avec la présence éventuelle du président Paul Kagamé.
Reste que le pays vient de rater une belle occasion de montrer son attachement au tourisme. Début août, l'OMT a organisé à Kigali un séminaire international sur l'écotourisme et les parcs africains, en présence du secrétaire général de l'organisation, le Français Francesco Frangialli. Mais la réunion s'est tenue sans représentant officiel du gouvernement. Hôtes d'honneur de la manifestation, le secrétaire d'État au Tourisme et le ministre du Commerce, ont, semble-t-il, privilégié la campagne électorale. Chacun ses priorités.
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