14/01/2008 à 11h:31 Par Marianne Meunier
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Moins d'un an après l'arrivée de Maroc Télécom dans son capital, l'ex-opérateur historique gabonais est secoué par des crises à répétition.

C'est bien plus qu'une banale histoire de privatisation. Dans la crise qui secoue Gabon Télécom depuis la cession de 51 % de son capital, le 9 février 2007, à Maroc Télécom, l'arbitre se nomme Omar Bongo Ondimba. Un indice de l'extrême sensibilité de cette saga maroco-gabonaise, mélange d'argent et de politique assaisonné de résistance au changement. Le dernier épisode remonte au 17 décembre : l'incarcération, à la maison d'arrêt de Libreville, d'Hervé Fulgence Ossami, directeur général de Gabon Télécom jusqu'à sa privatisation. Gendre du chef de l'État, il aurait participé à des détournements de fonds dans l'exercice de ses fonctions. Avant, il y avait eu, en décembre, une grève de trois semaines pendant laquelle plus de la moitié des 1 300 employés n'ont pas travaillé. Et des campagnes de presse dirigées contre le nouvel actionnaire, des interpellations dans l'Hémicycle, en juin, du ministre des Finances par l'opposition comme la majorité le sommant de justifier le « bradage » du « fleuron » de l'économie gabonaise, des actions en justice menées par des groupes de salariés et des députés pour faire annuler la vente… Près d'un an après la privatisation, Maroc Télécom n'a toujours pas réussi à faire prendre la greffe.
C'est sur la base de comptes non certifiés que le groupe chérifien décide, en février, de prendre le contrôle de Gabon Télécom, leader sur le marché de la téléphonie fixe, et de sa filiale à 100 %, l'opérateur mobile Libertis, numéro deux derrière Celtel. Prônée par les institutions de Bretton-Woods depuis le milieu des années 1990, la cession à un acteur privé doit notamment permettre de réhabiliter l'outil, par trop vétuste. Des documents chiffrés sont toutefois produits au futur actionnaire, censés lui donner une idée de la situation. Mais une fois la vente signée, le nouveau propriétaire découvre une réalité bien différente. Les dettes fournisseurs s'élèvent à 221 milliards de F CFA (336 millions d'euros) au lieu des 142 milliards annoncés. Au lieu de représenter, comme prévu, 20 % du chiffre d'affaires 2007, la masse salariale - 14 milliards de F CFA pour les 1 100 employés du seul Gabon Télécom (hors Libertis) - en représente la moitié, les ventes de l'année écoulée étant nettement moins bonnes que prévu (à titre de comparaison, la masse salariale représente 9 % du chiffre d'affaires de Maroc Télécom).

Dégraisser les effectifs de 50 %
Il est vrai que depuis le groupe marocain est aux commandes, le chiffre d'affaires de l'opérateur gabonais a chuté à 39 milliards de F CFA en 2007, au lieu de 48 milliards un an auparavant. Quelques autres fantaisies de gestion sont apparues au grand jour : des Peugeot 607 ont été achetées par l'entreprise, mais elles sont au nom des directeurs de département, qui en ont l'usage. Idem pour des Peugeot 307, réservées aux assistantes. Des contrats léonins lient Gabon Télécom aux prestataires : l'un, avec une société de gardiennage, irrévocable pendant dix ans, moyennant 140 millions de F CFA par mois. D'autres, avec des fournisseurs, ne sont tout simplement pas honorés alors que Gabon Télécom paie des factures tous les mois.
« Au lieu de travailler sa stratégie, le nouvel actionnaire est obligé de remettre de l'ordre », confie une source marocaine. Depuis son arrivée, Maroc Télécom fait le ménage. Les contrats ont été renégociés - 38 millions de F CFA par mois désormais avec ladite société de gardiennage -, les réseaux commerciaux de Gabon Télécom et de sa filiale mobile Libertis ont été mutualisés. Mais la masse salariale continue de peser : « Il faudrait réduire le nombre d'employés de moitié », estime la même source. La tâche ne sera pas aisée : c'est l'annonce d'un plan de départs volontaires qui a déclenché la grève, début décembre dernier. « Les conditions de départ n'étaient pas assez dignes », explique Jonas Lingombé, secrétaire général de Sypropostel, le principal syndicat. Un prétexte aux yeux de la partie marocaine, assurée que les grévistes sont manipulés par une frange de la classe politique. « Nos revendications sont essentiellement sociales, poursuit Jonas Lingombé. Quelques années avant la privatisation, une mutuelle avait été mise en place, explique-t-il. Nous souhaitons qu'elle fonctionne de nouveau. » Des doléances qui paraissent bien minces en regard de la sévérité du conflit : près de trois semaines de grève et, selon la partie marocaine, des actes de sabotage dans certains centraux téléphoniques. Impossible d'invoquer une colonisation par le nouveau propriétaire : Maroc Télécom n'a « exporté » au Gabon que 15 cadres, dont le nouveau directeur général, Mostapha Laarabi. « C'est un dirigeant sérieux », reconnaît même Jonas Lingombé, accréditant malgré lui la thèse de la manipulation politique. Au Palais du bord de mer, la présidence, qui s'était saisie du dossier, tente de mettre d'accord les deux parties.
Depuis la privatisation, Gabon Télécom a toutefois baissé ses tarifs de 60 % en moyenne, et Libertis proposé de nouvelles offres commerciales. La couverture GSM a été étendue, le nombre de stations de base étant passé de 73 à 113. Le portefeuille d'abonnés au mobile a progressé de 60 %, à 380 000. Mais un « détail » n'est toujours pas réglé : lors de la cession, l'acquéreur et le vendeur sont convenus d'un prix indicatif de 61 millions d'euros. À l'heure actuelle, Maroc Télécom a versé un acompte de 26 millions d'euros. Le montant du solde doit être défini en vertu d'un mécanisme d'ajustement, censé tenir compte de la situation réelle de l'entreprise. Quand ? Nul ne le sait. « Nous découvrons toujours de nouveaux problèmes », explique une source chérifienne. En attendant, ni les Gabonais ni les Marocains ne savent dire s'ils ont fait une bonne affaire.
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