15/11/2005 à 00h:00 Par Hamid Barrada
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Le 11 novembre 2004, le président de l'Autorité palestinienne décédait près de Paris. Jean Lacouture évalue l'importance de son rôle historique. Et Amnon Kapeliouk s'interroge sur les causes de sa mort.

L'itinéraire de Yasser Arafat, disparu le 11 novembre 2004, est jalonné d'erreurs, de ratages et de mauvais choix, mais on ne peut lui dénier une qualité cardinale : il aura été, selon le mot d'Hubert Védrine, l'« inventeur du peuple palestinien ». Les Palestiniens vivent en Palestine depuis la nuit des temps, mais c'est seulement depuis peu qu'ils se sont affirmés en tant que peuple autonome, susceptible de se donner un État indépendant et souverain. Cette affirmation nationale s'est constituée contre l'État d'Israël, bien sûr, mais aussi contre les « frères » arabes, qu'ils soient jordaniens, égyptiens, syriens, irakiens ou autres. Tout l'art d'Abou Ammar aura été, à coups de manoeuvres et de gesticulations, de résister à la toute-puissance de l'adversaire comme aux tentatives de récupération de ses alliés. Avec sa pénétration habituelle, Jean Lacouture a bien saisi la complexité d'Arafat, à la fois tacticien funambulesque, presque dérisoire, et stratège inflexible.
Dans les jours qui ont suivi sa mort, l'hypothèse d'un empoisonnement criminel a été évoquée. Les soupçons se portent de manière récurrente sur les services israéliens. Notre excellent confrère Amnon Kapeliouk fait le point avec minutie et rigueur. Un projet d'assassinat a bel et bien existé du temps d'Ehoud Barak, qui souhaitait seulement qu'il ne laissât pas de trace. Est-on passé à l'acte ? On ne le saura sans doute jamais. Une chose est sûre : Israël avait décidé - et réussi - l'assassinat politique d'Arafat. En le déclarant, avec la bénédiction des États-Unis, irrelevant (« hors jeu ») et en espérant avoir affaire après lui à un partenaire plus accommodant. De tels calculs risquent de buter sur une réalité têtue : le peuple palestinien, qui montre chaque jour qu'il est prêt à mourir pour vivre.
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