Extension Factory Builder
10/08/2007 à 11:53
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

En dépit de graves défaillances dans l'organisation des législatives, la majorité au pouvoir l'emporte largement. À moins d'un sursaut de l'opposition, le prochain scrutin présidentiel aura des allures de plébiscite.

Commencées le 24 juin, les élections législatives congolaises se sont achevées le 5 août, six semaines plus tard. Des prolongations rendues nécessaires par les conditions d'organisation calamiteuses du premier tour. Listes électorales incomplètes, cartes d'électeur fantaisistes ou manquantes, mise à disposition tardive du matériel électoral dans les bureaux en ont été les principaux dysfonctionnements. Ils se sont reproduits - dans une moindre mesure - lors du second tour. Comme prévu, le Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir) se taille la part du lion, ne laissant que quelques miettes à la seule formation qui ne fait pas partie de la majorité présidentielle, l'Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads), de l'ex-président Pascal Lissouba. Quoique écrasante, cette victoire laisse sans doute un goût d'inachevé à bien des dirigeants du PCT. Un cadre de cette formation a même craint le pire : « Ces législatives auraient pu nous coûter cher. Si nous avions une opposition forte, elle aurait exigé de la communauté internationale l'annulation du scrutin et la tenue de nouvelles élections. Nous les aurions peut-être perdues avec, comme conséquence immédiate, une cohabitation ! » Et de se demander pourquoi le gouvernement n'a pas voulu écouter l'opposition, qui réclamait un report du scrutin. « Cela aurait évité de nous couvrir de ridicule. »
Trois raisons expliquent le chaos qui a caractérisé l'organisation de ces législatives. D'abord, la collaboration entre le ministère de l'Administration du territoire et la Commission d'organisation nationale des élections (Conel), qualifiée de « centralisme démocratique » par un analyste congolais, qui précise : « Le ministre décide, ses collaborateurs exécutent. » Ensuite, l'obstination du gouvernement à ne pas revoir le fichier électoral, tout en sachant que la guerre civile avait contraint beaucoup de personnes à changer de lieu de résidence. Enfin, le manque d'un vrai dialogue avec l'opposition, ne serait-ce que pour rendre crédibles les résultats des urnes. À tout cela s'ajoutent bien d'autres interrogations : la pagaille découle-t-elle de l'incompétence des organisateurs ou d'une volonté délibérée de fausser les règles du jeu ? Le fort taux d'abstention - près de 60 % dans l'ensemble et jusqu'à 80 % dans certaines circonscriptions - est-il à mettre au crédit du mot d'ordre de boycottage lancé par une partie de l'opposition ? Ou plutôt à la lassitude des électeurs, à leur désintérêt pour la politique et à la désorganisation du premier tour ? Il est vrai qu'avant même le scrutin tout semblait être joué d'avance.

Face à une opposition aux abois, le PCT et ses alliés ont aujourd'hui la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée nationale, avec plus de 90 % des 137 sièges. Mais ce triomphe n'est pas, loin s'en faut, synonyme de fin de crise au sein du parti au pouvoir. Malgré le « Congrès de l'unité » organisé à Brazzaville fin décembre 2006, refondateurs et conservateurs campent sur leurs positions et se livrent une guerre larvée dont l'issue demeure incertaine. « Notre victoire, c'est comme l'arbre qui cache la forêt, confie un militant. Les deux tendances du PCT n'ont qu'un seul dénominateur commun : leur allégeance à Denis Sassou Nguesso. Pris en otage par le bloc des rénovateurs, le parti finira par disparaître. » Aux législatives, l'on a vu des candidats désignés par le parti affronter des camarades déterminés, par défi, à se présenter en indépendants. Ces derniers ont souvent eu le dernier mot. Dans la Likouala (Nord), Charles Zacharie Bowao, ministre à la présidence chargé de la Coopération, de l'Action humanitaire et de la Solidarité, considéré comme le porte-étendard de la refondation, a été battu au premier tour par Alain Moka, ancien ministre de la Santé et de la Population, classé dans le clan des conservateurs. Un argument pour ceux qui estiment que la refondation n'est pas appréciée par la base et accusent ses initiateurs de vouloir la mort du parti.

Autre difficulté à venir pour le PCT : satisfaire aux exigences de toutes les petites formations regroupées au sein des Forces démocratiques nouvelles (FDN), la majorité présidentielle. Bien que certaines composantes des FDN soient animées par des proches du chef de l'État, ce problème des alliances demeure déterminant. Dans la précédente législature, des alliés se sont plaints d'avoir été floués. L'un d'eux, et non des moindres, Mathias Ndzon, leader de l'Union patriotique pour le renouveau national (UPRN), a fini par claquer la porte. La position du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) de Bernard Kolélas est également une question épineuse. Tous les observateurs ont noté que le MCDDI a dû affronter, particulièrement dans le Pool (Sud), des indépendants proches du PCT, voire des alliés de ce parti. Est-ce parce que Kolélas, bien qu'étant encore populaire dans la région, n'en est plus le leader incontesté (d'autres personnalités comme Isidore Mvouba, Adélaïde Moundele-Ngollo, Jean-Paul Matima ou encore le pasteur Ntumi sont en train de s'affirmer) ? Ses partisans, qui l'ont toujours connu opposant, sont en outre déboussolés par son nouveau discours de « coopération » avec le pouvoir. Certains n'hésitent pas à l'accuser d'avoir favorisé l'ascension de sa famille à ces élections : deux de ses fils, Guy-Parfait et Euloge- Landry, ont été élus, respectivement à Kinkala et à Brazzaville, tandis que sa fille Théodorine est sa propre suppléante, à Goma Tsé-Tsé. Tout cela explique sans doute que l'ancien Premier ministre de Lissouba, qui s'attendait à avoir une vingtaine d'élus, en a, au final, moins de dix.
L'opposition, quant à elle, est à la dérive. En dehors de l'Upads, qui, malgré ses graves dissensions internes et ses multiples courants, a réussi à se maintenir dans la nouvelle Assemblée, tous les autres partis ne savent plus à quel saint se vouer. Perpétuellement divisée, sans moyens financiers pour bousculer le PCT, sans statut officiel, l'opposition congolaise semble prêcher dans le désert. Ni son appel au boycottage des législatives, ni la faible participation n'ont changé la donne. Ceux qui parlent le plus - à l'intérieur ou à l'extérieur du pays - n'ont souvent pas d'assise populaire. À cela s'ajoute le manque criant d'un véritable leader. La mort, en juillet, d'André Milongo, président de l'Union pour la démocratie et la République (UDR-Mwinda), qui aurait pu jouer ce rôle, est apparue comme un nouveau coup dur. Les candidats UDR ont d'ailleurs été sévèrement battus lors de ce dernier scrutin.
Tout compte fait, la nouvelle Assemblée nationale sera monocolore, à une écrasante majorité masculine malgré la loi sur la parité et avec très peu de nouvelles têtes. Au-delà des législatives, se profile déjà l'élection présidentielle de 2009, à laquelle Denis Sassou Nguesso sera vraisemblablement candidat. Et tout semble d'ores et déjà indiquer qu'il se dirige vers un plébiscite, dans la mesure où l'opposition ne semble guère en mesure de présenter un adversaire de « poids ». Reste à savoir si le président tirera les leçons de la mauvaise organisation des législatives en faisant tomber quelques têtes. Mais les observateurs ne s'attendent pas à un grand chambardement : « Il y aura sans doute un léger remaniement du gouvernement, avec l'entrée de quelques alliés. Il est difficile, au Congo, de renouveler de fond en comble la classe politique : il n'y a pas grand monde », commente un membre du PCT. « Et Sassou n'agit jamais dans le sens des rumeurs », avertit un journaliste brazzavillois.
Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Algérie : nouveau record

Article pr�c�dent :
Après Zizou, Boutef ?

AUTRES

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une[...]

Ouganda - Attentats de Kampala : la procureure chargée du procès assassinée

Le procès des auteurs présumés de l’attentat de Kampala en 2010 vient de prendre un serieux coup avec le meurtre lundi soir du magistrat en charge de l’affaire. Le crime aurait été co[...]

Yémen : le jihad des Saoud

D'un côté, une rébellion houthiste, soutenue par l'Iran. De l'autre, Tempête décisive, une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite. Au milieu de ce champ de bataille entre [...]

Mali : le Mujao revendique le meurtre d'un employé du CICR près de Gao

Le Mujao a revendiqué lundi l'attaque dans le Nord-Mali d'un convoi du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dans laquelle un chauffeur a été tué.[...]

Présidentielle nigériane : Buhari en tête dans le Nord, suspense avant la proclamation des résultats

Les résultats complets, et toujours provisoires, ne seront annoncés, au mieux, que dans le courant de la journée. Mais d'ores et déjà, les premières annonces font état d'une avanc[...]

Financement présumé de Sarkozy par Kadhafi : ATT entendu comme témoin à Dakar

L'ancien président du Mali, Amadou Toumani Touré, a été entendu en qualité de témoin le 24 mars à Dakar par la Division des investigations criminelles (DIC) dans le cadre de l'affa[...]

Au Liberia, le déclin d'Ebola pourrait n'être que provisoire

Si l'épidémie d'Ebola a considérablement reculé au Liberia, la vigilance reste de mise, après la mort d'une malade samedi.[...]

Terrorisme : le sommet contre Boko Haram se tiendra à Malabo le 8 avril

Près d’un mois et demi après avoir été évoqué une première fois, le sommet extraordinaire sur la stratégie de lutte contre Boko Haram réunissant les chefs d&r[...]

Littérature : "Un racisme en Noir(e) et Blanc(he)"

Beaucoup d'ouvrages évoquant la question du racisme entre le Noir et le Blanc butent souvent sur le principal écueil lié à cette question : une perception manichéenne qui "noircit&[...]

"The Daily Show" : l'humoriste sud-africain Trevor Noah succèdera à Jon Stewart

La chaîne câblée américaine Comedy Central a dévoilé le nom de celui qui succédera à Jon Stewart à la tête du "Daily Show" : il s'agit de l'humoriste sud[...]

Le Brésil, une démocratie malade

Ce sont les évêques brésiliens qui ont le mieux pris la mesure du péril qui menace leur pays. Dans un communiqué du 10 mars, cinq jours avant les manifestations géantes contre [...]

Oncle Jacques (Foccart) et Tonton Lee (Kuan Yew)

Beaucoup d'encre, de temps de parole, de grésillements d'antenne et un colloque de deux jours pour assez peu de chose finalement que cette très médiatique publication de l'inventaire du fonds Foccart p[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/LIN13087unbouruopdr0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/LIN13087unbouruopdr0 from 172.16.0.100