15/07/2008 à 12h:11 Par Vincent Fournier
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Alors que la libération d'Ingrid Bétancourt vient de révéler combien les Farc sont affaiblies, le leader bolivarien tente d'accélérer un rapprochement avec le président colombien.

En froid depuis toujours, mais plus encore depuis que le président colombien a mis fin, en novembre dernier, à la médiation avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) qu'il avait confiée à son homologue vénézuélien en vue d'obtenir la libération des otages détenus par la guérilla, Álvaro Uribe et Hugo Chávez devaient reprendre contact le 11 juillet, lors d'une visite du premier à Caracas. Si les deux dirigeants expliquent ce rapprochement par la nécessité de renouer le dialogue sur les questions de sécurité frontalière et d'énergie, tout porte à croire aussi que la prise de distance de Chávez vis-à-vis des Farc y a largement contribué.
Début juin, lors de la 312e édition de son émission dominicale Aló Presidente, le leader bolivarien s'était en effet adressé à Alfonso Cano, le successeur de Manuel Marulanda à la tête de la guérilla, en ces termes : « C'en est assez de toute cette guerre, il est l'heure de s'asseoir pour parler de paix. Telle est notre volonté à nous, Vénézuéliens. […] C'est mon message pour toi, Cano : va, laisse tous ces gens partir. Il y a des vieux, des femmes, des malades. Je crois que cela suffit ! La guérilla, c'est de l'histoire ancienne. Aujourd'hui, un mouvement de ce type n'a plus de sens en Amérique latine. Et vous, les Farc, devez savoir que votre combat sert d'excuse à l'empire [américain] pour nous menacer tous… »
Quelques semaines plus tard, le 7 juillet, Chávez va encore plus loin : il annonce à Patrick Duddy, l'ambassadeur américain à Caracas, que son gouvernement souhaite reprendre au plus vite sa coopération avec Washington en matière de lutte contre le trafic de drogue dans la région… alors qu'il l'avait lui-même interrompue en 2006.
En clair, le chef de l'État vénézuélien demande non seulement à la guérilla de se saborder en tant que mouvement armé, mais tente aussi se dédouaner de toute compromission avec elle auprès des Occidentaux. Un tel virage est d'autant plus étonnant que, le 11 janvier, Hugo Chávez déclarait encore à la tribune de l'Assemblée nationale vénézuélienne que les Farc ainsi que l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste) étaient « des forces insurgées ayant un projet politique bolivarien respecté au Venezuela » et que la communauté internationale devait les supprimer de sa liste des organisations terroristes…
Plusieurs explications sont possibles à cette volte-face. Pour Jacques Thomet, ancien directeur de l'Agence France-Presse (AFP) à Bogotá et observateur attentif de la réalité colombienne, « si le président vénézuélien a opéré cette étonnante mutation, c'est parce que les 1 700 fichiers saisis dans l'ordinateur de Raúl Reyes, l'ancien numéro deux de la guérilla éliminé le 1er mars, prouvent sa complicité active avec les Farc, via des aides en argent et en armes. […] En cherchant à leur tordre le bras pour qu'elles se rendent, […] Chávez veut montrer au monde qu'il a cessé de les appuyer, au cas où ses chefs seraient traduits un jour devant le Tribunal pénal international. »

Éviter une bérézina électorale
Tout porte à croire en outre que Chávez cherche à préparer plus sereinement les importantes élections régionales et municipales qui se profilent au Venezuela au mois de novembre. Selon plusieurs experts, en effet, sa première défaite électorale, lors du référendum constitutionnel de décembre dernier, serait liée, en partie au moins, à son soutien affiché à la guérilla, largement incompris dans son pays. En agissant ainsi, il voudrait donc éviter une nouvelle bérézina, ayant par ailleurs remarqué que son voisin Álvaro Uribe, seul président de droite dans une Amérique du Sud dirigée par des leaders de gauche, continue de bénéficier d'une cote de popularité au beau fixe grâce au rejet populaire de la violence des Farc, qu'il a toujours promis de combattre…

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