Extension Factory Builder
15/03/2005 à 00:00
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Ancien ministre tunisien de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères, et ancien président de la Chambre des députés.

Ce Tunisois issu d'une famille d'agriculteurs a été, successivement, sous Habib Bourguiba, directeur de l'Administration régionale, directeur général de la Sûreté nationale, ministre de l'Intérieur, ministre délégué auprès du Premier ministre, ministre de la Défense, ambassadeur à Paris, ministre des Affaires étrangères et, enfin, ambassadeur à Bonn. Sous Zine el-Abidine Ben Ali, il a présidé, pendant un an, la Chambre des députés (1990-1991). « J'ai toujours été un homme libre et indépendant », affirme-t-il. Après vingt-cinq ans passés au coeur du pouvoir ? Réponse : « Les responsabilités politiques que j'ai assumées étaient des parenthèses plus ou moins longues dans ma carrière d'avocat. » Quel bilan en fait-il ? « À la fin de mon dernier mandat de député, en 1994, j'ai eu le sentiment de ne pas avoir pu changer grand-chose au système politique. Mais j'ai quitté la scène politique sans regret. Et sans nostalgie. J'assume totalement tout ce que j'ai fait », assure-t-il.
Béji Caïd Essebsi me reçoit dans son cabinet de la rue Alain-Savary, à Tunis, qu'il partage avec son frère cadet, Slaheddine Caïd Essebsi, célèbre avocat d'affaires. À presque 80 ans, ce petit homme alerte, au verbe fort et au regard (vert) pétillant, me montre du doigt sa robe noire accrochée derrière son bureau : « En réalité, je n'ai jamais cessé d'exercer mon métier d'avocat. »
Père de deux garçons et de deux filles, qui sont respectivement commerçant, agriculteur, architecte et gérante de société, l'ancien chef de la diplomatie tunisienne continue de plaider, de temps à autre, devant la cour d'appel de Tunis. Mais seules les affaires d'arbitrage l'intéressent désormais.

Né le 29 novembre 1926 à Tunis, Caïd Essebsi est diplômé de la faculté de droit de Paris. Inscrit au barreau de Tunis en 1952, il commence sa carrière en plaidant dans des procès de militants du Néo-Destour, le parti nationaliste. Au lendemain de l'indépendance, en 1956, il rejoint le gouvernement comme conseiller de Bourguiba, devenu Premier ministre avant d'accéder à la tête de l'État après la proclamation de la République, en juillet 1957. « Depuis, je n'ai jamais quitté Bourguiba », rappelle-t-il, même si ses relations avec celui qui se fera bientôt appeler le Combattant suprême ont été ponctuées d'orages passagers et de sérieuses bouderies.
Ainsi, durant le congrès du Parti socialiste destourien (PSD), parti unique, en octobre 1971, Caïd Essebsi, qui est alors ambassadeur à Paris, fait partie des partisans d'un fonctionnement plus démocratique de l'État. Après avoir hésité un moment, Bourguiba tranche en faveur de l'aile dure du PSD menée par l'ancien Premier ministre Hédi Nouira. Le 12 janvier 1972, le diplomate, qui a démissionné entretemps de son poste, quitte Paris pour Tunis, non sans avoir publié, le même jour, une tribune dans Le Monde intitulée « Les raisons d'un départ ». Trois jours plus tard, il plaide, comme si de rien n'était, devant le tribunal de Tunis.
La première traversée du désert de Caïd Essebsi dure jusqu'en 1980. Cette année-là, Mohamed Mzali, qui a succédé à Hédi Nouira à la primature, initie un début d'ouverture politique. Au congrès du PSD, en septembre 1981, Bourguiba lâchera du lest : « Je ne vois aucun inconvénient à l'établissement du pluralisme. »

Caïd Essebsi, qui a réintégré le gouvernement comme ministre des Affaires étrangères, en avril 1981, ne quittera son nouveau poste qu'en septembre 1986. Durant ces six années, il aura été confronté à plusieurs crises, notamment l'arrivée des Palestiniens - chassés de Beyrouth - à Tunis, en 1982, le bombardement du village de Hammam-Chott, au sud de Tunis, par l'aviation israélienne, en 1985, sans oublier les incessantes sautes d'humeur de Kadhafi... Le moment le plus fort de sa carrière à la tête de la diplomatie restera cependant le vote de la résolution des Nations unies condamnant l'agression israélienne contre la Tunisie. « Les Américains, qui avaient l'habitude d'opposer leur veto à toute résolution contre l'État hébreu, ont préféré, pour la première fois dans l'histoire de l'ONU - et la dernière à ce jour -, faire abstention », raconte Caïd Essebsi. Bourguiba, qui n'en demandait pas tant, lui avait alors envoyé un télégramme de félicitations avant d'organiser, à son retour à Tunis, un déjeuner en son honneur au palais de Carthage. Il n'en est pas peu fier.
Pour avoir dirigé la politique étrangère de son pays pendant six ans, rencontré des chefs d'État et assisté maintes rencontres internationales, Caïd Essebsi est resté attentif à l'évolution de la situation dans le monde. Il lit beaucoup, s'intéresse aux questions stratégiques et donne régulièrement des conférences sur la nouvelle stratégie américaine dans le monde. Dans les interviews qu'il donne, de temps à autre, aux médias, il ne se contente pas de témoigner du passé : il donne aussi son opinion sur les évolutions actuelles au Maghreb et au Moyen-Orient. L'ancien chef de la diplomatie tunisienne pourrait disserter des heures sur ce sujet, qui le passionne...
Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Ça bouge au Cameroun

Article précédent :
Un plan anti-Licorne

AUTRES

Moussa Mara : 'Il n'y aura pas de prime à l'impunité' au Mali

Moussa Mara : "Il n'y aura pas de prime à l'impunité" au Mali

Les priorités du Premier ministre malien, Moussa Mara ? La réforme territoriale, la reprise de l'aide du FMI et les négociations avec les groupes armés. Un domaine où il joue la carte de[...]

Francophonie : Kamel Daoud reçoit le Prix des cinq continents

C’est son roman "Meursault, contre-enquête", qui a valu à l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud le prix de l'Organisation internationale de la Francophonie. La récom[...]

France : Sarkozy peut-il réussir son retour ?

Rien ni personne n'empêchera l'ancien chef de l'État français, Nicolas Sarkozy, de reprendre la présidence de l'UMP, en novembre. Simple hors-d'oeuvre. Primaire de la droite en 2016, puis pr&eacu[...]

État islamique : plus de 200 jihadistes tués au cours des raids aériens de la coalition

Une semaine après le début des frappes aériennes de la coalition de Washington et ses alliés arabes contre l'État islamique en Syrie, un premier bilan fait état de plus de 200 morts dan[...]

Côte d'Ivoire : pour l'accusation, Blé Goudé est responsable "de certains des pires crimes"

L'audience de confirmation des charges retenues contre Charles Blé Goudé devant la CPI a débuté lundi à la Haye. Elle doit se poursuivre jusqu'à jeudi.[...]

Séance académique

Un après-midi de septembre, quelque part à Kinshasa, une école supérieure de commerce est en effervescence. La raison en est simple : des étudiants doivent défendre leur travail de[...]

Centrafrique : à la Séléka, c'est chacun pour soi

Elle contrôle encore plus de la moitié du territoire, mais jamais l'ancienne rébellion Séléka n'a été aussi divisée. Ses chefs historiques, Michel Djotodia et Noureddine A[...]

"Gotha noir de France" : Le gotha, noir sur blanc

Quel est le point commun entre le communicant Youssouf Ammin, l'architecte Mahmoud Keldi et l'ingénieure en génie atomique Sandra Métho ? Ils font tous trois leur entrée dans l'édition 20[...]

Nigeria : T.B. Joshua, prophète de malheur

Sous le feu des critiques après l'effondrement d'un bâtiment abritant son Église, l'évangélique nigérian crie au complot.[...]

Niger : mandat d'arrêt contre Hama Amadou

La justice nigérienne a émis un mandat d'arrêt à l'encontre du président de l'Assemblée nationale, Hama Amadou.[...]

Crise libyenne : première réunion de dialogue sous l'égide de l'ONU à Tripoli

Des députés rivaux du nouveau parlement libyen se sont retrouvés lundi 29 septembre en début d’après-midi pour amorcer des négociations de sortie de crise sous l’égide d[...]

Criminalité au Togo : série noire de braquages meurtriers à Lomé

En moins de deux mois, plusieurs braquages sanglants ont secoués Lomé. Ce qui relance la question de l’insécurité grandissante dans la capitale togolaise.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers