14/02/2006 à 15h:53 Par Pascal Airault
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Après avoir noué d'étroits contacts avec l'Occident, Malabo diversifie ses relations.

En septembre 2005, la petite Guinée équatoriale n'a pas hésité à tendre la main au géant américain après le passage du cyclone Katrina, qui a ravagé le sud des États-Unis. La proposition de don du président Obiang Nguema Mbasogo en a surpris plus d'un à Malabo comme à Washington. Elle n'en reflète pas moins une nouvelle réalité. En devenant le troisième producteur de pétrole de la région, derrière le Nigeria et l'Angola, la Guinée équatoriale est subitement passée du statut de petit pays économiquement dominé par de grands voisins à celui, beaucoup plus enviable, de puissance financière régionale. Sans aucun doute, cette soudaine richesse a contribué efficacement à élargir le champ de ses amitiés, autant que le nombre de ses obligés. Les chefs d'État africains font de plus en plus le déplacement à Malabo en quête de soutien politique… mais surtout financier. Dernière visite en date, celle du président en exercice de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et du Niger, Mamadou Tandja, les 22 et 23 janvier. Mais Obiang Nguema, qui a été le premier chef d'État subsaharien reçu en audience par le pape Benoît XVI, vise plus haut et veut faire entendre sa voix. Ainsi, le passage en janvier dernier à Malabo du navire Eurocarrier restera dans les mémoires. Les autorités ont fait saisir le matériel militaire de l'ONU présent à bord arguant qu'elles n'avaient pas été prévenues de la présence d'une marchandise « très sensible » (voir J.A.I. n° 2350). Des équipements toujours pas restitués malgré l'implication personnelle de Kofi Annan et des diplomates occidentaux.
Les chancelleries apprennent donc à composer avec Malabo au nom de leurs intérêts. L'Espagne, dont la compagnie Repsol YPF est en phase d'exploration pétrolière, se montre de plus en plus conciliante envers les autorités équato­guinéennes. Le gouvernement Zapatero a retiré en janvier le statut de réfugié politique à l'opposant Severo Moto, soupçonné d'avoir orchestré au moins une tentative de coup d'État. Un geste particulièrement apprécié par le président équatoguinéen, qui devrait servir les nombreuses entreprises espagnoles souhaitant s'implanter dans le nouvel « émirat ».
Si les relations avec les États-Unis se sont refroidies depuis l'affaire de la banque Riggs et devant les interventions répétées de Washington sur la question des droits de l'homme, Malabo ne peut se passer de ce partenaire stratégique. Avec Paris, les rapports sont globalement bons, même si les attentes du président sont loin d'être comblées. Il reproche notamment à la France de ne pas s'impliquer assez dans le développement du pays. Le chef de l'État, qui a fait adopter le français comme deuxième langue nationale et rapatrié une partie de l'argent de l'État sur les comptes de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), aimerait bénéficier d'une coopération financière et technique beaucoup plus étendue. Il déplore notamment le manque d'enseignants français mis à la disposition du pays.
Ces frustrations vis-à-vis des Occidentaux le poussent à se tourner vers la Chine, qui pourrait devenir le premier partenaire du pays, au moins au niveau commercial. Pékin achète déjà 30 % du pétrole équatoguinéen et pourrait, via la compagnie Sinopec, faire son entrée prochaine dans l'exploration. Les missions diplomatiques entre la capitale chinoise et Malabo se sont multipliées ces deux dernières années. Le président a été reçu par son homologue Hu Jintao en octobre dernier. L'occasion de signer plusieurs accords de coopération. « Les pouvoirs publics sollicitent de plus en plus notre expertise dans les domaines de l'agriculture, des infrastructures et de la santé », explique Wang Renming, le conseiller politique de l'ambassade de Chine à Malabo. L'empire du Milieu accorde également une soixantaine de bourses aux étudiants équatoguinéens pour parfaire leur formation dans plusieurs domaines, notamment en chinois. Une générosité - très intéressée - que les gouvernements des pays riches ont de plus en plus de mal à concurrencer.
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