13/05/2008 à 12h:16 Par Séverine Kodjo-Grandvaux
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11 mai 1981

No woman, no cry. No woman, no cry. Le « pape du reggae », la première grande « star du Tiers Monde », comme l'on avait coutume de l'appeler, le roi Marley meurt le 11 mai 1981, à l'âge de 36 ans. Depuis plusieurs mois, des rumeurs sur son état de santé circulaient. Un cancer du cerveau, qui s'est généralisé, a été diagnostiqué à peine huit mois plus tôt. Il vient d'achever une tournée européenne qui a séduit plus d'un million de spectateurs en six semaines, et a débuté sa tournée américaine. Soigné en Allemagne, à bout de forces, chauve, squelettique, Bob Marley souhaitait finir ses jours en Jamaïque, mais il décède aux côtés de sa mère Cendella Booker, à Miami, trop faible pour faire le voyage en avion jusqu'à Kingston.
C'est un peuple jamaïcain profondément bouleversé qui apprend la nouvelle. Les radios passent en boucle ses chansons, la télévision ses concerts. L'enfant du pays, né en 1945 dans la paroisse de Saint Ann, terre natale de Marcus Garvey, n'est plus. Le Premier ministre Edward Philip George Seaga salue « l'ami du faible, du pauvre, qui a inspiré les jeunes Jamaïcains et élevé la musique populaire au rang des arts internationaux. Sa musique était plus qu'une musique : c'était une culture, un moyen de communication. » Un moyen de combattre Babylone et de dénoncer l'oppression coloniale et économique (« Revolution », « Rat Race »). D'affirmer l'identité africaine de son peuple, méprisée par des siècles d'esclavage (« Redemption Song », « Slave Driver »), et de soutenir les luttes africaines. Un an avant son décès, les 17 et 18 avril 1980, Bob Marley célébrait au Rufaro Stadium à Harare, devant 40 000 personnes, l'indépendance du Zimbabwe (« Zimbabwe »), prônait l'unité africaine (« Africa Unite ») et dénonçait l'apartheid qui sévit dans l'Afrique du Sud voisine (« War »)…

Le 21 mai, ses funérailles rassemblent plus de 500 000 personnes à Kingston. La nation jamaïcaine rend hommage à celui qui a fait découvrir le reggae au monde entier. Il lui aura fallu une dizaine d'années pour entrer au panthéon des grands artistes. Bob Marley doit ses premiers succès internationaux au fondateur du label Island Records, Chris Blackwell, un Jamaïcain blanc qui organise ses premières tournées en Europe. Marley aura influencé les plus grands : Barbra Streisand, les Rolling Stones, Police, Bob Dylan, les Clash, Eric Clapton…
En 1975, il connaît son premier grand succès international avec la chanson « No Woman No Cry » de l'album Natty Dread, suivi de peu par Rastaman Vibration, qui figure pendant quatre semaines dans le Top 10 des charts américains. Record battu l'année suivante en Grande-Bretagne, où « Exodus » tient le haut du pavé pendant cinquante-six semaines consécutives. Un succès et une renommée qui ne se démentiront pas après la mort de celui qui aura été une légende de son vivant. La compilation posthume Legend (1984) se vend à plus de 12 millions d'exemplaires dans le monde. En 1999, Exodus sera classé meilleur album du XXe siècle par le magazine Time. En 2001, un Grammy Award lui est décerné à titre posthume pour l'ensemble de son œuvre. Une étoile à son nom est inaugurée sur la « Promenade de la gloire » dans Hollywood Boulevard. Et le 6 février 2010, à l'occasion du soixante-cinquième anniversaire de sa naissance, sortira sur les écrans un documentaire signé du réalisateur américain Martin Scorsese, qui vient de filmer les Rolling Stones dans Shine a Light…

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