12/01/2004 à 00h:00 Par Propos recueillis par Christophe Boisbouvier
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Président du Burundi

Sous ses airs de notable, Domitien Ndayizeye, 51 ans, est un homme courageux. Après l'assassinat du président Ndadaye en 1993, il fait partie des hommes politiques hutus qui sont restés à Bujumbura malgré les risques d'élimination physique. Et passe même un an en prison. Après sa libération, en 1996, ce dirigeant du Frodebu de l'intérieur (Front pour la démocratie au Burundi, parti hutu) a noué des contacts avec les Tutsis au pouvoir et a su gagner leur confiance. Et devient le vice-président de Pierre Buyoya, avant de lui succéder le 30 avril 2003. En novembre dernier, coup de maître : il convainc les rebelles hutus du CNDD-FDD de rallier le processus de transition. Aujourd'hui, l'autre rébellion hutue, le Palipehutu-FNL, accepte pour la première fois de le rencontrer. Au terme de la transition, le 1er novembre prochain, il devra s'effacer. Mais s'il quitte le pouvoir avec un bon bilan, il n'est pas sûr qu'il reste éternellement le brillant second du président du Frodebu, Jean Minani...

Jeune Afrique/l'intelligent : Qui a tendu l'embuscade au cours de laquelle le nonce apostolique au Burundi, Mgr Courtney, a trouvé la mort, le 29 décembre dernier ?
Domitien Ndayizeye : Des enquêtes nous disent que ce sont des éléments du Palipehutu-FNL. L'acte était prémédité. Le groupe qui a perpétré ce crime odieux voulait interrompre le processus de paix et jeter le trouble chez nos bailleurs de fonds avant le prochain Forum de Bruxelles. Faute de pouvoir mener des actions de grande envergure contre l'État, les rebelles préfèrent frapper des personnalités en vue. C'est un signe de faiblesse de leur part.
J.A.I. Avez-vous eu des contacts avec le Palipehutu-FNL depuis cet attentat ?
D.N. : Absolument. Nous nous sommes parlés au téléphone. Et durement quelquefois, car j'étais très en colère - et je le suis encore ! Les chefs du Palipehutu-FNL m'ont dit qu'ils n'avaient pas commandité ce meurtre. Je leur ai répondu qu'ils devaient alors mettre la main sur les responsables et nous les présenter pour qu'ils répondent de leur crime devant la justice.
J.A.I. : L'assassinat de Mgr Courtney a-t-il été un électrochoc ?
D.N. : Il est certain que cela a choqué beaucoup de gens, et même des éléments du Palipehutu-FNL. Cela a provoqué des débats internes, et il y a eu un déclic. Au Burundi et à l'étranger, certains croyaient qu'il était impossible de faire la paix avec le mouvement d'Agathon Rwassa. Moi, j'y ai toujours cru. Et aujourd'hui je me réjouis de notre prochaine rencontre.
J.A.I. : Quand aura lieu cette première rencontre ?
D.N. : Avant la fin du mois, j'espère. Et pas nécessairement à l'étranger. Je crois que les gens du Palipehutu-FNL aiment bien qu'on discute à l'intérieur du Burundi. S'ils adhèrent toujours à cette idée, je serai preneur. Et s'ils s'engagent à promouvoir le dialogue par la négociation, je leur demanderai d'entrer dans les institutions pour que nous préparions les élections du second semestre. Dans ce cas, je suis sûr qu'ils réclameront des postes au gouvernement et à l'état-major, et ils en auront, bien sûr.
J.A.I. : D'un côté, les dirigeants du Palipehutu-FNL font une ouverture. Ils vous appellent « le Sage », et non plus « le Valet des Tutsis ». Mais, de l'autre, ils refusent de rencontrer le gouvernement...
D.N. : Ce n'est pas grave. Nous en parlerons ensemble, et je suis certain que nous n'en resterons pas là. Par ailleurs, je suis très heureux de leur évolution à mon égard. J'espère que, à l'issue de cette rencontre, nous nous appellerons « patriotes ».
J.A.I. : Ces éventuelles négociations ne risquent-elles pas de retarder le processus de transition ?
D.N. : Non, c'est impossible. Le pouvoir ne peut pas rester fondé sur une vingtaine de partis politiques. C'est difficilement gérable. Pour stabiliser le pays, il faut donner la parole au peuple. Je suis donc favorable à la tenue des élections présidentielle et législatives le plus rapidement possible. Mon espoir le plus ardent, c'est que le 1er novembre prochain, à la fin de la transition, il y ait un nouveau président de la République et un nouveau Parlement.
J.A.I. : Le dernier président élu a été assassiné quelques mois après son élection. Pourquoi écarter un tel scénario au lendemain de la prochaine présidentielle ?
D.N. : Parce que, cette fois, il y aura des quotas qui rassureront tout le monde. À l'issue des prochaines élections, quels que soient les résultats, les groupes ethniques garderont des représentants dans toutes les institutions élues de la République. Les Tutsis et les Hutus n'auront donc aucune raison de s'inquiéter.
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