12/08/2008 à 11h:12 Par Propos recueillis par Marianne Meunier
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Diplômé de l'académie militaire de Meknès - où il fut le camarade de promotion d'un autre putschiste, le général Ould Ghazouani -, le « général Aziz » est, à 52 ans, un habitué des coups d'État : il en a déjoué deux, en 2003 et 2004, quand Maaouiya Ould Taya était au pouvoir, et perpétré deux autres. Le premier, le 3 août 2005, au côté du colonel Ely Ould Mohamed Vall, son cousin germain devenu chef de l'État pendant la « transition démocratique » (tous deux appartiennent à la tribu commerçante des Ouled Besbah). Et le second, le 6 août dernier.
À l'exception d'un bref intermède, il a toujours commandé le Bataillon de la sécurité présidentielle (Basep), corps d'élite de l'armée mauritanienne censé assurer au chef de l'État une protection de tous les instants - et donc le mieux placé pour le renverser. C'est d'ailleurs lui qui l'a créé, à la fin des années 1980.
Aux petits soins pour ses troupes, ce père de cinq enfants (deux filles et trois garçons), air affable et silhouette replète, est apprécié au sein de l'armée. Sa stature politique reste, en revanche, à démontrer. Son discours est plaisant - il se dit allergique à la corruption et attaché à la justice -, mais plusieurs de ses proches collaborateurs évoquent une certaine brutalité dans ses prises de décision.
Depuis l'élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, considéré comme le « candidat des militaires », il jouait auprès de lui un rôle ambigu. Toujours dans son sillage, avant même d'être nommé chef d'état-major particulier, il était soupçonné de « tirer les ficelles », sans que ces rumeurs soient étayées par un quelconque élément tangible. Le 6 août a apporté la preuve que, à tout le moins, le général Aziz y aspirait.



JEUNE AFRIQUE : Pourquoi avez-vous pris le pouvoir ?

MOHAMED OULD ABDELAZIZ : Nous n'avons pas voulu le prendre, nous y avons été contraints. La situation économique est terrible et les institutions sont bloquées. L'ancien président a essayé de monter les parlementaires les uns contre les autres. Par son dernier acte [le limogeage par décret des commandants des quatre corps de l'armée, NDLR], il a tenté de diviser l'armée, la dernière institution à fonctionner normalement. En réalité, c'est Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui a tenté de faire un coup d'État contre la démocratie. Nous, nous n'avons fait que sauver la Mauritanie.


La sauver de quoi ? Le président renversé a été légitimement élu et les libertés individuelles n'ont jamais été aussi grandesÂ…

Les libertés sont là, c'est vrai, mais ce n'est pas Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui les a instaurées, ce sont les militaires qui ont pris le pouvoir le 3 août 2005 et organisé des élections démocratiques. Ce président a été pris en otage par des lobbies affairistes et tribaux qui voulaient le démantèlement du pays. Nous avons voulu empêcher la dérive.


Vous vous portez garant de la démocratie, mais, le 7 août, des manifestants soutenant Sidi Ould Cheikh Abdallahi ont été dispersés par des gaz lacrymogènesÂ…

Ce n'est pas une contradiction. Cette manifestation n'était pas autorisée. Nous sommes dans un État de droit, il faut le respecter.


Précisément, l'arrestation de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne contrevient-elle pas à l'État de droit ?

Non, elle le protège, car en nous limogeant, le président allait mettre le pays à feu et à sang.


Quel sort lui réservez-vous ?

Il est pour l'instant enfermé dans la résidence d'accueil du Palais des congrès, dans de bonnes conditions, et ne se plaint de rien. Nous le libérerons dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de le contraindre à l'exil. S'il veut participer à la vie politique du pays, pourquoi pas. Mais je ne pense pas qu'il en ait envie.


La communauté internationale a fermement condamné votre coup d'ÉtatÂ…

Nous ne retrouverons pas sa confiance de sitôt, c'est normal. Mais avec ce que nous allons faire, elle verra que nous sommes de bonne foi.


Qu'allez-vous faire ?

D'abord, nous allons procéder à un état des lieux concernant la situation économique. Ensuite, rétablir la transparence dans la gestion des finances publiques. Enfin, adopter un calendrier en vue de l'organisation d'une élection présidentielle, aussi vite que possible. Je ne peux pas vous en dire plus.


Serez-vous candidat ?

Je ne peux pas vous le dire aujourd'hui.


Le colonel Ely Ould Mohamed Vall, qui a orchestré avec vous le putsch du 3 août 2005, puis dirigé le pays jusqu'en 2007, pourra-t-il se présenter ?

Je ne sais pas quelles sont ses intentions, mais tout dépend des critères. On peut interdire aux militaires, ou aux anciens chefs de l'État, d'être candidats. Il faudra en décider.


Vous avez annoncé la formation prochaine d'un gouvernement. Allez-vous l'ouvrir aux partis de l'ex-opposition qui vous ont apporté leur soutien, comme le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) d'Ahmed Ould Daddah ?

Tous les partis qui le souhaitent seront représentés. Pourquoi pas le RFD ?


La plupart des hommes politiques mauritaniens, vous compris, ont occupé des fonctions sous Maaouiya Ould Taya. Comment faire advenir cette ère nouvelle que vous promettez ?
Le problème, ce n'est pas le choix des hommes, c'est la personne qui les dirige. Si une vision claire prévaut à la tête de l'État, alors, les choses fonctionnent.

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