12/08/2008 Ă  11h:12 Par Jean-Baptiste Marot
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Détenu depuis le 26 juin à la prison civile de Koutoukaté, à une trentaine de kilomètres au nord de Niamey, Hama Amadou a été pour la première fois entendu, le 5 août, par la commission d'instruction de la Haute Cour de justice de la République. Mis en accusation par l'Assemblée nationale pour détournement, lorsqu'il était au pouvoir, d'une partie d'un fonds de 100 millions de F CFA (152 500 euros) destiné à aider la presse privée, l'ancien Premier ministre nigérien a été interrogé sur le fond du dossier pendant près de huit heures. Ses avocats ont introduit une demande de remise en liberté provisoire, sur laquelle les juges devaient statuer dans les dix jours.
Cette audition a été vécue comme un soulagement par Amadou, plus que jamais persuadé que les poursuites engagées contre lui relèvent d'une manœuvre politique visant à l'écarter de la présidentielle de décembre 2009. Selon ses avocats, tout est fait pour le maintenir en détention le plus longtemps possible. « L'interrogatoire était initialement prévu le 29 juillet, mais le procureur général a prétexté une incompatibilité entre la procédure et un mandat local détenu par l'un d'entre nous, Me Boubacar Mossi, pour obtenir un renvoi. Ce dernier s'est pourtant rapidement retiré pour éviter le blocage », soutient Me Marc Le Bihan, qui affirme avoir été personnellement victime d'une tentative d'intimidation. « On a voulu exhumer une décision de suspension me concernant, pourtant caduque depuis quatre ans », explique-t-il. « L'ordonnance de renvoi de l'interrogatoire avait déjà été prise quand Me Mossi s'est retiré », se défend Bouba Mahamane, le procureur général de la Haute Cour.
Au Mouvement national pour la société de développement (MNSD-Nassara), le parti au pouvoir, les partisans d'Amadou ne doutent pas une seconde qu'une « épuration » soit en cours pour tenter d'isoler leur champion. De fait, Amadou Sala, son ancien directeur de cabinet, et Omar Hamidou Tchiana, l'un de ses anciens conseillers, ont été limogés lors du Conseil des ministres du 31 juillet. Le premier était vice-président du Haut Conseil des collectivités territoriales (HCCT), le second, premier vice-président du Conseil économique, social et culturel (Cesoc).
« Le décret ne contient aucune explication à notre révocation », s'indigne Tchiana. « J'ai appris mon éviction par la presse », renchérit son compagnon d'infortune. Deux semaines auparavant, une dizaine d'autres anciens collaborateurs d'Amadou qui continuaient de travailler à la primature avaient déjà été débarqués.
« Des conférences ont été convoquées dans les sections MNSD de Tillabéri et de Zinder pour tenter d'évincer Hama de la présidence du parti », proteste encore Tchiana. Ce que réfute Alma Oumarou, le président de la section de Zinder : « Personne ne conteste la présidence d'Amadou. Nous voulons simplement faire respecter la légalité dans le parti : lors de son incarcération, Amadou a laissé un mémo dans lequel il délègue provisoirement toutes ses fonctions au secrétaire général du MNSD. Or, non seulement cet acte n'a jamais été soumis au bureau politique, mais il contredit notre règlement intérieur et notre code électoral. Nous avons donc simplement proposé que le Pr Sékou Hamidou, notre président d'honneur, assure l'intérim jusqu'à ce que la situation se clarifie. »

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