12/08/2008 à 11h:12 Par Farid Alilat
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La nuit n'est pas encore tombée en cette chaude journée du 21 août 1993 lorsque Kasdi Merbah, l'ancien patron de la Sécurité militaire algérienne, quitte sa résidence secondaire d'Alger-Plage pour un rendez-vous nocturne. Dans sa Honda, qu'il conduit lui-même, son fils Hakim et son frère Abdelaziz ont pris place. Un second véhicule dans lequel se trouve son chauffeur, El Hachemi, et son garde du corps, Aziz, les suit de près. Sur cette route d'ordinaire très fréquentée en été, les deux voitures tombent dans un guet-apens mortel. Postés des deux côtés de la chaussée, des hommes armés déclenchent un feu nourri au passage du petit cortège. Ils ne lui laissent aucune chance. Kasdi Merbah, 55 ans, et les quatre personnes qui l'accompagnent meurent sur le coup.
L'annonce de l'assassinat de cet homme du sérail, ex-membre du comité central du Front de libération national (FLN) et ancien Premier ministre du président Chadli Bendjedid, provoque une onde de choc aussi bien en Algérie qu'à l'étranger. Sa mort frappe d'autant plus les esprits qu'elle intervient un an seulement après le meurtre du président Mohamed Boudiaf, le 29 juin 1992. Ce deuxième crime politique en quelques mois précipitera l'Algérie dans la guerre civile.

Respecté pour la crainte qu'il inspire, Kasdi Merbah - de son vrai nom Abdallah Khalef - était un personnage influent. Sa longévité à la tête de la redoutable Sécurité militaire, de 1962 à 1979, finit par déboucher sur une légende affirmant qu'il possédait des dossiers compromettants sur toute la nomenklatura algérienne. Après avoir occupé plusieurs postes ministériels dans les années 1980, il est nommé Premier ministre au lendemain des émeutes d'octobre 1988. Un poste qu'il occupera moins d'un an : en septembre 1989, il est brutalement limogé, officiellement pour insuffisance de résultats. Dépité, il prendra ses distances avec ses anciens compagnons, en fondant le Mouvement algérien pour la justice et le développement (MAJD), avant de devenir un farouche contempteur du régime. Peu de temps avant sa liquidation, Kasdi Merbah œoeuvrait pour un rapprochement entre les islamistes et le pouvoir, afin de trouver une solution à la crise.
Aujourd'hui encore, les assassins de Merbah n'ont pas été clairement identifiés. Son élimination a-t-elle été commanditée par l'ex-président Bendjedid, comme l'avait laissé entendre sa veuve après son décès, ou bien a-t-il été liquidé par des barbouzes agissant pour le compte de milieux occultes proches du régime ? Est-il enfin tombé sous les balles des Groupes islamiques armés (GIA) ? Quelques jours après l'attentat, un communiqué qui leur est attribué en revendique effectivement la paternité. Dans ce bulletin largement repris par la presse, on y apprend que ce sont des membres du clan Hattab - Abdelkader, Mouloud et Hassan - qui ont liquidé Kasdi Merbah. Les deux premiers seront abattus par la police en 1994, tandis que le troisième restera très actif au sein des GIA jusqu'en 1998, date à laquelle il crée le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Hassan Hattab ne se rendra aux autorités algériennes qu'en septembre 2007.

En fait, une seule chose est sûre dans cette affaire. Le lendemain de la tuerie, les services de sécurité algériens annoncent que les armes utilisées pour tuer Merbah sont de fabrication israélienne : les douilles retrouvées sur les lieux du crime portaient les initiales IMI, ce qui signifie Israel Military Industry. Mais seize ans après les faits, l'assassinat de Kasdi Merbah reste enveloppé de profonds mystères.

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