11/02/2008 à 15h:55 Par Pascal Airault
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La hausse des prix des matières premières profite à la croissance. Mais pas aux ménages, qui attendent une meilleure redistribution des richesses.

C'est le temps des règlements de comptes. Pas une semaine ne se passe sans que la presse ivoirienne ne se fasse l'écho d'une affaire de détournements de fonds dans la filière cacao, d'un trafic de faux billets ou d'un délit d'initiés sur l'attribution des marchés publics. Bref, toute la panoplie des malversations qui, à force de unes, finit par marquer les esprits. À tel point que certains se demandent comment l'économie peut encore tenir le coup…
Malgré tout, la hausse des prix des matières premières (pétrole, cacao, caoutchouc, huile de palme) et le regain de confiance né au lendemain de la signature de l'accord de Ouagadougou du 4 mars 2007 ont un effet bénéfique sur les activités du pays. La croissance est estimée à 1,7 % en 2007. Et les perspectives du Fonds monétaire international (FMI) tablent sur une progression annuelle de 4,5 % pour la période 2008-2012. L'envolée des cours du pétrole (le prix du baril a déjà atteint les 100 dollars), de ceux du café robusta (+ 30 % en un an), du caoutchouc (+ 10 %) et du cacao (+ 20 %) dope les marges des intervenants. Pour les services du département américain de l'Énergie, la production ivoirienne de pétrole brut s'est élevée à 89 000 barils par jour (b/j) en 2006 et pourrait atteindre 110 000 b/j en 2008. La récolte de cacao s'est maintenue à 1,37 million de tonnes en 2006-2007. Les exportations de caoutchouc (200 000 tonnes), bananes (360 000 tonnes) et anacarde (210 000 tonnes) sont en forte hausse. Seule ombre au tableau : la forte baisse de la production cotonnière, à 100 000 tonnes, contre plus de 350 000 avant la crise.
L'immobilier se porte bien en raison de la forte urbanisation, et les taux de remplissage des hôtels progressent avec la hausse de 6 % du trafic aérien. Les fournisseurs, notamment pour les automobiles, bénéficient des commandes publiques. Les ventes de véhicules neufs ont doublé en 2007. Le port d'Abidjan a accueilli 21 millions de tonnes de marchandises au cours de l'année passée, contre 18,8 millions en 2006. Enfin, les régies financières obtiennent, elles aussi, de bons résultats : les recettes fiscales sont passées de 1 241 milliards de F CFA en 2004 à 1 576 milliards de F CFA en 2007.

Consommation en hausse
« Ce sont des résultats en trompe l'œil, déplore Jean-Louis Billon, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire (CCI-CI). La croissance est principalement due à l'essor démographique. Il y a plus de consommation, donc plus de production et de rentrées fiscales. Mais la situation des ménages se détériore avec une inflation aux alentours de 3 % et une très mauvaise redistribution des richesses. La population doit faire face à une augmentation des prix des produits de première nécessité (pain, huile, viande, gaz, etc.). Quelque 46 % des Ivoiriens résident aujourd'hui dans les grandes villes, contre 28 % au début des années 1990. L'offre immobilière n'a pas suivi et l'on assiste à la formation de bidonvilles. Les écoles, les centres de santé, les tribunaux se dégradent dans tout le pays. Le problème de fond, c'est la mauvaise gouvernance. » Le taux de pauvreté est passé de 35 % en 2000 à 43 % en 2006, et la Côte d'Ivoire recule, depuis la fin des années 1990, en matière de développement humain. L'État ne parvient pas à garantir les services publics, en particulier dans les régions Centre, Nord et Ouest.
Du côté des opérateurs économiques, on se plaint du harcèlement fiscal et de la progression de la corruption. Sans parler du racket quasi systématique le long des routes et des pistes qui fait de la Côte d'Ivoire l'un des pays où le « kilomètre transporté » est le plus cher au monde. La dernière mission conjointe du FMI et de la Banque mondiale, en septembre 2007, a appelé les autorités à lever les contraintes et à faire preuve de plus de transparence. Plus de 610 milliards de F CFA ont été distribués aux organes de régulation de la filière café-cacao depuis 2001 sans que l'on sache vraiment ce qu'ils sont devenus. Les hydrocarbures sont également gérés dans la plus totale opacité. Dans le nord du pays, les Forces nouvelles continuent de prélever des taxes sur le transport terrestre et ferroviaire. Et détournent une partie de la production de cacao, café et coton à destination des ports du Ghana ou du Sénégal. L'ONG britannique Global Witness estime que les chefs rebelles ont empoché 15 milliards de F CFA sur le négoce du cacao entre 2004 et 2006. Ces derniers sont aussi impliqués dans la production de diamants et d'or. Le trafic est alimenté par des acheteurs maliens très actifs dans la région diamantifère de Séguéla. Les activités parallèles constituent aujourd'hui un frein au redéploiement des services douaniers et du Trésor, particulièrement dans les zones frontalières.
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